Auteur : Grangé Jean-Christophe

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jeudi, 13 septembre 2018

La terre des morts, de Jean-Christophe Grangé.

La terre des morts

L'ouvrage:
Paris. Une strip-teaseuse a été assassinée. Son visage a été mutilé, et le tueur lui a enfoncé une pierre dans la gorge. Après qu'une équipe de policiers a travaillé sur l'affaire, et en a été dessaisie faute de pistes, c'est l'équipe de Stéphane Corso qui en est chargée.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai retrouvé quelques éléments qui m'agacent, mais je les pardonne à l'auteur. Par exemple, il y a des meurtres macabres, un thème qui m'ennuie et me fatigue beaucoup. Autre exemple: on a affaire à un policier cabossé depuis l'enfance qui se débat entre ses traumatismes passés et des choses douloureuses qu'il vit dans le présent, qui flirte avec le danger, l'illégalité... Cela aussi m'exaspère, mais ici, j'ai fait avec...

Très rapidement, j'ai souhaité que le coupable soit un personnage que je détestais. De ce fait, dès qu'une nouveauté apparaissait, j'échafaudais une explication qui se tenait et inculpait le personnage haï. J'ai été déçue que ce personnage ne soit pas du tout coupable parce que je ne l'aimais pas, mais aussi parce que je trouvais que mes explications concernant sa possible implication s'imbriquaient parfaitement dans les éléments de l'affaire. Souvent, quand j'ai des hypothèses qui se révèlent fausses, je trouve que l'auteur a bien mieux fait que moi. Ici, l'auteur a très bien fait, mais pour une fois, mes échafaudages n'étaient pas si branlants.

Si le livre est long, il ne traîne pas. L'auteur prépare ses effets et ses révélations. Il n'y a pas d'incohérences. Les rebondissements sont intéressants parce qu'à chacun d'eux, le lecteur ne sait pas vraiment quoi croire. Moi, bien sûr, je m'acharnais sur mon personnage détesté, donc ce qui me permettait de l'inclure dans le canevas me plaisait. À part cela, chaque rebondissement invite le lecteur à faire attention à ce qu'il croit savoir, d'une manière générale, sur son entourage. Lorsque le personnage coupable a fini par livrer le fond de son âme, j'ai trouvé qu'il y avait une certaine cohérence dans sa façon de penser. Non que j'approuve ses actes, mais j'ai trouvé que l'auteur avait bien construit son personnage.

Corso est, comme je l'ai dit plus haut, un policier à la Grangé. Malgré sa part trouble, je l'ai apprécié, comme souvent s'agissant des policiers créés par cet auteur. Parfois, il m'a semblé qu'il se laissait trop facilement rouler (pas uniquement concernant l'enquête), mais cela ne fait pas de lui un personnage incohérent. C'est un bon policier, et parfois, aussi bien à ce titre que dans sa vie privée, il ne prend pas la mesure des choses. Comme tout le monde.

J'ai passé un bon moment, ne me suis pas ennuyée, et ai facilement réussi à faire avec les côtés qui me plaisaient moins. Je trouve quand même très dommage que l'auteur n'ait pas tué le personnage que je détestais. ;-) Bien sûr, il aurait eu d'autres choses à gérer s'il avait fait cela...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Bourguet.

J'apprécie ce comédien dont le ton est toujours adéquat, ce qui fait que sa lecture est naturelle. Ici, il joue à merveille les divers sentiments des protagonistes. De plus, il parvient à modifier très légèrement sa voix pour les rôles féminins sans que cela soit affecté. Cela m'a plu, car beaucoup en font trop quand ils veulent jouer l'autre sexe.
Comme je pinaille, je dirai que j'ai été un peu déçue que Lionel Bourguet prononce «Perez» en roulant le «r». À côté de cela, il a prononcé Waterstone sans tenter de faire un accent anglais, ce qui m'a plu.

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jeudi, 7 juillet 2016

Congo requiem, de Jean-Christophe Grangé.

Congo requiem

Ce livre est la suite de «Lontano».

L'ouvrage:
Erwan pense que l'affaire de l'homme-clou n'est pas élucidée. Il décide d'enquêter à sa source: en Afrique. Grégoire le suit pour tenter de l'en empêcher.

Critique:
Cette chronique n'est pas facile à écrire, car ce roman est une suite directe. Si j'avais lu les deux en suivant, je n'aurais sûrement fait qu'une chronique. D'ailleurs, il est préférable de lire ces deux romans comme s'ils étaient réunis en un seul volume.

J'ai préféré «Lontano» à «Congo requiem». Je pense que cela tient surtout au fait que «Lontano» plantait le décor, présentait les personnages, les expliquait, les explorait. D'autre part, j'avais deviné certaines choses, et cela m'a un peu déçue.
Ces petits désagréments ne gâchent en aucun cas la lecture, notamment parce que les choses que j'avais devinées sont découvertes assez tôt dans le récit.

Une grande partie du roman se passe en Afrique. Avant d'arriver au coeur de l'action, Erwan bénéficie d'un cours d'histoire en accéléré par son père. Ce cours m'a été profitable. Je savais certaines choses, mais pas tout. Peut-être l'auteur a-t-il exagéré l'atrocité des guerres, mais je ne pense pas.
Ensuite, Erwan vit certaines choses «de l'intérieur»... Là encore, on retrouve le Grangé des situations extrêmes, des descriptions macabres, des meurtres spectaculaires. C'est à la fois captivant et effrayant. Chaos et révélations inimaginables dirigent cette partie du roman.

Si Erwan mène l'enquête principale, Loïc et Gaëlle se retrouvent embarqués dans des événements qui ne peuvent les laisser indifférents et sur lesquels ils tiennent à enquêter. J'ai pris plaisir à suivre tous ces personnages dans des quêtes qui les forceront à se révéler sous un autre jour, leur donneront un but, les rendront plus complexes, les remonteront dans leur propre estime.
D'autre part, certaines découvertes feront qu'on verra certains protagonistes de manière plus nuancée. Je pense que le lecteur aura le même cheminement que les enfants Morvan.

Jean-Christophe Grangé a réussi à me surprendre avec des éléments dont je me suis dit, après coup, que j'aurais dû les deviner (notamment ce que découvre Loïc, à la fin). J'ai également été surprise que certains événements se produisent, alors qu'en y réfléchissant bien, je me rendais compte qu'ils étaient attendus. C'est une bonne chose. Cela veut dire que j'ai été assez prise par l'histoire, et la façon particulière qu'a Grangé de la conter, pour ne pas tout décortiquer, ne pas tout deviner.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hugues Martel.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Hugues Martel n'a pas démérité par rapport au premier tome. Son jeu reste naturel et nuancé. D'autre part, il n'a pas besoin d'artifices (comme de modifier sa voix à outrance lorsqu'une femme s'exprime).

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jeudi, 22 octobre 2015

Lontano, de Jean-Christophe Grangé.

Lontano

L'ouvrage:
Les relations des membres de la famille Morvan sont compliquées. Erwan, Loïc et Gaëlle en veulent à leurs parents (Grégoire et Maggie), car ils ont pourri leur enfance. Chacun s'arrange comme il peut avec la vie. Cependant, aucun n'a coupé les ponts. Erwan est même policier, à l'instar de son père. C'est d'ailleurs par là que débute l'énigme qui sera le centre du roman. Grégoire envoie son fils enquêter sur une affaire de bizutage qui a mal tourné. Il ne sait pas qu'Erwan va ouvrir la boîte de Pandore.

Critique:
Comme souvent, je trouve que la quatrième de couverture en dit trop.

Dans ce roman, Jean-Christophe Grangé trouve le moyen de garder certaines choses qui font son style tout en se renouvelant. En effet, le lecteur sera plongé dans des meurtres dont la mise en scène est macabre, sanglante. Elle dénote un esprit malade, pervers, etc. C'est, en quelque sorte, la marque de fabrique de Jean-Christophe Grangé. Cela s'accompagne d'une exploration poussée de la psychologie des personnages. Entre le tueur perturbé et la famille Morvan, le romancier montre plusieurs personnages qui se perdent dans des extrêmes, espérant y trouver quelque apaisement. Ce roman explore d'ailleurs plusieurs formes d'extrêmes, de manipulation de l'esprit humain...

Les choses diffèrent un peu d'abord parce que l'auteur a gommé certaines choses qui m'agaçaient. On ne trouve plus un personnage enquêtant en roue libre. Grégoire a de petites tendances à agir seul, mais ce n'est pas pénible.
D'autre part, il y a des répliques et passages humoristiques. Par exemple, la scène où Erwan trouve Gaëlle et ses gardes du corps dans son immeuble est assez cocasse, malgré la gravité de la situation.

De plus, la famille Morvan fascinera le lecteur. Ils ne se supportent pas, mais ne peuvent vivre les uns sans les autres. En fait, c'est surtout les enfants qui ont du mal à supporter leurs parents, ce qui se comprend très bien. Grégoire sauve toujours la mise à ses deux plus jeunes, mais en y réfléchissant, c'est le moins qu'il puisse faire puisqu'il est la raison pour laquelle ils sont si instables. Bien sûr, derrière sa culpabilité et son égoïsme (voir, par exemple, ce qu'on découvre quant à l'un des enfants), on sent l'amour qu'il éprouve pour eux.

Le roman est très gros (comme souvent avec cet auteur), ce qui peut amener à du remplissage. Or, ici, je ne me suis pas ennuyée. L'énigme semble classique: on cherche un tueur. Cependant, elle recèle et engendre d'autres paramètres: certains iront au bout d'eux-mêmes. Cela permet aussi à l'auteur d'explorer de nombreuses facettes de tout ce qui peut exister de pervers, de sadique.
J'ai quand même trouvé que le «combat» où Grégoire joue les héros était un peu long... Par ailleurs, ce qu'on découvre quant à certains personnages est tellement dément que c'est presque invraisemblable. Cela peut passer si on se dit que certains hommes sont prêts à croire n'importe quoi et à aller loin au nom de cette croyance. C'est d'ailleurs une idée qui va bien à ce roman de l'extrême et à Jean-Christophe Grangé en général.

À un moment, j'ai cru savoir qui était l'assassin, et je calquais chaque interrogation d'Erwan sur ce que je pensais. Heureusement, je me suis trompée. Cependant, il faut se méfier, étant donné qu'à la fin de ce tome, tout n'est pas résolu. Je me demande d'ailleurs comment l'auteur est parvenu (puisqu'apparemment, la suite est déjà écrite) à faire tout un roman avec ce qui reste. Certes, nous ne savons pas tout, mais j'ai peur qu'il n'y ait pas de quoi remplir plusieurs centaines de pages...

Remarque annexe:
Je trouve dommage que l'auteur use abusivement d'anglicismes. Il parle du «feeling» du personnage, celui-ci «check» sa boîte vocale, etc. Pour moi, c'est affecté.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hugues Martel.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Hugues Martel est parfaitement entré dans le style, dans l'ambiance du roman. Au long de ma lecture, j'avais l'impression que c'était lui qui l'avait écrit tant son jeu est naturel. Lorsqu'il modifie sa voix, c'est à bon escient. Lors de certaines scènes, il doit «jouer» davantage: il le fait sans affectation. Entre personnages et situations extrêmes, il n'est pas simple d'interpréter ce roman sans en faire trop. Le comédien a réussi le pari. J'espère qu'il enregistrera de nombreux autres romans. Je sais qu'il en a enregistré un pour les éditions VDB, mais je ne l'ai pas lu, n'aimant pas l'auteur.

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lundi, 12 novembre 2012

Kaïken, de Jean-Christophe Grangé.

Kaïken

L'ouvrage:
Olivier Passan travaille à la Criminelle. En ce moment, il est sur une enquête délicate. Il poursuit celui que les médias ont surnommé l'Accoucheur, car il éventre les femmes enceintes, retire le foetus, et brûle les corps. Le policier soupçonne Patrick Guillard.
C'est alors qu'il découvre que quelqu'un s'introduit chez lui, et lui adresse des «avertissements». Persuadé que c'est Guillard qui tente de l'intimider, il redouble de hargne et de vigilance à son égard.
Olivier est passionné de culture japonaise. Il a d'ailleurs épousé une japonaise, Naoko avec qui il a eu deux enfants. Mais le couple est en plein divorce.

Critique:
Je ne sais pas si les admirateurs de Jean-Christophe Grangé apprécieront ce roman, mais je l'ai préféré à ses trois précédents thrillers.
Si on retrouve certains «thèmes» chers à l'auteur, il y apporte un brin de renouveau qui fait qu'il sort de ses propres sentiers battus. Par exemple, Olivier et celui qu'il poursuit ont connu d'extrêmes souffrances lors de leur enfance. Le policier n'hésite pas à employer des méthodes peu orthodoxes, à se mettre en tort, à «jouer avec le feu» (celle-là est irrésistible, et sera comprise par ceux qui ont lu le livre) de multiples manières afin de vaincre son adversaire, ainsi que l'extrême violence dont celui-ci est capable. Cependant, il ne travaille pas en solitaire.

Autre chose change: le policier ne passe pas son temps à traquer quelqu'un qu'il «vaincra» à la fin. Tout est plus complexe. Les rebondissements à ce sujet sont crédibles.
C'est avec ce changement que l'auteur fait quelque chose de risqué. Il faut que le résultat soit à la hauteur. Il l'est. D'abord, l'auteur a trouvé un moyen simple pour que le lecteur ne puisse deviner quelle est la solution. Certains diront qu'il triche, je pense, au contraire, qu'il a bien joué.
Il ne peut s'empêcher de livrer un faux coupable, mais cela ne dure pas, et c'est une hypothèse acceptable.

J'ai trouvé ce roman moins tranchant, mieux ficelé, plus «doux», mieux travaillé. L'énigme est plus réfléchie, plus creusée, plus pertinente.
J'ai aimé que l'auteur prenne le temps de décrire des scènes du quotidien, où Naoko et Olivier sont avec leurs enfants. Cela les ancre davantage dans la réalité.

La psychologie des personnages me semble plus creusée que dans les précédents romans de Jean-Christophe Grangé. Par petites touches, il fait des portraits nuancés. Il ne se contente pas de dépeindre d'immenses souffrances endurées par les personnages. Il en montre les conséquences, tout en brossant des personnalités qui ne se résument pas à ces souffrances. De plus, ces portraits se précisent, s'affinent à mesure du roman. Cela donne des personnages plus épais.
Cela ne fait pas forcément qu'on les appréciera. J'ai aimé qu'ils soient décrits avec davantage de minutie, car j'ai pu les imaginer, mais je les ai trouvés agaçants, surtout Olivier et Naoko. Compliqués à force d'être complexes, ramenant tout à eux, se croyant supérieurs... Naoko est froide et sèche.

Malheureusement, à partir du moment où le lecteur sait de quoi il retourne, les choses traînent un peu. L'intérêt est cependant relancé parce qu'Olivier fraie avec sa belle-famille, puis un psychologue qui lui apprend des choses intéressantes.
J'ai également apprécié la confrontation d'Olivier avec le pays dont il révère la culture. Il se rend compte que tout n'est pas absolument comme il le voyait. En effet, je trouve qu'il aimait mal la culture japonaise. Il la rendait clichée à force d'avoir des avis tranchés à son propos, et de se vouloir plus imprégné de culture japonaise que sa femme! Pour lui, un japonais devait forcément agir d'une certaine façon.

Il y a une petite faiblesse: puisque la personne a pu, sans problèmes, pénétrer chez les Passan, pourquoi n'a-t-elle pas «pris» ce qu'elle voulait tout de suite? C'est expliqué par le besoin d'un affrontement, d'élimination de «la personne en trop», par la personnalité de l'un des protagonistes... Certes, mais cela ne m'a pas vraiment convaincue.

La fin est prévisible, mais va bien au reste. En outre, elle symbolise une certaine évolution des personnages. Par ailleurs, elle est exempte de ces tours de passe passe qui, à mon goût, sont spectaculaires et gâchent les romans.

Remarque annexe:
Je ne sais pas si c'est fait exprès, mais je trouve amusant qu'un pan de l'histoire se passe dans le 93 et qu'il y ait 93 chapitres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Benoît Marchand.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'aime beaucoup ce comédien que je découvre avec «Kaïken». Outre une voix très claire et agréable, il s'est très facilement glissé dans la peau des personnages. Son jeu est fin et nuancé. À certains moments, il n'est pas facile de rendre la clarté des dialogues, car il n'y a pas toujours de propositions incises. Grâce à l'intonation de Benoît Marchand, il est très simple pour l'auditeur de savoir que l'interlocuteur change.

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mardi, 18 octobre 2011

Le passager, de Jean-Christophe Grangé.

Le passager

L'ouvrage:
Depuis peu, Mathias Freire travaille dans l'aile psychiatrique d'un hôpital bordelais. Ce soir-là, alors qu'il se remet d'un rêve étrange, et qu'une douleur persistante lui tronçonne le côté gauche de la tête, on lui amène un patient amnésique qu'on a trouvé gare Saint-Jean.

Anaïs Châtelet est une jeune femme policier ambitieuse. Il se trouve qu'elle est la seule disponible alors qu'une affaire intéressante se présente: un corps trouvé gare Saint-Jean, un homme décapité dont la tête a été remplacée par celle d'un taureau.

Critique:
J'ai trouvé ce livre meilleur que «La forêt des mânes». Malgré tout, mon sentiment est mitigé.

J'ai eu du mal à entrer dans le roman, car le début me paraissait très classique. Bien sûr, il faut bien commencer par du connu, mais certains auteurs arrivent à détourner quelque peu le classique en y insérant de l'humour, ou une façon étrange de faire, ou un personnage d'emblée sympathique, ou tout autre chose qui éveillera l'intérêt.
Si Mathias m'a été tout de suite sympathique, j'ai eu plus de mal à m'attacher à Anaïs. Je la trouvais creuse, au début. Heureusement, cela s'arrange, par la suite.

On retrouve d'autres topoï du genre chez Grangé. Qu'un auteur reprenne certaines façons de faire peut ne pas être gênant, s'il sait y apporter un brin d'originalité. Ici, on sait tout de suite que les deux affaires sont mêlées. Heureusement, l'auteur ne joue pas trop de cette ficelle.
On retrouve aussi beaucoup de sang et de violence. J'avoue y être de plus en plus réfractaire. Si on excepte les mises en scène macabres, il y a cet horrible passage où le héros se fracasse plusieurs fois le nez contre un mur. Il y était obligé, mais cet épisode m'a franchement écoeurée.
On retrouve également la personne un peu marginale qui a toute la police après elle en plus d'un tueur fou. D'ailleurs, toutes les fois où le héros échappe à ses poursuivants, on tombe dans le prévisible, et donc, dans le remplissage, ce qui donne une occasion à l'auteur de semer sang et cadavres autour du fugitif.
La ficelle est quand même un peu renouvelée par le fait que l'investigateur n'est pas marginal par sa faute. En outre, il finit par être aidé par une personne qui croit en lui malgré les apparences, et le fait qu'elle le connaît peu. On me dira que c'est un peu gros, je trouve que c'est une originalité intéressante, parce que du coup, le livre est moins balisé.

Ensuite, Jean-Christophe Grangé aborde des thèmes qui le furent déjà abondamment. Par exemple, l'amnésique qui revient dans ses propres pas pour découvrir qui il est. Ça m'a rappelé, entre autres, «Au pays des vivants». Ici, l'intérêt est tout de même relancé parce que l'amnésique doit enquêter sur plusieurs «personnes». Cependant, certaines parties sont un peu longues. Je me suis ennuyée pendant la troisième, l'enquête sur Narcisse.

Ce qu'a produit la folie humaine est intelligemment abordé, et très réaliste. Cependant, j'ai envie de dire que Grangé arrive trop tard. Son histoire, même si elle n'est pas semblable, m'a beaucoup rappelé la série «Dollhouse», ou le roman «Hors de moi», de Didier Van Cauwelaert. À cause de cela, j'ai très vite su une chose assez importante.
Le système d'enquêtes imbriquées les unes dans les autres m'a rappelé «Le chuchoteur». Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais ce roman a éveillé beaucoup d'échos en moi, ce qui m'a quelque peu agacée. Je suppose que c'est dû au fait que je lis beaucoup et que je regarde beaucoup de séries.

La toute fin (la dernière phrase) est prévisible. J'en ai été déçue. En effet, je voyais venir l'auteur avec de gros sabots. De ce fait, je pensais qu'il ne ferait pas une chose aussi attendue. Eh bien, si!

Pour moi, la partie la plus réussie est la deuxième. Peut-être parce que c'est le début de l'enquête, et que ce mécanisme est un peu nouveau. Néanmoins, je pense que c'est surtout parce que l'auteur a particulièrement bien décrit et analysé un monde que nous côtoyons tous les jours, et sur lequel nous ne nous arrêtons pas vraiment: le monde de la rue. Cette espèce de jungle où les pires choses peuvent arriver m'a impressionnée. Je n'ai pas de preuves que cela se passe ainsi en réalité, et peut-être que l'auteur exagère un peu, mais j'imagine que son récit est très proche de la vérité.

Je ne regrette pas d'avoir lu ce livre, car certains «reproches» (je pense surtout aux échos) ne sont pas si gênants, c'est leur accumulation qui m'a embêtée, et je sais qu'elle n'est pas uniquement due à l'auteur.
Quant aux thèmes récurrents, certains ont été partiellement renouvelés.

Remarque annexe:
Je pense la même chose qu'Anaïs à propos de la corrida.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Christophe Lebert.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le lecteur a une voix agréable, et ne lit pas trop lentement. (Beaucoup de lecteurs, qu'ils soient bénévoles ou payés pour enregistrer des livres, lisent trop lentement à mon goût.) Il a eu l'occasion de montrer son talent dans diverses scènes, par exemple, lorsque nos héros côtoient des personnes ivres. J'ai bien ri lorsqu'il «joue» un clochard soûl qui chante «Les démons de minuit» à pleins poumons.
J'ai également apprécié qu'il n'en fasse pas trop quant à l'accent du Sud-Ouest du père d'Anaïs. J'aurais détesté qu'il forçât le trait.
J'ai été surprise d'entendre des liaisons mal-t-à propos. Je crois qu'il y en a deux ou trois sur un chapitre.
La musique n'est pas trop présente (heureusement qu'il n'y en a pas à chaque fin et début de piste, car il y a 149 pistes...), et donne bien le ton du roman.

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