Schroder

L'ouvrage:
Erik Schroder écrit. Il veut expliquer les raisons d'un acte qui l'a conduit trop loin. Il destine surtout son histoire à Laura, son ex-femme.

Critique:
Ce livre met mal à l'aise à cause de son personnage principal. Il est assez déstabilisant. Au long du roman, j'ai éprouvé à la fois répugnance et compassion pour lui. Il s'apitoie beaucoup sur son sort, et ne tente pas vraiment de faire les choses comme il le faudrait. Je veux bien croire qu'il aime sa fille (même si au début de sa vie, il ne lui accordait pas d'importance, et même si pendant son séjour avec elle, il est loin d'être exemplaire), mais dès qu'il y a une chose à ne pas faire, un acte qu'on sait tout de suite être en dépit du bon sens, il se jette dedans! Il ne serait qu'un empoté à qui on pourrait uniquement reprocher d'avoir perdu les pédales un instant s'il ne s'obstinait pas dans cette voie.

Dès le début de son récit, il explique (en tentant de se justifier) comment il mystifia le monde depuis son adolescence en s'inventant un nom de famille et une enfance américains. Outre le déséquilibre du héros, le récit met en lumière l'impossibilité de communiquer entre Erik et son père, et plus tard, entre Erik et les autres.
Avant tout, Amity Gaige brosse le portrait de cet homme qui reconnaît ses torts, mais voudrait qu'on les efface. D'autre part, on peut se demander s'il est vraiment conscient de la portée de ses actes.
Pourtant, il a parfois certaines façons de penser qui le rendent un peu moins abject à mes yeux. Par exemple, il exhorte Meadow (sa fille) à être elle-même, il déplore qu'elle aille dans une école catholique (pour moi, la religion ne favorise pas l'esprit critique), montre (même si c'est extrêmement maladroit) qu'il l'aime. Et puis, il finit par mûrir un peu, même s'il est trop tard.

Quant à Meadow, elle semble plus adulte que lui, du haut de ses six ans. D'ailleurs, sans trop vouloir s'en rendre compte, il fait peser sur elle une lourde pression psychologique.
Quant à Laura, elle est vu par les yeux du personnage principal, donc il n'est pas très facile de la cerner. Il la dépeint comme quelqu'un de dur, de possessif envers sa fille, de sans pitié envers lui qui ne fait que l'aimer. Il aurait été intéressant de lire le point de vue de la jeune femme sur la personnalité de son mari, sur sa vie avec lui. Parfois, on dirait qu'Erik règle ses comptes avec elle, et que Meadow n'est qu'un prétexte.

La fin paraît incertaine. Pourtant, étant donné la tournure que prennent les choses, on peut se douter de l'issue du procès.

Le titre est bien choisi. C'est un clin d'oeil ironique, un pied-de-nez au personnage, car c'est tout ce qu'il rejette, et finit par accepter et reconnaître trop tard.

Un livre qui explore la psychologie d'un être faible et tourmenté.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Belfond dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

Acheter « Schroder » sur Amazon