Auteur : Ghosh Amitav

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dimanche, 15 août 2010

Un océan de pavots, d'Amitav Ghosh.

 Un océan de pavots

Note: Ce livre sort le 19 août 2010.

L'ouvrage:
Inde, 1838.
Deeti est mariée à un homme détruit par l'opium. Un jour, elle a une vision: un grand navire ressemblant à un oiseau. Elle ne sait pas ce que cela signifie.
C'est alors que sa vie prend une tournure encore plus déplaisante.

Neel est Rajah de Raskhali. Il mène une vie paisible, en apparence. Son père lui a laissé beaucoup de dettes, et les affaires ne sont pas aussi florissantes qu'avant. Les choses vont se gâter lorsque Neel s'opposera à Benjamin Burnham, homme d'affaires anglais, qui souhaite tout faire afin de s'enrichir.

Jodu, jeune indien, recherche une jeune fille blanche: Paulette, sa soeur de lait.

Zachary est un métisse. Il est marin.

Les destins de ces personnages, et d'autres, vont se croiser.

Critique:
J'avais déjà apprécié le talent d'Amitav Ghosh avec «Le pays des marées». Ce roman ne m'a pas déçue. À travers divers personnages de castes variées, Amitav Ghosh transporte son lecteur dans l'Inde colonisée où l'anglais est roi, où chacun doit rester à sa place.
Ensuite, lorsque les personnages se retrouvent sur l'Ibis, le lecteur suit leurs aventures avec beaucoup d'intérêt, et est suspendu aux pages, courant de rebondissements en coups de théâtre. L'auteur maîtrise parfaitement son intrigue, et le lecteur sent l'étau se resserrer sur lui autant que sur les personnages auxquels il s'est attaché.

Il est intéressant de voir les intrigues se tisser et se croiser. Cependant, le roman est lent à démarrer. D'abord, le début semble un peu fouillis parce qu'on rencontre beaucoup de personnages en peu de temps. Cela désoriente un peu le lecteur qui a du mal à se retrouver.
Ensuite, certaines choses sont prévisibles, donc le temps qu'elles arrivent, on s'ennuie un peu.
J'ai tout de suite accroché à l'histoire de Deeti, mais j'ai mis du temps à entrer dans les autres. C'est un semi-reproche, car il fallait bien que l'auteur plante le décor et nous présente les protagonistes. En outre, on oublie cette lenteur une fois qu'on est plongé au coeur de l'action.

Le lecteur admirera les personnages principaux. Ils prennent des risques, car ils ne veulent pas se laisser abattre. Ce qui leur arrive au cours du roman est une sorte de parcours initiatique qui les fera évoluer, et les incitera à remettre certaines choses en question.
Bien sûr, le mélange de naïveté et d'inconscience avec lequel Neel s'oppose à Burnham ne lui attire pas l'admiration du lecteur, mais une pitié teintée d'exaspération.
Plus tard, à cause de cela, Neel prendra conscience de ce qui compte vraiment.
Les autres personnages sont plus ou moins sympathiques au lecteur, sauf Burnham et certains membres haut placés de l'équipage de l'Ibis, qui sont un peu caricaturaux, mais après tout, ils se comportent comme la plupart des anglais, à l'époque.
J'avoue avoir eu du mal à supporter Baboo Nob Kissin, car j'ai du mal à accepter ceux qui tombent dans le fanatisme. Il y a quelques scènes où il m'a fait rire, notamment celle que j'appelle la scène de la chemise, mais globalement, je l'ai méprisé. Il représente des valeurs extrémistes, et a l'air d'un robot, incapable de réfléchir, même si son fanatisme lui dicte de faire, surtout vers la fin, de bonnes choses. Il est dommage qu'il ait l'air d'un illuminé, car ses actes auraient pu me le rendre sympathique.

L'auteur décrit les sensations et l'addiction engendrées par l'opium. Il fait cela à travers les personnages du mari de Deeti et Ah Fatt. Il est assez effrayant de voir ce qu'une personne est capable de faire pour avoir sa drogue, et de voir ce que ceux qui s'y adonnent sans restriction deviennent.
On sait ce genre de choses, mais les lire à travers des personnages est toujours impressionnant.

J'ai trouvé un peu gênant que l'auteur écrive certains dialogues en dialectes locaux qui sont ensuite traduits. C'était fastidieux à lire... surtout en audio!

Attention, il y a des coquilles.
Parfois, un nom change. Paulette devient Pauline, Jodu devient Jodi, et sur la même page, on rencontre monsieur Danby qui devient monsieur Dandy etc. C'est dommage.
De plus, au début, il est expliqué que l'auteur a délibérément choisi de ne pas inclure de ponctuation du dialogue. Soit. Mais parfois, il y a une ou deux phrases sans ponctuation.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Robert Laffont dans le cadre d'un partenariat proposé par Blog-O-Book.
Pour ceux qu'une version audio intéresse, il en existe une enregistrée pour la Bibliothèque Sonore Romande. Cette bibliothèque a également une version audio du tome 2 («Un fleuve de fumée»). Je suppose qu'elle fera enregistrer le tome 3.

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lundi, 16 février 2009

Le pays des marées, d'Amitav Ghosh.

Le pays des marées

L'ouvrage:
Piya et Kanai se rencontrent dans un train. La jeune femme est cétologue, et est en Inde pour explorer la faune et la flore locales, et faire des recherches sur le dauphin Dorsel. Kanai, lui, rend visite à sa tante, Nilima, à Calcutta. Celle-ci a enfin retrouvé ce que son mari, Nirmal, a légué à son neveu, Kanai, et veut le lui remettre en main propre.
Pensant qu'une aventure avec Piya serait une distraction intéressante, Kanai l'invite à venir le voir, chez sa tante. la jeune femme accepte, sans savoir si elle ira ou non, car ses recherches sont prioritaires.

Les deux personnages prennent des chemins différents, et finiront par se retrouver, par la force des choses.

Critique:
Ce livre est à lire, car il a plusieurs qualités. D'abord, il nous plonge dans la civilisation des Indes. Il nous raconte, à travers le récit de Nirmal, un pan de l'histoire méconnu. En effet, c'est une histoire dans l'histoire, mais elle a son importance.
D'autre part, l'auteur nous raconte certains récits engendrés par la superstition. Il s'attarde surtout sur des récits mettant en scène la déesse Bombibi. Même si le lecteur, à l'instar de certains personnages, ne partage pas ces croyances, la façon dont elles sont présentées fait qu'il les respecte.

On ne peut pas prévoir les événements. On peut supposer que telle chose va arriver, mais rien n'est attendu, et ce qui survient n'est pas tiré par les cheveux.

Les personnages évoluent. Ils ne restent pas butés sur leurs positions. Ils tirent des leçons de ce qui leur arrive. La leçon la plus cuisante et la plus justifiée est infligée à Kanai, au chapitre 26 de la seconde partie. Le lecteur ne peut s'empêcher de jubiler et de compatir à la fois. Kanai mérite ce qui lui arrive: il est trop plein d'assurance, englué dans ses certitudes. Il refuse de comprendre qu'on puisse apprécier un autre style de vie que le sien: homme d'affaires totalement ancré dans la modernité. Il admire Moïna parce qu'elle est ambitieuse, parce qu'elle lui ressemble. Comme il ne comprend pas que Fokir puisse aimer sa vie, il ne peut que le mépriser, ce qui le rend méprisable. Après ce qui se passe dans le chapitre sus-cité, il semble que Kanai se remette en question, ce qui n'est pas une mauvaise chose.
Quant aux autres personnages, ils sont tous intéressants, car complexes. J'ai une préférence pour Fokir, généreux, simple, et mystérieux.

Les histoires d'amour qui se dessinent sont, elles aussi, imprévisibles. C'est un soulagement pour moi qui déteste les histoires d'amour qu'on devine dès le début. Ici, l'une de ces potentielles histoires est interrompue par la vie, et à la fin, on ne sait pas si celles qu'on pourrait supposer auront lieu. C'est très bien ainsi.

Le roman entrecroise plusieurs récits, qui se passent à différentes époques. On découvre, petit à petit, certains personnages. On en voit également d'autres (Nilima, Fokir, etc) à différents moments de leur vie. Cela renforce leur complexité. Par exemple, par incompréhension, et non par méchanceté, Nilima a tenté de mal agir envers son époux. Ils avaient tous deux raison, à leur manière. Rien n'était aussi simple que «la méchante Nilima» et «le gentil Nirmal idéaliste».

Vous l'aurez compris, je vous recommande ce roman.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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