The garden angel

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Village de Sans Souci, en Caroline du Sud.
La famille Johanson a vécu dans la même maison depuis plusieurs générations. Aujourd'hui, deux membres (Barry et Ginny) veulent la vendre, alors que leur soeur (Cutter) souhaite continuer d'y vivre.

Ce jour-là, Cutter découvre un test de grossesse positif dans la poubelle. C'est alors que Ginny lui apprend qu'elle part pour le week-end avec Daniel Bayers, son amant... marié.

Critique:
Voilà une histoire qui pourrait paraître terriblement banale, voire clichée. Pourtant, l'auteur a su y apporter sa touche personnelle. D'abord, elle a créé de forts personnages. On ne les appréciera pas tous, mais ils ne pourront laisser indifférents. Ces personnages sont bien décrits, et si j'en ai détesté certains, ils sont cohérents.
Ensuite, Mindy Friddle parsème son roman de traits humoristiques inattendus. Par exemple, à un moment, Cutter est dans une situation délicate, et elle trouve la force de plaisanter qu'au moins, sa voiture (qui fait souvent des siennes), fonctionne. Alfred est lui-même un personnage amusant à cause de son amour du ménage. Il n'est pas seulement amusant, bien sûr, il est authentique, et va à l'essentiel.
Enfin, l'intrigue est solide. un livre de ce genre aurait pu virer à la mièvrerie, dans la facilité. Ici, ce n'est pas le cas. Les différents éléments se tiennent. La fin est assez inattendue, mais va bien aux deux personnages que l'on y retrouve.

C'est Cutter que j'ai le plus appréciée. Elle se débat dans une mer d'indifférencefamiliale, afin de garder ce à quoi elle tient, ce qui constitue son histoire. Elle reste attachée à son univers, à ses ancêtres, alors que Barry et Ginny voient le court terme, et l'argent de la vente. Cela n'est pas forcément mal. Si Ginny et Barry ne souhaitent pas garder la maison, ce n'est pas grave: chacun évolue comme il le souhaite. Ce qui, pour moi, est plus grave, c'est leur attitude vis-à-vis de Cutter. Ils se fichent complètement de ce qu'elle éprouve: ils veulent de l'argent.
Malgré leurs dissensions, Cutter aime profondément son frère et sa soeur, ce qui ne semble pas être leur cas. Même si Cutter n'a pas assez d'argent pour racheter sa part, elle tente de faire le maximum: elle a deux emplois. Quant à Ginny, elle veut de l'argent, et tout ce qu'elle sait faire, c'est pleurnicher, et réclamer la vente de la maison.
Cutter est également positive parce qu'elle est joyeuse, joviale. Et puis, elle devient amie avec Elizabeth parce qu'elle reconnaît en elle quelqu'un d'appréciable. Malgré tout, elle veut la comprendre et la connaître. Elle ne se contente pas d'un ouïe dire pour se forger son opinion.

Elizabeth est un autre personnage positif. Au début, elle paraît molle, elle semble s'apitoyer sur elle-même. Pourtant, elle ose faire des choses qui lui semblaient insurmontables. Les circonstances l'y obligent, mais elle aurait pu se contenter de s'enfouir sous sa couette, et de pleurer en pensant que le monde était méchant. À un moment, elle essaie bien de biaiser en envoyant patsy faire ses courses, mais (comme je m'en doutais, surtout connaissant Patsy - superficielle et cancanière - ), ce n'est pas fait comme elle le souhaite, et elle doit s'en charger.
Son évolution est positive. C'est elle qui agira de la manière la plus positive. Elle comprend qu'elle n'est plus aimée, et n'agit pas comme certaines épouses qui veulent garder leur mari à tout prix, qui veulent qu'il paie son inconduite, qui préfèrent que tout le monde souffre... Elizabeth a pensé à elle-même. Elle n'était pas digne d'agir comme ces femmes stupides. De plus, elle aurait mal vécu que son mari continuât de la traiter en malade. Elle trouve la force de refuser pitié et culpabilité qui l'auraient sûrement attaché à elle comme un gentil toutou.

Daniel ne m'a pas été sympathique. Il reste avec sa femme par pitié, veut la convaincre qu'il l'aime, la traite comme si elle n'avait pas de cerveau... Je serais vraiment très en colère que mon mari me traite ainsi. Il a apparemment beaucoup d'attentions pour elle, mais les sentiments qui l'animent ne sont pas honorables. Pour moi, c'est un manque de respect vis-à-vis d'Elizabeth. Se dédouaner de la tromper en étant faussement attentioné, c'est plutôt petit. Il ne méritait pas une femme qu'il n'aide même pas à se reconstruire, une femme que son attitude égoïste confine dans sa bêtise.
C'est Cutter qui, sans vraiment le savoir, aide Elizabeth à oser certaines choses. C'est la force tranquille de Cutter qui fait qu'Elizabeth fera certains choix douloureux, mais nécessaires. Et c'est en pensant à Cutter, aussi bien qu'à elle-même, qu'elle fera l'un de ces choix.

C'est Ginny que j'ai le moins aimée. Sans connaître Elizabeth, elle la pare de tous les défauts, assurant qu'elle vampirise Daniel, lui attribuant tous les torts, la dépeignant néfaste et venimeuse. On m'objectera qu'elle ne fait que répéter ce que lui a dit son amant. En effet, on ne sait pas trop comment il parle de sa femme à sa maîtresse. Un homme qui trompe sa femme tentera fatalement de se faire passer pour une victime. Mais en admettant que Ginny ne fasse que répéter, elle est quand même bien sotte de faire le perroquet, et bien présomptueuse de se voir comme l'ange salvateur.
Tout au long du livre, Ginny ne pense qu'au moment présent. Elle ne se dit pas qu'homme volage le redeviendra. Elle est égoïste, ne se demandant pas ce que ressent Elizabeth, ne cherchant à comprendre personne d'autre qu'elle-même. Elle est frivole. Quant à sa soeur, elle dit l'aimer, mais ne sait que la rudoyer, la rabrouer, et l'enfoncer quant à la maison. Elle ne cherche jamais à l'aider, elle agit même derrière son dos pour certaines choses.
Ginny et Daniel ne sont pas très consistants, pas aimables. On se demande ce que des personnes normales pourraient trouver de bien chez eux. Eux, par contre, se sont bien trouvés!

Il y a un personnage que je n'ai pas apprécié dès le départ. Je savais qu'il n'était pas net. Je suis déçue de ne m'être pas trompée...

Remarque annexe:
À un moment, Cutter explique que le sigle de FIAT (sa voiture en est une) signifie «Fix it again tomorrow». Je me demande comment le traducteur rendra cela si ce roman est traduit en français. J'ai trouvé: «Faire inévitablement arranger toujours», mais je trouve que ce n'est pas très heureux...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.

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