Le confident

L'ouvrage:
1975.
Camille Werner, éditrice, vient de perdre sa mère. Au milieu des lettres de condoléances, elle trouve une missive d'un certain Louis qui commence par raconter comment, tout enfant, il tomba amoureux d'Annie, sa petite voisine. Camille ne comprend pas pourquoi cela lui est adressé. Elle pense que c'est une erreur, puis, recevant d'autres lettres, elle envisage un prétendant à l'écriture, plus malin que les autres, envoyant son manuscrit à un éditeur sous cette forme.
Enfin, elle comprend que cette histoire, qui lui est peu à peu dévoilée, et qui est survenue dans les années 40, la concerne.

Critique:
Voilà un premier roman réussi: bien écrit et bien documenté. Hélène Grémillon mêle habilement les faits historiques à l'histoire de ses protagonistes. La seconde guerre mondiale est omniprésente, mais il semble que l'époque et les circonstances soient là pour servir les personnages. Si certains ont pu agir comme ils l'ont fait, c'est grâce (si j'ose dire) à cette époque tourmentée. Je ne parle pas seulement du drame qui s'est joué, mais de certains petits secrets qui ont aidé à sa construction, comme par exemple, celui d'Eugénie.
L'auteur a l'art de tenir son lecteur en haleine, tout en lui faisant ressentir à merveille les sentiments éprouvés par les personnages qu'elle a su créer. Le lecteur ira de découverte en surprise, jusqu'au dernier chapitre, jusqu'aux dernières phrases. Ce livre se lit donc comme un drame psychologique agrémenté d'une énigme. Même si on se doute de certaines choses (j'avais deviné trois éléments de l'intrigue), la lecture n'est en rien gâchée.
Au départ, la complexité narrative peut dérouter, à cause des récits enchâssés, mais l'histoire est servie par un style agréable et fluide. L'auteur n'use pas de fioritures, et dit simplement les choses. C'est un des éléments qui donne sa force au roman.
L'auteur s'arrange pour que le lecteur connaisse différents points de vue, car plusieurs personnages prennent la parole pour se livrer.

Ce roman a un parfum de «La poursuite du bonheur», de Douglas Kennedy. Outre l'Histoire jouant un rôle dans l'histoire des personnages, le début est à peu près le même. Ensuite, les personnages subissent le malentendu, le mensonge, le non-dit dans les deux romans. Je ne suis pas près d'oublier «Le confident». Mais malgré toutes ses qualités, je déplore une histoire si sombre. On me rétorquera qu'il n'y aurait pas pu y avoir d'histoire si tout s'était déroulé autrement. On me dira aussi que c'est plus réaliste comme ça. Soit, même si j'ai trouvé que les façons de faire et les circonstances qui ont permis les actes de celle que j'appellerai madame M, faisaient un peu soap opera... J'aurais aimé que certains tentent de vérifier au lieu de prendre ses dires pour argent comptant.
Bref, l'inexorable gâchis de ces vie me laisse un goût amer.

Tous les protagonistes du romans sont creusés. On comprend leurs motivations, leurs actes. Cela ne veut pas dire qu'on les excuse. Si la plupart de la faute revient à un personnage, les autres ne sont pas tous blancs. L'une s'est montrée inconséquente en proposant quelque chose qu'elle n'imaginait pas impossible à une femme à moitié folle de douleur, prête à tout pour obtenir ce qu'elle veut. L'auteur nous présente des personnages acculés par les circonstances, la société de l'époque, leurs désirs...

Madame M. est pour moi le personnage le plus haïssable. Elle ne reconnaît jamais qu'elle est l'instrument de son malheur, ne se remet jamais en question, et préfère blâmer les autres. Même à la fin, elle agit lâchement, chargeant un homme qui a déjà assez souffert (comme le souligne Camille), de «faire le sale boulot». J'ai compris sa souffrance et sa douleur, mais je ne l'ai jamais plainte. Elle n'a jamais rien fait pour se racheter, a pu construire sans remords son «bonheur» en gâchant délibérément plusieurs vies. Elle dit avoir agi par amour... par amour d'elle-même, par égoïsme, sans doute!

Annie est intéressante. J'ai trouvé un peu gros qu'elle s'attache si rapidement à madame M, et qu'elle s'engage de manière si impulsive. C'était une gentille fille, d'accord, mais quand même...
Ensuite, je l'ai tour à tour plainte et blâmée pour ce qu'elle subissait, et pour le mal qu'elle a fait, surtout à une personne, sûre que ses preuves étaient véritables. Ici, elle est inexcusable. Même si ce qu'elle croyait avait été vrai, son acte fait frémir. Bien sûr, il ne faut pas oublier le contexte... Ce qu'a fait Annie était, malheureusement, courant.
Quant à Paul, Louis, et les parents d'Annie, c'est sûrement eux les plus à plaindre... Camille l'est également...
Hormis madame M, la souffrance de tous ces personnages m'a touchée.

Note: Ce livre sort le 26 août 2010.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Plon.
Pour ceux qu'une version audio intéresse, il en existe une éditée par Gallimard. D'autre part, il en existe une enregistrée pour la Bibliothèque Braille Romande, et une autre pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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