La fille secrète

L'ouvrage:
1984.
Inde. Kavita vient d'accoucher de son deuxième enfant: une autre fille. La famille n'est pas assez riche pour élever plusieurs enfants, et une fille coûtera plus cher qu'un garçon à cause de sa dot. Kavita se résigne à se mutiler en confiant sa fille à un orphelinat.

Californie. Somer et Krishnan ne peuvent pas avoir d'enfants. Après quelque réticence, la jeune femme accepte l'adoption. Ils adopteront en Inde, pays d'où vient Krishnan.

Critique:
Ce livre est d'abord une ode à la culture indienne. À travers personnages et événements, l'auteur baigne son lecteur dans un pays aux multiples saveurs. Envoûtante, fascinante, l'Inde nous révèle ses facettes. En effet, la romancière ne montre pas seulement des coutumes et une cuisine épicée, elle évoque la société, les mentalités, la difficulté de s'en sortir quand on n'a que son courage, sa vaillance, et sa volonté.
Le mari de Kavita pense faire au mieux, et il se rend compte que ce n'est pas forcément le cas. C'est pourtant un personnage attachant. Il ne «rejette» pas ses filles par choix ou insensibilité. Il tient vraiment à ce que sa femme ait une belle vie. Il finit par se remettre en question.
L'auteur évoque aussi la rencontre de deux cultures, et à travers Krishnan et Asha, le choc de ces deux cultures, la difficulté de les concilier, de les «garder» toutes les deux.

L'intrigue est savamment construite. J'ai aimé passer sans cesse d'un point de vue à l'autre. Cela montre d'autant mieux le contraste entre deux cultures et deux modes de vie radicalement opposés. Krishnan ne renie pas sa culture, mais Somer ne l'accepte pas vraiment, ce qui fait qu'elle transparaît peu lors des chapitres où on voit leur famille.
Shilpi Somaya Gowda réalise d'autres correspondances, d'autres jeux de miroir. Par exemple, Kavita et Krishnan perdent en même temps un membre de leur famille.
Le roman s'étale sur vingt-cinq ans. En général, je n'aime pas les livres qui couvrent de trop grandes plages temporelles, car ils me paraissent souvent bâclés. Ici, ce n'est absolument pas le cas.

J'ai trouvé le prologue inutile. Il plonge le lecteur dans un moment que, de prime abord, il lui sera impossible de relier au reste. Après avoir fini le livre, le lecteur comprendra que le prologue est un le prélude à un moment important du roman. Il n'apporte rien. Il est si peu en rapport avec le début que je me suis empressée de l'oublier.

Le lecteur, qui connaît Kavita, ne pourra s'empêcher d'être ému lorsque, par commodité, Somer et Krishnan changent le prénom du bébé et lui enlèvent son bracelet de cheville. On ne peut pas vraiment les blâmer, mais c'est tout de même le signe d'un rejet de la culture et des parents de l'enfant. Effectivement, Somer, par peur (et parce qu'elle n'a jamais pu voir les bons côtés de l'Inde), refusera que sa fille connaisse sa culture d'origine. Là encore, il y a un jeu de correspondances. À l'instar de Jasu, Somer finira par se pencher sur ses erreurs, les examiner, et cesser de se voir en victime pour se remettre en question, et s'ouvrir à ce qu'elle ne connaît pas, et qui, croyait-elle, la menaçait. L'évolution de ce personnage est très intéressante.

Quelque chose m'a un peu déçue, mais j'ai conscience de pinailler. Ce livre est un très beau roman, plein de sensibilité, d'émotions, un chant d'amour pour un pays, la description du cheminement de plusieurs personnages.

Éditeur: Mercure de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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