Auteur : Funke Cornelia

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mercredi, 6 février 2013

Coeur d'encre, tome 3: Mort d'encre, de Cornelia Funke.

Mort d'encre

Si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes, ne lisez pas le résumé, uniquement la chronique.

L'ouvrage:
Mortimer a réussi à sauver sa famille, mais Tête de vipère veut le retrouver, car il sait que le livre censé le protéger contre la mort est piégé.
Mortola, quant à elle, n'a pas abandonné son idée de vengeance.
Orphée est ravie d'être enfin dans le monde d'Encre. Il va pouvoir réaliser ses rêves d'enfant, et assouvir sa soif de puissance.
Elinor veut retrouver sa famille, quitte à entrer dans le monde d'Encre.

Critique:
À l'instar des deux autres tomes, «Mort d'encre» précipite le lecteur dans une multitude d'aventures, de rebondissements. Rien n'est laissé au hasard, tout se tient. Parfois, l'auteur prend quelques libertés, et crée des situations qui, au premier abord, paraissaient improbables et incohérentes. Mais elle les explique de manière pertinente, et elles ne sont pas incongrues.

Si le tome 2 commençait à s'assombrir (surtout avec ce qui se passe à la fin), le 3 présente des situations très noires, des moments de tension, des dilemmes délicats. Certains personnages se font très mal par amour. Ceux qui, au départ, semblaient un peu simples, se complexifient. L'auteur s'est, en quelque sorte, lancé un défi en approfondissant Mortimer. Elle le met dans des situations extrêmes, lui fait ressentir des choses auxquelles il ne semblait pas aspirer, qui lui semblaient totalement étrangères. Elle parvient à accorder ces changements avec le caractère du personnage. Ce n'était pas évident. Un personnage moins bien construit n'aurait pas résisté.

Là encore, Meggie m'a davantage agacée qu'autre chose. Entière, s'obstinant à se trouver là où elle gênera, refusant de comprendre les motivations de Resa... Lorsque Fenoglio explique que Violente n'était qu'un personnage secondaire qui, doucement, glisse au premier plan, je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec Meggie. De personnage principal, elle devient presque secondaire. Elle évolue, et on peut comprendre ses réactions, mais outre qu'elle m'a agacée, il semble que l'histoire se fasse sans elle. L'auteur la remet à ceux qui sauront la mener à bien: Mo, Resa, Doigt de poussière, Roxane, Violente...

On me dira que l'espèce de revirement d'un personnage (sûrement écrit par Fenoglio alors que tout semblait perdu), est incongru. Le personnage s'en explique de manière plus ou moins convaincante. J'aurais tendance à pardonner cette facilité à l'auteur parce qu'elle a conduit l'intrigue comme je le souhaitais. D'autre part, je ne sais pas de quelle autre manière elle aurait pu s'en sortir.

La fin est en demi-teinte. C'est plus réaliste, même si certaines choses me déplaisent quelque peu.
Par contre, j'ai aimé l'effet miroir de la toute fin et du début du tome 2. C'est vraisemblable. Nous ressentirions tous cela, je pense.

À la fin des tomes 2 et 3, il y a un récapitulatif concernant les personnages et les lieux. Il peut aider à resituer certaines choses.

Au début de chaque chapitre des trois tomes, il y a une citation. Personnellement, je n'aime pas ce procédé. Bien sûr, cela permet de remarquer des phrases intéressantes qu'on n'aurait peut-être pas vues en lisant le livre entier, ou même de découvrir des livres et des auteurs inconnus. Je me suis même surprise à reconnaître quelques citations avant que l'auteur et le titre du livre d'où elles venaient soient donnés. Cependant, je trouve cela très lourd: je ne lis pas un livre pour lire des phrases tirées d'autres ouvrages. Cornelia Funke n'avait qu'à publier un recueil de ses citations préférées. Et puis, ici, l'auteur a dû trouver une citation par chapitre, et souvent, elle choisit des phrases pas vraiment intéressantes, même si elles ont un petit rapport avec ce qui va arriver dans le chapitre.

Éditeur: Gallimard Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roger Guillard pour la Ligue Braille.

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mardi, 5 février 2013

Coeur d'encre, tome 2: Sang d'encre, de Cornelia Funke.

Sang d'encre

Si vous n'avez pas lu le tome 1, ne lisez pas mon résumé. Passez à la critique.

L'ouvrage:
Doigt de poussière souhaite plus que jamais retourner dans son monde. Il pense avoir enfin trouvé quelqu'un qui exaucera son voeu.
À force d'entendre les histoires vécues par sa mère, Meggie s'est prise de passion pour le monde d'encre. Bientôt, elle n'y tient plus, et fait en sorte d'y être transportée.
Mortola et Basta veulent également retourner dans leur monde, mais pas sans Mortimer. Ils veulent se venger de celui qui tua Capricorne.

Critique:
Le livre est très épais. Pourtant, le lecteur n'aura pas le temps de s'ennuyer. Cornelia Funke emploie bien quelques ressors discutables, mais cela fait partie du jeu. Par exemple, elle laisse Mo en mauvaise posture, pendant plusieurs chapitres dont d'autres personnages sont le sujet. Ce n'est pas un défaut très important, étant donné que le roman est très bien construit, et qu'on est immergé dans l'univers si riche créé.

«Sang d'encre» entraîne le lecteur dans le monde dont il a entendu parler dans le tome 1. C'est une sensation étrange: j'ai eu l'impression, moi aussi, d'être transportée dans ce monde. Le monde de papier prenait vie pour moi également.

Outre les multiples aventures de nos héros, la romancière soulève certaines questions intéressantes. C'est à partir du moment où il est dans sa création que Fenoglio se rend compte du mal qu'il fait à certains de ses personnages. La distance que l'écrivain mettra fatalement entre lui et ses créations se trouve abolie, et Fenoglio ne voit plus les choses sous le même angle.
L'écriture et la lecture sont toujours des sésames, des portes ouvrant sur de multiples possibilités... du moment qu'on sait s'en servir. Bien sûr, certains gaspillent ce don.

Si certains personnages sont avides de violence et de pouvoir, l'auteur a également imaginé des protagonistes nuancés.
Meggie est loin d'être l'héroïne parfaite. Elle m'a beaucoup agacée, au début. Il est trop tard quand elle se rend réellement compte qu'il faut se contenter de ce que l'on a, qu'elle n'avait pas à chercher le bonheur ailleurs.
Fenoglio a également sa part d'ombre. Il préfère voir souffrir celle qu'il prétend aimer plutôt que de la voir heureuse avec un autre.
J'aime bien Elinor. Sous ses dehors un peu acariâtre et soupe au lait, elle est attachante.
Aucun personnage ne laissera indifférent.

Je ne peux que recommander la lecture de ce roman qui peut être lu comme un divertissement, mais qui aborde certains thèmes de manière complexe.

Éditeur: Gallimard Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roger Guillard pour la Ligue Braille.

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lundi, 4 février 2013

Coeur d'encre, tome 1: Coeur d'encre, de Cornelia Funke.

Coeur d'encre

L'ouvrage:
Meggie a douze ans. Son père, Mo, est restaurateur de livres. Il lui a légué l'amour et le respect des livres. Cependant, il ne lui a jamais lu aucune histoire. La mère de Meggie est partie quand elle avait trois ans.

Ce soir-là, un curieux individu, nommé Doigts de poussière, accompagné d'une martre à cornes, rend visite à Mo. Il l'informe que Capricorne le recherche toujours. Le lendemain, Mo part avec sa fille. Ils se rendent chez Elinor, une tante de la mère de Meggie. C'est sans compter avec la pugnacité de Capricorne et les motivations de Doigts de poussière.

Critique:
Ce livre est très gros, et il n'y a aucun moment d'ennui. Cornelia Funke n'a pas besoin de se moquer de son lecteur en 'usant de remplissage. Dans ce roman, elle mêle habilement aventure, énigme, conte... Le lecteur va de rebondissement en péripétie en compagnie de personnages attachants. L'auteur ne manquera pas de glisser quelques notes d'humour, même quand la situation est critique.
À la fin, quelques mystères restent. Peut-être seront-ils éclaircis dans le tome 2. De toute façon, le lecteur peut se les expliquer.

Mo, Elinor, et Meggie révérant les livres, il y a des références à des romans, mais aussi de très beaux passages dépeignant l'amour et le respect porté aux livres.

Cornelia Funke a une imagination si prolifique, elle a un tel talent pour donner vie à ce qu'elle raconte, que le lecteur se retrouvera forcément immergé dans «Coeur d'encre». Certains pourraient soupirer d'exaspération parce que Meggie souhaite que tout se termine bien, mais n'est-ce pas ce que nous voulons tous quant à notre vie? En tout cas, je suis d'accord avec l'héroïne.
J'ai été fascinée par l'idée de personnages de livres entrant dans notre monde et vice-versa car je me suis souvent imaginée de telles choses. Quand j'étais enfant, je souhaitais souvent rencontrer des personnages de livres, aller dans leur monde, qu'ils viennent vivre dans le mien, qu'on soit ami... C'est un peu ce qui arrive ici. Outre des personnages nés de l'imagination de l'auteur, j'ai aimé côtoyer quelques personnages célèbres sortis de leurs contextes. On les voit peu, mais c'est sympathique.
Cette idée est exploitée autrement, et également de manière pertinente dans «Virus LIV 3», de Christian Grenier.

Si chaque personnage touchera le lecteur (sauf peut-être Capricorne et Basta), je m'attarderai sur Doigts de poussière. C'est peut-être celui dont la psychologie est la plus creusée. Il ne veut faire de mal à personne, mais son obsession le pousse à commettre des actes qu'il sait répréhensibles. Ensuite, il apprend quelque chose qui devrait modérer son désir, et pourtant, il n'en est rien. Il ne manquera pas d'émouvoir le lecteur, et gardera une part de mystère.

J'aurais encore beaucoup de choses à dire, mais j'en dirais trop sur l'intrigue.

Cette romancière fait partie des auteurs pour la jeunesse à côté de laquelle il ne faut absolument pas passer. À l'heure où certains sont plébiscités alors qu'ils écrivent des niaiseries insipides, il faut encourager petits et grands à lire Cornelia Funke!

Éditeur: Gallimard Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Tytgat pour la Ligue Braille.
La lectrice a su trouver le ton approprié à cette histoire. Mélange de conte de fées et de roman d'aventure, ce roman n'est pas facile à lire à voix haute. Il est impossible d'avoir une lecture trop sobre sous peine de passer à côté des intentions de l'auteur. Mais le surjeu rendrait le tout invraisemblable. La lectrice s'en sort très bien. Elle a adapté sa lecture: parfois sobre, parfois jouée, toujours juste.

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vendredi, 15 avril 2005

Le prince des voleurs, de Cornélia Funke.

Le prince des voleurs

L'auteur:
Cornélia Funke a également écrit la série "Coeur d'encre", dont seul le tome 1 est sorti pour l'instant. Il a pour titre le titre de la série.

L'ouvrage:
A la mort de leur mère, Prosper et Bonifacius (dit Bo) se retrouvent seuls. Ils ont bien une parente, la tante Esther, mais celle-ci ne veut adopter que Bo, et lui inculquer les bonnes manières. Outre que la tante Esther est sévère, et n'a pas l'air de savoir s'amuser, elle veut séparer les enfants, et ils ne le supportent pas. Ils s'enfuient à Venise, dont leur mère leur a souvent parlé. Ils sont recueillis par une bande d'enfants qui vit dans un cinéma désaffecté. Le chef de cette bande, c'est Scipio, dit le prince des voleurs. C'est lui qui a trouvé ce refuge aux autres. C'est lui qui leur apporte à manger. Il leur apporte même des choses de valeur qu'il a volées, et qu'ils revendent. Il ne s'est jamais fait prendre. Ses protégés l'admirent et le respectent. Un jour, un mystérieux inconnu demande un cambriolage un peu particulier à Scipio. Il faut voler une vieille aile en bois, ayant appartenu à un manège. Ce cambriolage va changer beaucoup de choses dans la vie des enfants. D'autre part, le détective lancé à la poursuite de Prosper et de Bo va leur révéler des choses pas très agréables à entendre...

Critique:
Ce livre pour la jeunesse est très plaisant à lire. Ses personnages sont très attachants. Il y a des scènes amusantes, comme quand les enfants jouent un bon tour à Victor, ainsi que toutes les scènes avec Barba Rossa. Il y a aussi des moments graves, quand les enfants découvrent qu'ils ne peuvent pas rester éternellement dans leur petit monde. Il y a aussi un peu de mystère et de fantastique. Bien sûr, la tante Esther est un peu caricaturale, mais en y réfléchissant bien, il doit en exister, des comme ça. Tous ces éléments font de ce roman un livre riche. On ne s'ennuie pas, Cornélia Funke ne traîne pas. Je recommande chaudement ce roman!

Éditeur: Hachette jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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