Neverwhere

L'ouvrage:
Alors qu'il se rend à un dîner, Richard Mayhew est arrêté par une jeune fille qui le supplie de l'aider. Elle semble grièvement blessée, et refuse d'être conduite à l'hôpital. Richard l'emmène chez lui. C'est à partir de ce moment que d'étranges événements vont se produire dans la vie de notre héros.

Critique:
Comment écrire une chronique qui soit à la hauteur de ce roman? Il est assez épais et ne souffre d'aucune lenteur. J'ai d'ailleurs apprécié que l'auteur prenne le temps de planter le décor, d'expliquer ce qui arrive à Richard, de montrer ce que cela lui fait, etc. Ensuite, le lecteur est précipité d'une aventure à l'autre. Énigmes, épreuves, quêtes, rencontres de personnes dont on ne sait pas toujours si on peut s'y fier... Ce monde où on «parle aux rats», où un personnage excentrique raconte des blagues aux oiseaux (mais pas seulement), où on a affaire au marquis de Carabas... ce monde où fantastique et merveilleux se côtoient (selon qu'on se place du point de vue de Richard ou des autres), tout cela rappelle le conte. Mais un conte initiatique, parfois cruel, exempt d'amours mièvres, et traversé de pointes d'humour.
Quant à la fin, elle est conforme à ce que je souhaitais. Elle est peut-être un peu attendue, mais j'aurais été déçue qu'elle soit autre.

Le monde dans lequel notre héros est bien obligé de se rendre est décrit et exploré avec minutie. On y rencontre des personnalités captivantes, des peuples étranges, et une foule d'éléments propres à immerger le lecteur dans cette Londres d'en bas. Certains éléments peuvent être vus à plusieurs niveaux. Par exemple, la première fois que Richard se rend au marché flottant, j'ai été fascinée par la description de tout ce qu'il y voit. J'ai ri de certaines incongruités, comme le rayon des détritus. Bien sûr, nous sommes dans un monde étrange, mais il ne faut pas oublier que ceux qui s'y retrouvent sont ceux qui, pour une raison X ou Y, sont tombés dans des failles, des personnes qui souffrent, n'ont pas vraiment d'endroits où aller. On peut donc imaginer que celui qui vend des détritus n'a pas grand-chose pour subsister.
D'une manière générale, ce roman invite à l'ouverture d'esprit. En expliquant de manière «raisonnable» des situations qui paraissent parfois saugrenues.

Son parcours dans ce monde et les péripéties qu'il y vivra changeront Richard. Le lecteur s'identifiera facilement à lui. Parachuté dans un univers dont il ignore les codes (il aurait sûrement été châtié si les Parle-aux-rats l'avaient vu balancer sa télécommande sur l'un de ceux qu'ils admirent et respectent), il traverse des épreuves dont lui-même se serait cru incapable de triompher. Celle de la clé est sûrement la plus périlleuse. Là encore, on peut la voir comme une simple épreuve dont il faut triompher ou comme une invitation à améliorer (si on le peut) ce qui ne va pas dans la vie.

Les deux tueurs (monsieur Croup et monsieur Vandemar) ne laisseront pas le lecteur indifférent. Bien sûr, ce sont des «méchants», mais ils feront également sourire. Monsieur Vandemar, la grosse brute qui mangent des animaux crus voire vivants, qui ne comprend pas toujours le sens figuré, qui révèle des choses qui devaient rester cachées parce qu'il veut avoir son tour de parole... Nos deux compères se désolant que leur employeur ose, sans scrupules, leur demander de ne pas trop abîmer, voire de protéger des gens, alors que leur «métier» est de tuer... Tout cela prête à sourire, même si ces deux personnages sont synonymes de danger.

Je ne peux pas trop en dire pour ne pas trop en dévoiler. C'est assez frustrant, car ce roman est très riche, foisonnant, fouillé, abouti. Il y aurait encore énormément de choses à écrire...

Je n'ai pas eu le texte dans sa langue originale entre les mains. Je ne sais donc pas si certaines lourdeurs stylistiques sont dues à la traduction ou si elles sont du fait de Neil Gaiman. Par exemple, plusieurs fois, un prénom est répété, alors qu'il pourrait être remplacé par «il» ou «elle». Si c'est voulu par l'auteur, c'est ainsi. Si ce sont des maladresses de traduction, c'est vraiment dommage, car cela trahit le texte original.
D'autre part, Londres étant une ville, et «ville» étant du genre féminin, le traducteur a choisi de dire «la Londres d'en haut» et «la Londres d'en bas». Mais à un moment, il écrit «le Londres». Il aurait dû garder le genre choisi au départ. Ayant lu ce roman en audio, je n'exclus pas que le «le» soit une erreur de la lectrice.

L'édition que j'ai lue comporte une introduction où Neil Gaiman explique la genèse et l'évolution de «Neverwhere». Outre que c'est très intéressant, on y apprend que le roman a connu plusieurs versions, et que celle comportant l'introduction expliquant cela est la plus aboutie aux yeux de l'auteur. De ce fait, il vaut mieux lire cette version.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Miserez pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Outre une voix très agréable, Élodie Miserez a un jeu très naturel. Elle donne de subtiles nuances à sa voix pour interpréter les différents personnages. Je n'aime pas cela, en général, mais elle le fait très bien. Peut-être aurait-elle dû jouer un tout petit peu plus. Par exemple, lorsqu'elle dit une réplique sur un ton neutre, puis «hurla Chasseur», c'est un peu anachronique... Néanmoins, je pense qu'elle a dû tenter de jongler: il fallait jouer, mais pas trop... cela n'est pas toujours facile...
Quant à sa prononciation des noms anglophones (ce sur quoi je pinaille beaucoup), elle m'a plu. Elle n'est absolument pas affectée. Il y a bien certains noms que la lectrice prononce à l'anglophone (comme Mayhew), mais je ne sais pas trop de quelle autre manière elle aurait pu les prononcer. Là encore, elle n'avait pas la partie facile et s'en est bien sortie.

Acheter « Neverwhere » sur Amazon