Telle une abeille

L'ouvrage:
Rio de Janeiro, 1972.
L'héroïne (qui, plus tard, se fera appeler Alessandra) a été abandonnée, à cinq ans, sur un trottoir. Sa mère l'a laissée en lui disant d'attendre: son père allait venir la chercher. C'est ainsi qu'elle est devenue une enfant des rues.

Critique:
L'auteur s'est basée sur un fait réel pour écrire ce roman. Je ne sais pas dans quelle mesure elle a puisé dans la réalité, mais j'ai trouvé certaines choses peu vraisemblables, ou disons clichées. D'un côté, on a envie d'applaudir cette enfant qui se débrouille comme elle peut, qui, à force de douceur et d'opiniâtreté, parvient à obtenir certaines choses de la vie. J'ai apprécié la lecture d'une histoire qui ne racontait pas la dérive d'une enfant livrée à elle-même à l'âge de cinq ans. Au moins, l'auteur ne nous raconte pas une longue descente aux enfers. En outre, le lecteur éprouvera forcément de la compassion et de l'admiration pour Alessandra, et sourira de ses remarques naïves.
On ne pourra s'empêcher de réagir en apprenant ce que sont devenus ses frères et soeurs qui n'ont pas vécu dans la rue. Je pense que l'auteur a voulu montrer que tout n'est pas toujours tracé par l'environnement dans lequel on évolue. C'est une idée intéressante.

Cependant, plusieurs choses m'ont gênée.
D'abord, il est étrange qu'il n'arrive jamais rien de très grave à l'héroïne. Je ne le souhaitais bien sûr pas, mais elle est dans la rue... Elle souffre de la faim, de la saleté, doit chercher ou dormir, mais elle n'a jamais affaire à des personnes mal intentionnées. Elle est plutôt rejetée par les bandes.

Ensuite, Alessandra semble parfaite. C'est d'autant plus flagrant lorsque l'auteur fait le parallèle entre elle et Gabriella. C'est la fille pauvre qui souhaite avoir de l'instruction, qui est vaillante, et c'est celle qui a de l'argent qui est fainéante, ne pense qu'à s'amuser. Il est vrai que quelqu'un qui a souffert saura quelle est la valeur des choses, alors que quelqu'un qui n'a pas à remuer le petit doigt sera plutôt nonchalant, et paresseux. Mais j'ai trouvé dommage que le contraste soit si grand entre les deux situations. Cela a décrédibilisé le tout à mes yeux.

Par ailleurs, je comprends le sentiment d'Alessandra quant aux enfants livrés à eux-mêmes. Mais je ne peux m'empêcher de penser, à l'instar de Diego, que ce n'est pas gérable financièrement. Notre héroïne raconte qu'elle bénéficie d'entraide, mais malgré cela, je trouve qu'elle brosse un monde trop idyllique pour être crédible. Elle joint les deux bouts grâce à l'entraide et à de petites sommes... cela semble un peu gros. Et pourtant, je suis idéaliste, et j'aimerais, moi aussi, sauver le plus de monde possible.

Les autres choses qui m'ont gênée sont mineures, mais elles ont contribué à me faire prendre de la distance quant à ce livre:
Il n'est pas très crédible que les plaies du ventre d'Alessandra n'aient pas été infectées.
Malgré la naïveté de l'héroïne quant au mariage (au début), il est peu crédible qu'elle accepte d'épouser un homme qu'elle connaît peu.
Peut-être que tout ce qui m'a gênée vient du fait que je n'ai pas su me remettre dans le contexte... ou peut-être certaines choses auraient-elles dû être amenées autrement...

Éditeur: éditions de Fallois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Clerc-Renaud pour l'association Valentin Haüy.

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