Auteur : French Nicci

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lundi, 22 août 2016

Mémoire piégée, de Nicci French.

Mémoire piégée

L'ouvrage:
Jane Crane a quarante-et-un ans. Elle est architecte. Elle est en train de divorcer de Claude Martello. Les Crane et les Martello sont très proches depuis l'enfance de Jane. Lors d'un week-end les réunissant, alors que des travaux sont entrepris, on retrouve un corps dans le jardin de la demeure. C'est celui de Natalie Martello, meilleure amie de Jane, disparue en juillet 1969, à seize ans. Après sa disparition, la police avait cru à une fugue. L'enquête est donc rouverte. Jane, la narratrice, suit cela de près. Non seulement Natalie était son amie, mais elle a l'impression que quelque chose concernant cet été-là lui échappe.

Critique:
Ne lisez pas ce roman en cherchant un suspense haletant. Ne vous attendez pas à ce que le nom du coupable soit très difficile à trouver. Je ne sais pas si les auteurs le font exprès, mais ils donnent trop d'indices (notamment en orientant les soupçons vers d'autres) conduisant au meurtrier. De ce fait, on peut voir ce roman comme terriblement lent... C'est vrai, mais il est autre chose qu'une énigme donnée au premier chapitre dont on n'a la solution qu'au dernier. Les auteurs auraient peut-être pu placer l'arrestation d'un faux coupable plus tard. Cela leur aurait fait un rebondissement crédible. En effet, la seule chose qui rend ce suspect non coupable aux yeux du lecteur, c'est que son arrestation arrive trop tôt. Arrêté plus tard, ce suspect faisait un bourreau acceptable. De ce fait, découvrir ensuite qu'il n'avait pas commis le crime aurait été une vraie surprise.

J'ai apprécié que les auteurs prennent le temps de planter le décor. Ils nous présentent les nombreux membres de cette famille, expliquent un peu la vie de chacun, nous les rendent attachants. Ils présentent plus en détails Jane et ceux qui gravitent le plus autour d'elle. J'ai également aimé que la psychologie de l'héroïne soit décortiquée. Le lecteur comprend les sentiments par lesquels elle passe. Elle veut savoir qui a tué son amie. De plus, elle est assez perdue quant à sa propre vie. Elle a fait des choix qu'elle sait bons pour elle, mais ne parvient pas à se les expliquer clairement. Et bien sûr, il y a ce souvenir de l'été 69, ce souvenir qu'elle tente de saisir.

Cela donne aux auteurs l'occasion de soulever des questions très intéressantes sur la mémoire. Nos souvenirs sont-ils toujours fiables? Jusqu'à quel point refoulons-nous ceux qui nous font trop mal pour être regardés en face? À un moment, Jane rencontre un groupe de femmes qui, grâce à une thérapie, ont retrouvé des souvenirs traumatisants enfouis au plus profond d'elles. Je sais que la mémoire n'est pas toujours fiable à 100%. Je pense aussi qu'il est possible d'occulter des souvenirs traumatisants. Mais est-ce possible au point décrit par Mélanie, par exemple? Peut-on occulter quelque chose qui s'est produit pendant longtemps? Ce genre de questions m'intéresse beaucoup, d'abord parce que c'est fascinant, mais aussi parce que parfois, des personnes ayant vécu le même événement le racontent différemment quelques temps après. Lorsque c'est quelqu'un et moi, je commence par penser que la personne déforme, qu'elle se souvient mal. C'est la première pensée que chacun aura: ah non, je ne m'en souviens pas comme ça, tu te trompes. Mais pourquoi l'autre personne n'aurait-elle pas raison?... Bref, l'intérêt de ce roman n'est pas tant dans la psychologie de l'assassin (même s'il est assez effrayant), mais dans toutes les questions ayant trait à la mémoire. Rien que pour cela, il vaut la peine d'être lu.

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annick Perruchoud pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix très claire. Je le souligne parce que certains lecteurs (je n'ai toujours pas compris pourquoi) lisent avec retenue, chuchotant presque, et cela m'agace. De plus, Annick Perruchoud a une lecture naturelle. Son intonation est toujours appropriée. Je regrette qu'elle ait lu beaucoup d'ouvrages qui ne me tentent pas, car j'aime beaucoup sa façon de lire. Je vais aller parcourir à nouveau la liste de ses lectures. Peut-être trouverai-je quelque chose.

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jeudi, 19 novembre 2015

Jusqu'au dernier, de Nicci French.

Jusqu'au dernier

L'ouvrage:
Ce soir-là, en rentrant de son travail de coursière à vélo, Astrid Bell est renversée par une voisine, Margaret Farrell. L'accident se révèle sans gravité.
Le lendemain, Astrid et ses amis (ils sont sept à vivre dans la même maison) apprennent l'assassinat de Margaret Farrell.

Critique:
J'ai déjà essayé de lire ce roman en VO il y a plusieurs années, et je l'ai abandonné. Je pense qu'à l'époque, j'ai commis l'erreur de le prendre tout de suite après un autre roman des mêmes auteurs. Ensuite, je n'étais pas très fan de la lectrice, qui de surcroît avait également enregistré le roman que j'avais lu juste avant. Ayant découvert qu'un lecteur que j'apprécie beaucoup l'a enregistré (en français), j'ai réessayé. J'ai bien aimé ce roman, d'abord par son atypisme. En effet, ce n'est pas vraiment un polar classique. Il y a bien une enquête, mais les auteurs s'attachent davantage à Astrid et à sa bande d'amis. Pendant assez longtemps, on ne sait pas trop quelle direction prendront les choses. Cela m'a plu, d'autant que je découvrais le caractère et la psychologie de la petite bande. À ce sujet, on éprouve fatalement de l'antipathie à l'égard de quelqu'un, mais elle est teintée de compassion, car les auteurs montrent que ce personnage a quelques circonstances atténuantes.

Ensuite, les auteurs ont manoeuvré bien plus subtilement que dans d'autres romans. Ils parviennent à faire croire certaines choses de manière très convaincante. Lorsque le lecteur apprend les réelles circonstances des événements, rien ne détonne.
Quant au nom du coupable, les auteurs ont été à la fois classiques et surprenants. Cependant, même si vous devinez qui est coupable avant que les auteurs ne le dévoilent, votre lecture ne sera pas gâchée, car le principal n'est pas là. Ce roman est davantage psychologique qu'énigmatique. C'est d'ailleurs pour ça que le coupable se livre au lecteur: le but des auteurs étant de faire froid dans le dos en montrant sa fourberie.

En général, chez Nicci French, les policiers sont assez détestables. Ici, ce n'est pas le cas. J'ai apprécié cette différence, car cette ficelle me plaît de moins en moins, notamment à cause de son utilisation répétée voire abusive.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Trouzier pour l'association Valentin Haüy.
Ce lecteur a une voix particulière, de celles qu'on n'oublie pas: claire, grave, parfaite pour être enregistrée. En outre, sa diction est soignée. Je regrette qu'il n'enregistre pas davantage d'ouvrages qui me tentent. Cependant, ici, j'ai été surprise... Peut-être n'a-t-il pas aimé ce roman, en effet, il n'était pas dans le ton. En outre, il a laissé certaines erreurs de lecture.

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lundi, 19 mai 2014

Lundi mélancolie, le jour où les enfants disparaissent, de Nicci French.

Lundi mélancolie, le jour où les enfants disparaissent

L'ouvrage:
Allan Decker, la quarantaine, a des attaques de panique. Sa femme, Carrie, lui demande d'aller voir un psychanalyste. Peu de temps après qu'il a commencé à raconter ses rêves récurrents à Frieda Klein (la psychanalyste choisie, Matthew Faradey, cinq ans, disparaît. Frieda ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre les rêves de son patient et cette disparition.

Critique:
C'est étrange: j'ai aimé lire ce roman, mais je n'ai pas grand-chose de positif à en dire. Je l''ai vraiment apprécié jusquà environ la moitié. Il est un peu lent à démarrer, mais cela ne m'a pas gênée, car les auteurs prennent le temps de planter le décor, de présenter les personnages et leurs situations. D'autre part, ils n'usent pas d'une ficelle qui m'a plusieurs fois agacée chez eux: dans ce roman, l'héroïne n'est pas seule contre des policiers abrutis. Ici, la police et Frieda collaborent.
En outre, Matthew est montré à plusieurs reprises, et le lecteur peut se faire une idée de son état d'esprit.
Enfin, on voit le quotidien de Frieda, sa famille, ses amours, sa personnalité, ses cas de conscience quant à son travail. La côtoyer ainsi la rend accessible, humaine.

Les choses se gâtent quand les auteurs introduisent et accumulent des éléments très lourds. Il y en a un qui l'est tellement (celui du portrait robot) qu'ils tentent de l'alléger en donnant à Carlson le rôle du lecteur. En effet, lors de cet épisode, Carlson objecte à Frieda tout ce que le lecteur objecterait. Ça peut marcher dans certains romans. Ici, c'est tellement gros qu'avec moi, ça n'a pas pris. Cela empire lorsque l'épisode se révèle concluant...
La façon dont sont expliqués les rêves d'Allan est assez grosse également. C'est plausible, mais j'ai trouvé que c'était facile de sortir cette carte.
Ensuite, j'ai très vite deviné ce que les auteurs dévoilent au chapitre 46. Je l'ai su dès que le personnage est entré en scène.
J'ai également tout de suite su ce qui est dévoilé au chapitre 47. Outre que j'ai été déçue d'être tombée juste, je n'aime pas ce genre de ficelles, car c'est si gros que ça fait mauvais film d'horreur. Bien sûr, c'est préparé, notamment par un épisode où Frieda se fourvoie, mais cela a renforcé mon idée que les auteurs se moquaient de moi. Puisque Frieda s'était trompée une fois, puisqu'elle a trouvé ce qu'elle daigne révéler au chapitre 46 (les auteurs retardent cette révélation en usant de procédés dignes de Camilla Läckberg...), pourquoi n'a-t-elle pas eu l'idée très simple que le lecteur a, et qui s'avère au chapitre 47?

Remarque annexe:
À un moment, Carlson se fait une réflexion que je trouve assez idiote: il pense que les gens ordinaires sont nerveux face à la police. S'il se dit cela, c'est qu'il l'a expérimenté. Je trouve bête de la part des auteurs de faire passer ce genre d'idées reçues et simplistes.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Buttet-Sovilla pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice est certainement l'une des raisons pour lesquelles j'ai eu plaisir à lire ce roman, malgré tous mes reproches. Sa voix est claire et agréable, sa lecture est fluide. De plus, elle n'est pas monotone et n'en fait pas trop.

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mercredi, 2 avril 2014

Plus fort que le doute, de Nicci French.

Plus fort que le doute

L'ouvrage:
Ce soir-là, Eleanor Faulkner (dite Elly) reçoit la visite de deux policiers qui lui apprennent que son mari, Greg, est mort. Il a eu un accident de voiture. Le véhicule a brûlé. Greg n'était pas seul. Il était avec une certaine Miléna Livingstone. Tout laisse croire qu'ils avaient une liaison. Malgré l'égarement dû à la douleur, Elly a une certitude: Greg ne lui était pas infidèle.

Critique:
J'ai préféré ce roman à certains, comme «Lundi mélancolie», par exemple. Les auteurs ont utilisé certaines ficelles simples, mais leur façon de faire est moins tirée par les cheveux. Par exemple, on retrouve quelque chose qui semble être cher à leur coeur: personne ne croit l'héroïne, et surtout pas la police. Alors, elle va enquêter seule et va découvrir certaines choses. Ici, la ficelle est amenée d'une manière moins grosse que d'habitude. D'abord, il est compréhensible qu'on ne croie pas Elly qui clame que son mari ne la trompait pas. Souvent, malheureusement, la personne trompée est la dernière au courant. D'autre part, Elly découvre que certains de ses amis ne se gênent pas pour tromper leur conjoint sans remords. Tout comme elle, cette attitude me déplaît. À un moment, elle assure qu'elle ne juge pas cette attitude, bien qu'on sente qu'elle le fait. Quant à moi, je ressentais la même chose qu'elle. Il semblerait que notre société soit ainsi: on se trompe à tout-va, et ce n'est pas grave, du moment que l'autre n'est pas au courant. Tout comme Elly, je n'aime pas ces pratiques. Si on a besoin d'aller voir ailleurs, c'est qu'on n'aime pas vraiment.

Les auteurs s'attachent à creuser la psychologie d'Elly. Elle est crédible, et sa douleur renverra forcément le lecteur à ce qu'il pourrait ressentir si cela lui arrivait. D'autre part, elle est lucide. Elle comprend bien que les gens (ceux-là même qui pensent qu'elle juge leurs adultères) la pensent folle, ne voulant pas lui accorder le bénéfice du doute. Là encore, les choses sont bien analysées par les romanciers. C'est dans ce genre de situation qu'on se rend compte qu'on a peu d'amis. Si des gens souhaitent veiller sur Elly et la réconforter, personne n'accepte sa théorie, personne ne l'aide, ne l'écoute vraiment, sauf Fergus.
Elly est également crédible, car les écrivains sont assez fins pour que le lecteur ait le même raisonnement qu'elle sur plusieurs points. Quand j'ai une longueur d'avance sur les personnages, je les maudis d'être stupides au point de ne pas avoir trouvé ce que j'ai deviné. Ici, cela n'a pas été le cas.

La solution de l'énigme n'est pas nouvelle, mais cela ne m'a pas gênée, car à côté de cela, la psychologie des personnages est creusée, le tout se tient, les choses sont bien amenées et crédibles.

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Il n'y a qu'une chose que je n'ai pas comprise, peut-être n'étais-je pas attentive au moment où cela a été dit. Comment le menu a-t-il pu atterrir dans les affaires de Greg?

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Céline Mollaert pour la Ligue Braille.
C'est le deuxième livre enregistré par cette lectrice que j'entends. C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé sa voix très agréable et sa manière très naturelle de lire. Outre une intonation toujours juste, elle distingue bien la narration des dialogues selon le ton qu'elle adopte, tout cela sans jamais trop en faire.

mardi, 21 août 2012

La chambre écarlate, de Nicci French.

La chambre écarlate

L'ouvrage:
Kit Quinn est psychologue. Un jour, la police lui demande de l'aider à cerner, voire à faire parler un suspect: Michael Doll. Une jeune sans-abri a été assassinée, et Doll s'est trouvé sur les lieux après le crime. La police est convaincue de sa culpabilité.
Kit n'en est pas si sûre...

Critique:
Globalement, j'ai apprécié ce roman. Les auteurs ont habilement camouflé de grosses ficelles, les rendant plus faciles à accepter. Par exemple, j'étais sûre, à l'instar de Kit, que Michael Doll n'était pas le meurtrier. Les auteurs parviennent à ne pas faire trop de remplissage, et pourtant, ne nous donnent la réponse que très tard. En attendant cela, j'ai été plongée dans l'histoire, et je n'ai pas trop cherché à la décortiquer pour tout deviner.
D'autre part, un personnage est facilement soupçonnable, en tout cas, j'avais peur que ce soit le coupable. Les auteurs ont joué plus finement.

Ils ne peuvent s'empêcher d'utiliser leur ficelle récurrente: le personnage principal est plus avisé que la police. C'est Kit qui trouve presque tout ce qu'il y a à savoir. Les policiers ont l'air d'idiots confinés dans leurs certitudes et leur suffisance. Ici, c'était supportable, mais cette ficelle est lassante, car il semble que les auteurs mettent un point d'honneur à l'employer dans chacun de leurs romans... dans beaucoup, en tout cas.

D'autre part, rien n'est bâclé, tout se tient. Les auteurs n'ont pas pris prétexte d'un roman policier pour ne pas créer une intrigue et des personnages solides. L'accent est mis sur la psychologie des personnages.
Ils ne se sont pas contentés de créer une énigme dont certaines parties sont cousues de fil blanc. Kit est un personnage intéressant. Elle a de la personnalité, et surtout, elle fait ce que son métier exige: elle réfléchit, et n'applique pas d'étiquettes. J'aime beaucoup sa manière de procéder. Elle ne se contente pas d'impressions fugaces ou des dires des autres. Elle veut comprendre les personnes impliquées dans l'affaire. Elle veut cerner tout le monde, afin d'avoir une opinion la plus objective possible. Elle n'est pas en face de cas, mais de personnes. C'est ce côté empathique qui m'a le plus plu.
Quant à l'histoire d'amour, elle n'est pas trop grosse, surtout parce qu'elle est en demi-teinte.

Je n'ai pas réussi à apprécier Julie. Je ne l'ai pas trouvée si amicale que ça... Cela tient peut-être à son caractère indépendant... j'avais l'impression qu'elle se fichait de tout ce qui n'était pas elle. Et puis, j'ai décelé une incohérence la concernant: avec quel argent peut-elle se permettre de partir faire le tour du monde? J'étais peut-être moins attentive au moment où c'était expliqué... En tout cas, je ne voudrais pas d'une amie a l'air si égoïste. Qu'elle ne tienne pas en place ne me dérange pas, mais son inconséquence m'a agacée.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierrette Johner pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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