L'enfant zigzag

L'ouvrage:
Nono Fireberg a treize ans. Dans quelques jours, il va faire sa barmitzva. Mais avant, il doit passer un séjour chez un terrifiant oncle. Alors qu'il est dans le train, il découvre que son père et sa belle-mère (Gabby), lui ont organisé une petite surprise: il ne va pas chez son oncle, mais doit vivre des aventures incroyables. Nono se lance hardiment dans une espèce d'odyssée sauvage au cours de laquelle les rebondissements ne manqueront pas.

Critique:
À la fois drôle, tendre, et grave, ce roman ne réserve pas uniquement des surprises à son héros. Celui-ci a une façon caractéristique d'exprimer certaines de ses pensées. Langage châtié, précis, imagé... Bien sûr, c'est le Nono adulte qui s'exprime ainsi, celui qui raconte ce qu'a vécu l'enfant. J'aime particulièrement ce qu'il dit, au chapitre 19, sur les adeptes du salé et sur son amour du chocolat.

L'intrigue m'a d'abord plu. Le lecteur est aussi fébrile que le jeune Nono. L'aventure est grisante. L'auteur mélange humour, conte, épopée, énigme... on va de rebondissement en coup de théâtre en se demandant lequel sera le plus rocambolesque.

Par la suite, cela devient un peu poussif. D'abord, il y a certaines lenteurs, notamment lorsque l'histoire de Zoara est racontée. Elle est commencée comme une sorte de conte, Zoara ayant été magnifiée au long du roman. C'est l'absente, celle dont Nono ignore presque tout, celle qu'on imagine féerique, à force de n'en rien connaître. Il y a bien l'épisode du bain de chocolat qui ne manquera pas d'éveiller des échos chez le lecteur tout en le faisant rire, mais le tout reste lent. Outre cette lenteur, le personnage de Zoara est particulièrement détestable: égoïste, inconséquente, passionnée à l'extrême. Elle croit que la vie est un immense terrain de jeu. Apparemment, elle possédait beaucoup de charisme puisque tout le monde l'adorait, et ne rêvait que de faire ses quatre volontés. On essaie de la présenter comme une jolie princesse, je la vois comme une peste dont le contact aurait sûrement endommagé Nono. Je suppose qu'elle était bipolaire, même si cela eut l'air de s'atténuer à son adolescence.

Ensuite, certains rebondissements sont gros. Par exemple, le fait que le défi que veut relever Nono soit aussi proche de ce que quelqu'un souhaite. Bien sûr, ce genre de chose a été longuement préparé par Gabby, mais il est quand même un peu gros que notre héros souhaite justement accomplir quelque chose qui le mènera vers la vérité.
L'élément le moins crédible est sûrement ce qui se passe lorsqu'il devine les chiffres de la combinaison imaginée par Zoara, en investissant ses pensées d'alors. J'aurais préféré qu'il commence par dire ce qu'il dit par la suite, cela aurait été nettement plus crédible.

Nono est sympathique parce qu'il est sage sans être parfait. Il raconte ses turpitudes d'enfant, notamment la corrida, expliquant pourquoi il a fait cela. Outre la volonté de plaire à son camarade, on se demande si l'enfant n'aurait justement pas besoin de quelques secousses dans une vie un peu trop rangée. Ce qu'il va vivre lors de son voyage est apparemment ce qu'il lui faut.

J'aime beaucoup Gabby. Elle est l'opposé exact de Zoara. Pas très attirante, pleine de sagesse, elle est un peu comme la conscience de Nono qui a souvent des dialogues intérieurs avec elle. Elle est également assez intelligente et humble pour savoir ce qui convient au garçonnet, et comment il faut le lui faire passer.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « L'enfant zigzag » sur Amazon