Matriclan Kane

L'ouvrage:
L'auteur expose une société matriarcale. Les événements sont racontés à partir de la naissance de Jason, le fils de Daphné, fille de la femme qui règne sur le matriclan. Daphné ayant quatre autres garçons, sa mère la presse de prendre un deuxième conjoint qui lui ferait une fille. Cela assurerait sa descendance.

Critique:
À travers des situations et des événements du quotidien, Geneviève Grandjean montre avec justesse tous les clichés sur lesquels reposèrent les sociétés uniquement régies par des hommes. Certaines sont d'ailleurs toujours ainsi. L'auteur montre qu'une telle façon de penser mène à l'enfermement, voire à l'étouffement. Elle prône l'ouverture d'esprit, et démontre qu'encore aujourd'hui, certaines mentalités ne sont pas assez évoluées. Les exemples qu'elle donne éveillent fatalement des échos chez le lecteur. On pensera aux pays occidentaux à une certaine époque, mais également à certaines sociétés où les hommes ont des harems, où les femmes sont voilées, à certaines communautés (je pense surtout aux Mormons), ou à certains pays dans lesquels la fille est une paria. Par exemple, les mâles prennent des cours pour être de bons mâles au foyer, les femmes ne voient pas pourquoi ils feraient d'autres études. On voit aussi la femme de plus de soixante-dix ans qui demande un garçon de dix-huit ans pour douzième conjoint... J'ai trouvé tout cela bien exposé. Certains diront que la romancière ne fait qu'inverser les choses. Soit, mais à mon avis, elle le fait excellemment.

D'autre part, l'intrigue est bien menée. Il n'y a pas de temps morts. J'ai été captivée par l'évolution des personnages et de la société. On dira peut-être que la fin est un peu trop optimiste quant à certains personnages. Outre le fait que cela n'est ni bâclé ni incongru, je pense que c'est voulu car c'est dans la lignée de la pensée tolérante. Si on se donne la peine d'écouter et de comprendre ses semblables (ce qui ne coûte pas grand-chose), les relations humaines seront plus sereines. En effet, dans beaucoup de domaines (pas seulement à cause d'une différence de sexe), on ne communique pas comme il le faudrait, parce que certains ne veulent pas voir une autre façon de penser que la leur.

Les personnages m'ont paru épais. Certains finissent par être nuancés à force d'expérience, d'autres ne parviennent pas à évoluer, et prônent des valeurs archaïques à coups d'arguments irrecevables, mais qui, pour eux, sont valables.

Un roman qui compte parmi mes coups de coeur en 2014.

Éditeur: Monographic.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.