Auteur : Gaboriau Emile

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 9 décembre 2010

La corde au cou, d'Émile Gaboriau.

La corde au cou, d'Émile Gaboriau.

L'ouvrage:
Cette nuit de 1871, l'existence tranquille de la petite ville de Sauveterre, en Saintonge, est bouleversée: un incendie fait rage au Valpinson, la demeure du comte de Claudieuse. Celui-ci est d'ailleurs bien mal en point, car l'incendiaire lui a tiré dessus. Il ne l'a pas reconnu, il faisait trop sombre.
Interrogée, la comtesse, Geneviève de Claudieuse, explique que la panique aidant, elle avait oublié de sauver ses enfants. Heureusement, Cocoleu (l'innocent du village), s'en était chargé.
Interrogé, Cocoleu dit qu'il a vu l'incendiaire: c'est Jacques de Boiscoran. On s'étonne, puis on finit par penser qu'après tout, Jacques de Boiscoran n'était pas en si bons termes avec le comte de Claudieuse.

Jacques crie son innocence. Cependant, tout l'accuse: outre des preuves matérielles, il s'obstine à ne pas vouloir dire ce qu'il faisait le fameux soir.

Critique:
J'ai préféré ce roman à «L'argent des autres», qui, pour moi, est plus lent, plus dispersé.
Si «La corde au cou» est empreint de cette ambiance de romans larmoyants, il l'est beaucoup moins que «L'argent des autres». Certes, l'intrigue policière est un peu lente, mais cette lenteur est compensée par les rebondissements qui sont placés où il faut. Je n'avais pas deviné ce que Jacques voulait taire. Je soupçonnais un peu le coupable, mais j'ai quand même était trompée par celui que l'auteur nous présentait. Cette ficelle du faux coupable est vieillotte, mais on la pardonnera à Émile Gaboriau, qui, rappelons-le, est un des pionniers en matière de romans policiers, et qui, donc, est l'un des premiers à s'en être servi. En outre, elle est habilement utilisée, de manière bien plus savante, bien moins grossière que ce que font certains auteurs contemporains.

À l'instar d'autres auteurs, Émile Gaboriau pose ici la question des apparences, et insiste bien sur le fait qu'il ne faut pas s'y fier. On me dira que c'est un thème rebattu. Outre qu'Émile Gaboriau est un précurseur de la littérature policière, je trouve qu'il a très bien exploité ce thème, avec finesse et justesse. À son époque, le poids des conventions était encore plus lourd que maintenant.
Sous des dehors gentillets, sous ses airs de roman facile, ce roman est plus profond que certains pourraient le croire.

Les personnages ne sont pas très creusés, mais certains sont sympathiques, comme le greffier Méchinet, le docteur Seignebos, le procureur Daubigeon, maître Folgat, Frumence Cheminot, et bien sûr, Jacques.
J'ai une préférence pour maître Folgat qui a su réfléchir différemment, et chercher des indices là où tout le monde baissait les bras.
Le personnage du docteur m'a fait rire, car, tout en ne se fiant pas aux apparences, il a une belle repartie, et même ses emportements sont «amusants».

Quant aux personnages déplaisants, il y a, bien sûr, les «méchants», mais aussi, Denise de Chandoré. Je l'ai trouvée particulièrement agaçante. D'abord, elle est très mièvre. Ensuite, elle fait tourner tout le monde autour de son petit doigt. Certes, elle n'en abuse pas... jusqu'au moment de l'histoire qui nous est contée ici. On me dira que tout ces actes sont guidés par l'amour, et qu'elle est remarquable pour une jeune fille de son époque... Peut-être, mais elle m'a profondément exaspérée.

J'ai apprécié le style de l'auteur: un peu vieillot pour notre époque, mais aux tournures et au vocabulaire soutenus. J'aimerais lire plus de livres écrits ainsi!

J'ai bien ri aux petits clins d'oeil qu'Émile Gaboriau fait à des personnages de ses autres romans, comme le père Tabaret ou monsieur Lecoq.

Éditeur: Lirairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Muriel Mérat pour la Bibliothèque Braille Romande.
Muriel Mérat a bien interprété ce roman, évitant sans mal l'écueil d'un ton affecté et mièvre, mais ne tombant pas non plus dans l'excès inverse, celui de la monotonie. En effet, un livre de ce style, à notre époque, ne doit pas être très facile à lire à voix haute. On doit être tenté de trop en faire, ou de pécher par excès de sobriété. Je tire donc mon chapeau à la lectrice qui a su trouver le ton juste.

Acheter « La corde au cou, d'Émile Gaboriau. » sur Amazon

mercredi, 1 septembre 2010

L'argent des autres, d'Émile Gaboriau.

L'argent des autres

L'ouvrage:
Vincent Favoral est caissier dans une banque. Il fait mener une vie austère à sa femme et à ses enfants.
Un soir, alors que la famille est sur le point de dîner, le patron et ami de Vincent, le baron de Taller, vient demander un entretien immédiat avec lui. Après cela, Vincent annonce à sa famille qu'il a commis une grave faute, mais n'est pas le seul coupable. Sa famille et ses amis, présents, l'aident à fuir alors que la police vient l'arrêter.

Critique:
Voilà un roman contenant tous les ingrédients du roman-feuilleton, voire un peu larmoyant, de l'époque. Il me fait un peu penser à «Les deux orphelines».
Ici, on trouve moult digressions et longueurs: retours en arrière, personnages racontant leur histoire, stratégies élaborées pour arriver à ses fins, machinations machiavéliques, histoires d'amour passionnées dès le premier regard... C'est un roman policier, mais l'intrigue policière est agrémentée d'intrigues secondaires.
L'auteur nous fait croire que certains personnages sont détestables, puis nous racontent leur histoire, et nous découvrons qu'en fait, ils sont très bien. C'est le cas de mademoiselle Lucienne.
La façon dont Gilberte et Marius communiquent, au début, et comprennent que chacun s'adresse à l'autre est très grosse.
Les personnages sont manichéens: les «gentils» le sont extrêmement, et les «méchants» ne sont pas complexes: ils sont égoïstes, avides d'argent...
Comme par hasard, toutes les intrigues finissent par se croiser, les personnages se découvrent des liens de parenté, ou s'aperçoivent que tel personnage tient une place prépondérante dans leur histoire.

Le roman m'a plu, car il faut le recontextualiser pour l'apprécier. Écrit par un auteur du vingt-et-unième siècle, il m'aurait été désagréable. Ici, les «défauts» que j'ai cités m'ont plutôt fait sourire, car j'imaginais le lecteur de l'époque, suspendu à la plume d'Émile Gaboriau.
De plus, les ficelles sont si grosses (les digressions, le manichéisme, les intrigues qui se recoupent, etc), qu'on les voit venir, et qu'on se prend au jeu. Par exemple, j'ai essayé de deviner les liens entre tel et tel personnage.
En outre, cela fait plaisir, parfois, de se plonger dans un roman de ce genre.
Et puis, l'histoire est très bien écrite: pas d'erreurs de syntaxe, une langue châtiée, mots bien choisis, vocabulaire étendu... de ce point de vue, ce fut un régal!
Enfin, le lecteur, emporté par le style et l'intrigue, prend part à l'histoire, et espère bien que le bien triomphera. Et puis, même si les personnages sont manichéens, l'un d'eux force l'admiration. Il s'agit de Gilberte. Elle n'est pas une petite poupée en sucre, bêtasse et affectée, comme on l'exige de certaines filles de son époque. Elle est pugnace, tient tête à l'autorité paternelle, et a des valeurs morales.

Bref, un livre divertissant, qu'on lira avec plaisir et en souriant un peu en n'oubliant pas de le remettre dans son époque.

Éditeur: Alteredit.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Grillet pour la Bibliothèque Braille Romande.

Acheter « L'argent des autres » sur Amazon

lundi, 30 juin 2008

L'affaire Lerouge, d'Emile Gaboriau.

L'affaire Lerouge

L'ouvrage:
La veuve Lerouge est retrouvée assassinée. Cette femme avait une très mauvaise réputation. Elle fréquentait des personnes peu recommandables. La police et le juge d'instruction qui s'occupent de l'affaire n'ont que l'embarras du choix quant aux directions où chercher le coupable.

Bientôt, une sombre histoire surgit du passé. C'est là-dessus que vont se concentrer les efforts des enquêteurs.

Critique:
Ce roman, écrit il y a plus d'un siècle, semble terriblement actuel. Les thèmes abordés pourraient se retrouver dans un thriller écrit par un romancier du vingt-et-unième siècle: l'appât du gain, la jalousie, l'amour, l'esprit de sacrifice...

En outre, l'auteur a su trouver des rebondissements auxquels on ne s'attend pas: l'apparition soudaine d'un personnage qui donne au juge d'instruction les preuves pour arrêter le coupable, la découverte des raisons qui font qu'un personnage semble coupable. Je n'avais pas trouvé comment innocenter le faux coupable. Je me disais bien qu'il était innocent, mais je ne savais pas comment il se faisait que toutes ces preuves étaient contre lui. Je pensais que quelqu'un avait manigancé et fabriqué de fausses preuves. La façon dont l'auteur explique tout cela est bien meilleure, car c'est crédible et inattendu.
En outre, les tourments du juge d'instruction sont très réalistes.

Cependant, le livre est inégal. Si certaines découvertes enchantent le lecteur par leur justesse, d'autres moment sont un peu lassants. D'une manière générale, le livre traîne beaucoup. L'auteur raconte en plusieurs pages ce qui pourrait être résumé en une. J'imagine que ces longueurs ont été voulues par l'auteur afin de mieux planter le décor, camper des personnages consistants. D'autre part, il faut se remettre dans le contexte de l'époque: on écrivait des ouvrages plutôt longs.
Par ailleurs, j'avais découvert qui était le coupable ainsi que son mobile dès le chapitre 13 (le livre comporte 20 chapitres).

Éditeur: Paperview.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « L'affaire Lerouge» sur Amazon