Comme un cri dans la nuit

L'ouvrage:
Susanna et Marina étaient jumelles. Aujourd'hui, Marina est morte depuis un an et demi. Susanna se débat avec sa culpabilité. En effet, depuis son adolescence, elle a coupé les ponts avec sa mère et sa soeur. Marina voulait renouer, mais elle s'est heurtée au refus catégorique de sa soeur.

C'est alors que Susanna reçoit des cadeaux dont elle ignore la provenance...

Critique:
Même s'il y a du suspense et de bonnes analyses psychologiques, ne vous attendez pas à un thriller haletant, fourmillant de rebondissements. Ce livre n'est pas exempt de lenteurs. Pourtant, je les ai trouvées plaisantes. Elles permettent au lecteur d'entrer totalement dans la vie de Susanna. Elle est plus creusée que dans un polar classique. Et puis, en diluant un peu certaines choses, l'auteur nous les rend moins grosses. C'est amené plus finement que dans un polar habituel. Il semble que l'auteur ait vraiment pris le temps de donner corps à ses personnages. C'est pour ça que même si ce roman est ce que j'appelle un polar classique, il se démarque par des protagonistes creusés, et une ambiance bien décrite.
Susanna est attachante parce qu'elle est débrouillarde, mais peut aussi être exaspérante. Bref, elle n'est pas manichéenne.

Quant à l'intrigue, elle traîne un peu, et est assez prévisible. Par exemple, on soupçonne un faux coupable, mais on sait bien qu'on soupçonne la mauvaise personne.
En outre, l'auteur nous envoie d'autres faux indices, mais de manière subtile... tout comme elle le fait avec les vrais. C'est donc une bonne trouvaille de sa part. Elle reste dans des codes classiques, mais sait en jouer pour renouveler quelque peu le genre.
J'ai particulièrement aimé le retour en arrière sur l'histoire de l'incendie de la grange des Haymes. Toute la scène est chargée d'électricité, de tension. La psychologie des personnages est très bien étudiée. J'ai trouvé très réussi le passage plein de non-dits et de sous-entendus entre les deux soeurs.
La solution de l'énigme est bien pensée. C'est logique et fouillé. Lucretia Grindle va loin, à un moment: seuls les policiers sont au courant de l'endroit où se cache Susanna, et pourtant, son agresseur parvient à la retrouver. Après avoir eu la solution, j'ai tenté de prendre l'auteur en défaut, de trouver une incohérence quant à cet événement, mais elle s'en est bien sortie, avec des faits plausibles.

Je n'ai pas trop aimé l'attitude de la police (en dehors de celle de Marc Cope), qui ne croit pas Susanna. Cette ficelle se retrouve dans pas mal de romans policiers, surtout chez Nicci French. Je ne l'aime pas, car elle est facile, et est en train de devenir éculée.

La toute fin du roman diffère un peu de ce dont on a l'habitude. Cela peut ne pas plaire à tous. J'ai trouvé ce détail assez réaliste. J'aime bien le respect de certains codes, mais ici, je n'ai pas été dérangée par cette petite entorse. Certains penseront que c'est un plus de par la touche de réalisme qu'elle apporte.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Albane Cain pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice met bien le ton, sa voix est agréable et dynamique. En outre, elle ne lit pas trop lentement, ce que je reproche souvent. Par contre, j'ai été plus qu'exaspérée qu'elle prononce les mots anglophones avec un accent! Elle le fait même avec Cathy et Lollie! J'ai trouvé cela affreux en plus de ne pas être naturel. Heureusement, certains mots, comme Gordon ou le nom de l'auteur, y échappent.

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