Les jeunes mariés

L'ouvrage:
Amina quitte le Bangladesh pour les États-Unis où elle va épouser George. Ils se sont rencontrés sur un site prévu à cet effet. Leur mariage est arrangé, même s'ils ont pris un peu de temps pour se connaître. Amina souhaite obtenir un diplôme d'enseignante, puis faire venir ses parents aux États-Unis.

Critique:
J'ai d'abord apprécié que l'auteur mette en regard deux cultures différentes, au travers du quotidien d'Amina aux États-Unis. Il aurait d'ailleurs été incongru que cet aspect n'ait pas été évoqué. Notre héroïne finit bien sûr par s'adapter à sa nouvelle culture, et cela fait qu'elle se voit un peu comme double ou déchirée: la Amina du Bangladesh et celle des États-Unis. Le contraste entre les deux cultures est, par exemple, très bien montré à travers la façon d'être des parents d'Amina et de la mère de George.
Et bien sûr, la jeune femme n'échappe pas aux préjugés et à l'inculture réunis: quelqu'un pense que son pays est au Moyen-Orient, et la rend quasiment responsable des attentats du 11 septembre...

La situation d'Amina et George n'est pas forcément simple. Ils ont passé une sorte de contrat, mais veulent se persuader qu'ils s'aiment. Chacun gère son vécu à sa manière, ce qui peut créer des remous bien compréhensibles.

Pendant les deux tiers du livre, j'ai aimé découvrir la vie de ces personnages, leurs motivations, la manière dont ils s'adaptent, leurs failles, leurs hésitations, leurs problèmes de communication (pas uniquement dus à la culture).
Si leurs actes ne m'ont pas toujours plu, c'est peut-être Kim qui m'a le plus agacée. Elle semble être éternellement insatisfaite. Malgré l'ouverture d'esprit dont elle semble faire preuve, elle fait des caprices, et ne parvient pas vraiment à s'adapter à quelque chose qu'elle a pourtant choisi.
Quant à George, il est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord.

La fin (qui se dessine dès le début de la troisième partie) m'a gênée à plusieurs niveaux. D'abord justement parce que dès le début de la troisième partie, j'ai vu quelque chose arriver gros comme une maison, alors que pendant tout le reste du roman, l'auteur a su me surprendre et me passionner. Ensuite, j'ai trouvé que c'était un peu gros. La situation vis-à-vis d'un personnage avait été montrée comme acceptée voire désirée par Amina, et là, soudain, elle se rend compte que cela a changé. Par quel miracle?... J'aurais compris qu'Amina réalise pleinement certaines choses (choses que le lecteur sait déjà) par un autre biais. J'aurais même trouvé cela logique. Ou alors, il aurait fallu que le «déclencheur» soit amené de manière plus adéquate.
D'un autre côté, Amina finit, elle aussi, par faire figure d'insatisfaite: elle choisit quelque chose qui apparemment, lui tient beaucoup à coeur, puis se rend compte que cela ne lui plaît peut-être pas tant que cela... On peut aussi se demander jusqu'à quel point Amina est poussée par ses parents, jusqu'où va sa volonté et où commence la leur. L'auteur souhaite-t-elle dire au lecteur de se satisfaire de ce qu'il a, et de ne pas bâtir de châteaux en Espagne? Dans le cas d'Amina, c'est probable. Dans celui de Kim et de George, je ne sais pas trop. Malgré tout, j'aurais envie de savoir ce que deviennent ces personnages attachants qui se débattent entre leurs rêves, leurs contradictions, leur vie, et essaient de trouver le meilleur compromis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Quai voltaire dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

Acheter « Les jeunes mariés » sur Amazon