Comme le murmure d'un ruisseau

L'ouvrage:
Lorsque Paul avait dix-sept ans, sa petite amie du même âge (Claire), a été assassinée. On n'a jamais su qui était le meurtrier. Paul quitta le village peu après.
Vingt-sept ans plus tard, Paul doit y retourner pour vendre la ferme familiale à ses locataires. Il apprend que le chalet de la famille de Claire est à vendre. Il décide de l'acheter. C'est alors qu'une jeune femme vient vider le chalet. Elle ressemble beaucoup à Claire.

Critique:
Voilà un roman du terroir mâtiné de roman policier. L'auteur ne cherche pas à promener son lecteur d'indice faussé en piste erronée. On saura très vite que l'un des personnages sait quelque chose. Par petites touches, un autre protagoniste raconte ce qui s'est passé vingt-sept ans plus tôt, et on devinera tout bien avant la fin. Il reste bien une petite surprise, mais elle n'est pas tant là pour l'énigme que pour montrer à Aline qu'elle se fourvoie en n'ayant plus confiance en personne. En effet, la crainte est mauvaise conseillère, et Aline se laisse guider par elle. Sa manière d'agir est néfaste pour elle et son frère, mais elle n'en voit pas d'autres qui les sécuriseraient davantage. Il est intéressant de voir comme une personne se souciant uniquement du bien-être d'une autre, peut agir radicalement contre son intérêt. En voulant protéger son frère, elle le confine dans un univers malsain duquel il ne pourrait se libérer que par la parole que lui refuse sa soeur. C'est une relation faite de fausse complicité, d'abnégation destructrice, d'amour empoisonné.

Paul est sympathique. Il n'a pas vraiment surmonté son deuil, malgré son obstination à essayer. J'ai eu peur que l'auteur le précipite dans un écueil qui aurait été à la fois cliché et vénéneux. Il le fait forcément un peu (ce qui rend le tout vraisemblable), mais ne va pas trop loin.

Les autres personnages ne sont pas très creusés, mais ce n'est pas très important. François Gantheret s'attache surtout à décrire la vie d'un petit village qu'un drame non-élucidé a meurtri. Il s'en dégage une ambiance à la fois amicale et oppressante. Les non-dits et les malentendus pèsent sur ces personnages qui tentent d'avancer, mais s'entravent dans les sables mouvants d'un passé douloureux.

Mon sentiment est donc mitigé. J'ai apprécié l'ambiance qui est le point fort du roman. Mais l'intrigue m'a paru un peu mince. Heureusement, il n'y a pas trop de lenteurs. Et puis, Aline m'a agacée, même si je la comprenais. Je n'ai pas non plus apprécié Béatrice que j'ai trouvée inconsistante, et trop assurée, voire un peu présomptueuse. On voit très peu Claire, mais l'auteur a su la créer plus épaisse, plus vraie.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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