Auteur : Guène Faïza

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vendredi, 20 mars 2015

Kiffe kiffe demain, de Faïza Guène.

Kiffe kiffe demain

L'ouvrage:
Doria, adolescente d'origine arabe, raconte son quartier. Elle vit avec sa mère. Des assistantes sociales viennent. Doria va chez une psychologue, fait du baby-sitting, est aidée dans les matières scientifiques par un garçon de son âge. Mais elle, c'est Hamoudi qu'elle préfère.

Critique:
C'est le premier roman de Faïza Guène. Au début, je l'ai trouvé un peu moins pertinent que les autres, mais très vite, j'ai retrouvé la Faïza Guène qui sait appuyer là où ça fera mouche. Doria a un avis sur tout et tous. Ses observations faites en un style vivant (parlé), fluide, enlevé, avec quelques piques, sont très intéressantes à lire. Par le biais de son héroïne, la romancière s'applique, comme à son habitude, à casser les clichés. Par exemple, Hamoudi a passé plusieurs années dans l'illégalité. Cela ne veut pas dire qu'il ne fera pas tout pour se ranger.
Autre exemple: la mère de Doria est illettrée et au départ, sans ressources. Cela ne fait pas d'elle un parasite de la société.

Notre héroïne se plaît également à critiquer les assistantes sociales. Pourtant, l'une d'elles fait vraiment son travail, et ne se contente pas de brasser du vent. Certes, elle est parfois un peu agaçante (surtout quand elle infantilise Doria), mais il ne faut pas oublier qu'elle est vue par les yeux d'une adolescente prompte à se faire une opinion. La jeune fille finit d'ailleurs par dire qu'elle est peut-être un peu rapide à juger les gens, alors qu'elle rejette les préjugés qu'on pourrait avoir sur sa mère et elle.

Ce roman est également celui d'une jeune fille qui se cherche, qui découvre les peines, mais aussi les joies de la vie. Elle vivra des moments décisifs dont elle ne saisira pas forcément tout de suite l'importance.
C'est un récit sympathique, plein de tendresse, d'entrain, de pertinence.

Éditeur: Hachette Littérature.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour Sésame.

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mercredi, 4 février 2015

Un homme, ça ne pleure pas, de Faïza Guène.

Un homme, ça ne pleure pas

L'ouvrage:
La vie d'une famille algérienne habitant à Nice, racontée par Mourad, l'un de ses membres.

Critique:
La romancière reprend un thème déjà abordé: le devenir d'une famille arabe en France. Là encore, elle exploite très bien le thème, montrant que rien n'est simple, et qu'il est très facile de tomber dans le cliché.

J'ai retrouvé avec plaisir les remarques et réflexions si justes de Faïza Guène. Il y en a beaucoup lorsque les parents du narrateur ont de vives discussions et confrontent leurs points de vue. Par exemple, la mère soupire qu'elle aurait dû rester en Algérie, que son fils aurait été un professeur respecté, etc. Le père rétorque qu'avec des moyens archaïques, ou répressifs, cela n'aurait pas été une bonne chose. Bien sûr, sous la plume de Faïza Guène, tout cela est dit de manière percutante, fine, et juste.

Ensuite, elle expose la situation difficile de cette famille, due à l'affrontement entre Dounia (la soeur du narrateur) et les parents (surtout la mère). Dans l'histoire, pour moi, personne n'a vraiment raison. Les parents souhaitent que leur fille vive d'une certaine manière: celle-ci, refusant le joug familial, s'émancipe. On pourrait penser que c'est une bonne chose, mais de part et d'autre, il n'y a que rejet et incompréhension (surtout de la part des femmes). De plus, il n'est pas certain que Dounia soit si heureuse que cela par la suite. Et puis, elle agit de manière ostentatoire. Bien sûr, elle devait suivre sa voie, mais peut-être y aurait-il eu une autre manière.

La mère éveille à la fois l'agacement et l'amusement du lecteur. C'est ainsi que Mourad la perçoit et la décrit. Cependant, je crois avoir été davantage agacée qu'amusée. Elle est si pénible qu'elle en devient presque caricaturale, parfois. Dans ce contexte, on comprends l'émancipation de Dounia.
J'ai mieux compris le père qui sait aimer ses enfants. Il est sûr que s'il avait mené la discussion à la place de sa femme, les choses auraient été différentes concernant Dounia. Faïza Guène décrit un homme foncièrement bon et sage.

Le narrateur débute sa carrière d'enseignant de français. Cela permet à l'auteur de montrer un aperçu du petit monde de l'enseignement. Je suis globalement d'accord avec elle, mais je pense que certaines choses auraient dû être approfondies... Certaines idées me paraissent un peu simplistes... Par exemple, le fait que le narrateur soit «humain» parce que c'est sa première année. Tous les enseignants ne deviennent pas d'horribles machines blasées. Bien sûr, avec l'habitude, on finit par savoir l'issue de telle ou telle situation.

Le roman étant écrit par Faïza Guène, il est agrémenté de passages humoristiques. J'ai souvent souri, voire éclaté de rire.

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par René Sterckx pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 28 juillet 2014

Les gens du Balto, de Faïza Guène.

Les gens du Balto

L'ouvrage:
Joigny-les-deux-bouts, petite ville de banlieue.
Joël Morvier, patron du bar le Balto, est retrouvé tué de sept coups de couteau dans le ventre. La police enquête sur l'identité de son assassin.

Critique:
À travers l'enquête, Faïza Guène trouve l'occasion de faire intervenir différents personnages. Le lecteur bénéficie du point de vue de chacun à tour de rôle. Au départ, on a l'impression que l'auteur aligne les clichés: on rencontre l'adolescente populaire, imbue d'elle-même, qui en veut à tout le monde, et qui ne sait pas aligner trois mots sans dire «lol». Il y a aussi l'homme dont le seul horizon est la télévision, la femme mal mariée qui envoie tout le monde au diable avec force insultes, qui rend son mari responsable de ses mauvais choix... Et puis, on apprend à connaître tous ces personnages, et on les comprend mieux. Bien sûr, on ne finit pas par les apprécier tous, mais on entre dans leur univers. Quant aux clichés, je pense qu'on doit rencontrer ce genre de personnages. D'autre part, certains évoluent. Si certains sont englués dans leur mal être ou leur suffisance, et ne cherchent pas à en sortir, d'autres trouvent la force de se remettre en question.
Nadia et Ali m'ont un peu fait penser à la famille d'Ahlème. Chacun d'eux fait face au racisme et au rejet comme il le peut. Bien sûr, ils ne sont pas rejetés par tous, ce qui n'aurait pas été crédible.
Chacun a un point de vue très tranché sur les autres. C'est aussi ce qui m'a un peu gênée. Pourtant, nous sommes tous comme ça: nous avons tous notre avis sur untel, même lorsqu'on essaie de ne pas avoir de préjugés. Ce qui est sûr, c'est que personne n'aimait Joël, ce qui, évidemment, va compliquer l'enquête.

C'est un peu pareil pour le style. Entre Taniel et Magalie qui sont adolescents, Yéva qui s'exprime soit à coups d'insultes soit d'un style ampoulé, sans parler du fait que même ceux qui ont un langage correct emploient souvent des tournures familières... Tout cela m'a paru un peu lourd, au début. J'avais l'impression que l'auteur en faisait trop, et j'avais peur que cela gâche tout. Finalement, je m'y suis habituée. D'ailleurs, la première surprise passée, on découvre que Faïza Guène a adopté un style différent pour chacun. Sous des dehors crus et abruptes, elle livre un texte très travaillé.

Rien ne traîne. En peu de pages, chaque personnage exprime son ressenti, sa façon d'être, ses aspirations. Concernant l'énigme, l'auteur use peut-être d'une ficelle un peu grosse: presque tout le monde s'est trouvé en bisbille avec Joël, ce soir-là, donc on suspecte tout le monde. Ce n'est pas si grave, car c'est crédible.

J'aurais aimé que la fin soit aussi explicite pour les personnages que pour le lecteur. En effet, le lecteur finit par tout savoir quant à ce qui est arrivé à Joël, mais le fait que les personnages ne connaissent qu'une partie de la vérité aura une conséquence qui ne me plaît pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Julie Basecqz: Magalie et Nadia.
Patrick Donnay: Joël, Jacques, le présentateur de divers journaux.
Cachou Kirsch: Yeznig.
Aurélien Ringelheim: Taniel et Ali.
Fabienne Loriaux: Yeva.
Marianne Lanfrancard (dont je n'arrive pas à trouver l'orthographe du nom): la présentatrice de France Bleu.

Les cinq comédiens jouent bien. Certains n'avaient pas la partie facile.
Cachou Kirsch jouait Yeznig, l'adolescent handicapé mental. Il fallait qu'elle montre ce handicap par son intonation, mais elle ne devait surtout pas en faire trop. Pour moi, elle a parfaitement réussi.
Patrick Donnay et Aurélien Ringelheim avaient plusieurs rôles. Je leur ai su gré de ne pas avoir tenté de modifier leurs voix. Je pense que cela aurait été raté, car les rôles n'appelaient pas cela. Il peut, bien sûr, paraître un peu incongru qu'Untel et Untel aient la même voix, mais le lecteur est assez intelligent pour comprendre que l'éditeur ne pouvait pas multiplier les comédiens, et savoir qui parle, surtout que le personnage est nommé à chaque fois. Je n'aurais peut-être pas donné deux grands rôles à la même comédienne, alors qu'une autre en avait un tout petit, mais il aurait peut-être été difficile pour Marianne Lanfrancard de jouer une adolescente. De plus, Julie Basecqz s'en sort très bien, prenant une voix plus basse pour Magalie et une un peu plus aiguë (sans être désagréable) pour Nadia.
Quant à Fabienne Loriaux, il lui aurait été très facile de trop en faire. Le style imagé de Yeva est un appel au cabotinage. La comédienne s'en tire très bien en n'accentuant pas les lourdeurs, et en donnant une certaine fluidité aux paroles du personnages.

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lundi, 7 février 2011

Du rêve pour les oufs, de Faïza Guène.

Du rêve pour les oufs

L'ouvrage:
Ahlème vit avec son père et son frère. Son père est algérien, la famille vit en France. Ahlème tente de trouver des petits boulots, alors que son père sombre doucement dans la folie, et que son frère fait sa crise d'adolescence.

Critique:
Voilà un livre bien pensé, au style vigoureux. Ce livre ne donne pas de leçons, il explique. Il dit la détresse d'un homme qui, comme tant d'autres, avait mis tous ses espoirs dans une France qu'il voyait comme la terre d'accueil, le pays sauveur. Pour ne pas sombrer tout à fait, le père d'Ahlème enferme sa déconvenue et son désespoir. Il les efface, et avec eux une partie de lui-même. Il s'en sort comme il peut. Ce personnage m'a touchée.

Foued, quant à lui, représente un peu la génération de ceux qui ne sont ni d'ici ni d'ailleurs, et qui se cherchent. Il voit ce que le rêve a fait de son père, et ne veut pas être déçu. Mais ses actes ne sont pas uniquement dus à cela. Il ne voit que la facilité, la rébellion. Il ne veut pas non plus être comme Ahlème qui trime pour porter la famille à bout de bras. Foued ne veut pas de tout cela, il veut du concret. Le lecteur comprend qu'il se laisse aller à la facilité tout en le blâmant de faire souffrir sa soeur, et quelque part, son père. Si celui-ci ne se rend pas compte de tout, il sent bien que quelque chose ne va pas, surtout quand Foued se moque de sa moustache. Cette scène montre bien à quel point Foued se fiche de l'autorité, d'autant plus qu'il a perdu certains repères.

Le roman ne tombe pas dans les clichés et la mièvrerie. L'auteur se contente d'exposer certains faits. Elle parle bien sûr de l'intolérance, du racisme, des différentes façons dont chacun les gère. La scène la plus grotesque est celle où le mari de la voisine d'Ahlème cherche «gibon» dans le dictionnaire. Une fois qu'il l'a trouvé, il se contente d'un commentaire sobre, un brin humoristique. Mais sa frénésie et sa sobriété même montrent qu'il en souffre. Il est habitué, mais il y a des choses auxquelles on ne peut jamais s'habituer tout à fait.

Outre la gravité de certains passages, l'auteur arrose son livre d'humour, ce qui aide à mieux faire passer les rêves brisés. L'humour est notamment représenté par Linda, l'amie d'Ahlème, qui connaît toujours les derniers ragots en date, et les expose bruyamment. D'une manière générale, les passages où l'héroïne est avec ses amies sont un signe de détente.

L'héroïne pourrait sembler être la fille parfaite sur qui les malheurs s'accumulent. Malheureusement, son histoire est assez banale. Elle est sympathique au lecteur qui admire sa ténacité, qui comprend ses colères, ses rêves, ses chagrins, ses abandons.

Bref, un livre juste qui expose sans hargne, qui explique sans acrimonie. Je vous le recommande vivement.
Le titre est très bien trouvé, car approprié à l'histoire et aux personnages décrits.

Éditeur: Hachette littérature.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Corbaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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