Replay

L'ouvrage:
Le 18 octobre 1988, à 13h06, Jeff Winston meurt d'une crise cardiaque, à l'âge de quarante-trois ans. Puis, il «s'éveille» en 1963, alors qu'il a dix-huit ans.

Critique:
Avant de lire ce roman, j'ai survolé des critiques: d'un côté, on disait que Stephen King avait bien mieux fait dans «22/11/63», d'un autre, on disait que «Replay» était mieux... Après avoir lu les deux, je trouve stupide de les comparer. Dans ce cas, il faudrait comparer tous les romans où les personnages voyagent dans le temps. Bien sûr, Ken Grimwood parle bien de l'assassinat de Kennedy, mais cela ne doit pas pousser les gens à comparer ce roman et celui de Stephen King. Ils n'ont rien à voir l'un avec l'autre.

Pour ma part, je n'arrive pas à dire si j'ai aimé ou non ce roman. C'est un sentiment étrange... Ce qui m'agace un peu, c'est que la plupart du temps, lorsqu'un auteur fait ce genre de choses (le héros a la chance de revenir dans son passé et peut espérer changer ses erreurs), il lui est toujours démontré qu'il n'est pas bon de le faire. Je trouve cela dommage. Ce genre de livres permet de rêver. Qui n'aimerait pas arranger certaines choses dans son passé? Lire un roman où le héros y arriverait serait réconfortant. C'est du fantastique, donc pourquoi ne pas ménager une petite part de rêve? Bien sûr, je n'aimerais pas un roman où tout serait parfait, mais où des choses s'arrangeraient. J'ai donc commencé par en vouloir à l'auteur de faire comme d'autres: on essaie de mieux faire certaines choses, mais cela en désorganise d'autres, et pourtant, le but est toujours honorable. De toute façon, à cause de ce qui arrive, ça finit par ne servir à rien. Cependant, Jeff tire des leçons de ce qu'il vit. J'ai un peu soupiré en lisant ce qu'il finit par penser, parce que je me suis dit que je pensais déjà comme cela, je n'avais pas besoin que la vie me le démontre. Certes, mais beaucoup de gens ne parviennent pas à faire la part des choses, comme finit par le faire Jeff.

D'autres éléments m'ont un peu agacée. Jeff et Pamela tombent trop facilement amoureux l'un de l'autre. C'est compréhensible, mais de ce fait, j'ai l'impression que l'auteur n'a pas vraiment creusé Pamela, du moins, au début, puisqu'il était logique que Jeff et elle s'aimeraient. Pas besoin de nous la faire apprécier, donc. Je lui ai longtemps préféré Judy.
D'autre part, je n'ai pas compris que Jeff se confie à Mireille en pensant qu'elle garderait son secret et le respecterait, même si elle ne le comprenait pas. En très peu de temps (avant que Jeff lui parle), j'ai su que Mireille n'était ni aimable, ni fiable, ni futée. Là encore, je pensais que s'il voulait réellement se confier, c'est à Judy qu'il aurait dû parler.
Enfin, j'ai trouvé très léger que Jeff, alors qu'il débarque à un moment où les choses sont déjà très tendues et difficiles avec Linda, décide de ne rien tenter pour tout sauver, et s'en aille, alors que juste avant, il était là à temps pour attraper le coche, et s'est contenté de mettre à profit ce qu'il savait, sans faire beaucoup d'efforts, pour que les choses ne commencent pas à se dégrader.
De plus, à cause de la manière dont arrivent les choses, l'auteur montre des aspects de ce retour dans le passé comme un pensum, notamment les années de lycée ou d'université.

D'un autre côté, j'ai compris les autres agissements des personnages. J'ai notamment aimé «Star see» et la raison pour laquelle il a été fait. J'ai compris que la tentative faite pour comprendre le phénomène ait créé de telles réactions. Là encore, la difficulté des hommes à communiquer et les raisonnements bornés sont mis en avant, n'engendrant qu'incompréhensions et chaos.
Je me suis facilement mise à la place de Jeff. Je n'approuvais pas toujours ses choix, mais je comprenais qu'il se débatte avec ce phénomène incontrôlable. La plupart du temps, il faisait de son mieux.
Parfois, l'intrigue traîne, et j'avais l'impression que tout se délitait, que l'auteur ne savait plus quoi faire. Finalement, je trouve que tout a sa place. Les expériences et les tentatives de Jeff pour s'accommoder de ce qui lui arrive et le comprendre font réfléchir sur certaines choses. En outre, lorsqu'un auteur choisit ce thème, il n'est pas toujours simple pour lui de s'en sortir.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime toujours autant la lecture ni surjouée ni soporifique de Martine Moinat. Ici, je regrette beaucoup que, par souci de bien faire, elle ait voulu prononcer des noms anglophones avec l'accent. Outre que cela ne me plaît pas, elle s'est trompée sur des prononciations. Par exemple, la première syllabe du mot «apple» ne se prononce pas «ay», tout comme le mot «maddison», en anglais, ne se dit pas «maydison». En général, le «a» se prononce «ay» lorsqu'il n'est pas suivi d'une double consonne. D'autre part, je trouve affecté qu'on prononce «dayvid» ou «aveniou» dans un texte en français. Je dois être une des rares à penser ainsi, car beaucoup de lecteurs tentent de prononcer les mots étrangers avec accents. Dommage pour moi...

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