Auteur : Guelfenbein Carla

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lundi, 24 février 2014

Nager nues, de Carla Guelfenbein.

Nager nues

L'ouvrage:
Chili, 1971.
Sophie invite sa meilleure amie, Morgana, à passer quelques temps chez elle. C'est ainsi que Morgana rencontre Diego, le père de son amie. Ils deviendront amants.

Critique:
J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman. Je n'arrivais pas à apprécier les personnages. J'avais l'impression que Morgana provoquait à dessein une situation qu'elle savait délicate. Il me semblait qu'elle jouait avec le feu, mais qu'elle n'avait aucun sentiment positif. Cela me gênait. Ensuite, les choses se complexifient, les personnages deviennent plus faciles à comprendre et à cerner. Maintenant que j'ai terminé le livre, ce qui m'a gênée au début ne m'ennuie plus parce que je pense que l'auteur voulait nous faire connaître ses personnages par petites touches. En outre, ils ne sont pas parfaits, et les connaître dans leur globalité aplanit quelque peu leurs défauts tout en les humanisant. Plus tard, ils ne sont pas magnifiés. Sophie les analyse avec lucidité.

Sophie est également un personnage qu'on découvre petit à petit. Au départ, ses réactions semblent exagérées, égoïstes. S'il y a de cela, c'est loin d'être les seules choses qui la font agir. Sophie se débat dans les eaux troubles de problèmes profondément enracinés en elle. Elle souhaite s'en sortir, mais ne sait pas si elle sera capable de les affronter, d'accepter que ses émotions sortent et prendre le risque d'être broyée par elles. Pour elle, fuir semble plus simple... Elle finit par très bien s'analyser, puis Antonia (sans le savoir) apporte certains éléments dont je me doutais mais qui, énoncés clairement, prennent tout leur sens.

Sebastian est un personnage solaire et altruiste. Sa qualité d'enfant fait qu'il pense que tout est encore possible, et qu'il essaie d'aider les autres.

Carla Guelfenbein raconte une histoire d'apparence banale, et tout comme pour «Le reste est silence», elle la raconte de manière nuancée, en un style fluide, dépouillé, exempt de fioritures et de larmoiements. D'une plume vive, usant de mots percutants, elle expose la réalité et les besoins de chacun de ces personnages.

Le roman contient une énigme: la psychologie de ses personnages. L'auteur les analyse très finement, et jusqu'à la fin, on se demandera comment va se terminer l'histoire pour eux. Ce n'est pas un thriller, mais l'auteur tient son lecteur en haleine, distille tension et moments semi-détendus avec art et simplicité.

Un roman bien écrit, bien pensé, qui sonne juste.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Denise Michel-Loup pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 9 juillet 2013

Le reste est silence, de Carla Guelfenbein.

Le reste est silence

L'ouvrage:
Tommy a douze ans. Il est cardiaque.
Le jeune garçon enregistre les conversations lors de repas. C'est à une de ces occasions qu'il apprend que sa mère, Soledad, n'est pas morte d'une rupture d'anévrisme, mais s'est suicidée. C'est alors qu'il commence à se poser beaucoup de questions.

Critique:
En un style précis, net, sans fioritures, Carla Guelfenbein raconte une histoire qui semble banale, mais qui ne l'est pas. Des secrets, un couple qui communique mal, des personnes qui se fourvoient, des parents qui ne font pas ce qu'il faut... et ce silence qui, malgré tout le bruit que font ces personnages, est omniprésent. En effet, chacun s'enfonce dans des abîmes de silence en s'entêtant à taire le plus important. Mais l'obstination de Tommy paiera, car c'est ses enregistrements qui recueilleront l'essentiel. C'est grâce à eux que certaines choses seront expliquées.

Ce roman est comme une quête des personnages pour se trouver. Chacun voit les failles de l'autre, mais les événements les forceront à se remettre en question.
Le lecteur sait tout de suite que Juan (le père de Tommy) ne s'y prend pas comme il le faudrait, surtout avec Tommy. Pourtant, on comprend ses motivations. Il est assez effrayant de penser qu'il passe à côté de son fils. En effet, celui-ci est mieux compris d'Alma, la seconde femme de Juan.

Alma est complexe. Elle s'enferre dans un engrenage facile, presque cliché. Elle a, en plus, le toupet de se chercher des excuses. Certes, mais elle finit par se remettre en question, et la vie se charge de lui infliger une leçon assez dure à avaler. Je pense surtout à ce qu'elle finit par apprendre de sa mère.

Tommy se débat dans ce marasme de non-dits, et tente d'exprimer son ressenti. C'est un personnage très fort. Loin d'être parfait, il navigue entre sagesse et déraison. Il sait que certains de ses actes seront lourds de conséquences, notamment son dernier.

Le livre ne souffre d'aucun temps mort. Pas de phrases inutiles, pas de mièvrerie. À l'inverse de ses personnages, la romancière ne tourne pas autour du pot. Son style vif et clair ressort d'autant mieux que ses personnages s'enlisent dans les complications.
Je ne m'attendais pas à la fin. Elle était pourtant préparée. En y réfléchissant, je me dis qu'elle était peut-être la seule possible. Elle implique plusieurs choses, change certains paramètres, pose certaines questions, et renvoie les adultes à leur impuissances, à leur incompréhension, à leurs actes manqués.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a une voix très agréable. Sa diction est soignée. Elle met le ton approprié, et respecte l'auteur en ne versant jamais dans le mièvre. Je la réentendrai avec grand plaisir.

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