Où que tu sois

L'ouvrage:
Mélanie Mar, dix-neuf ans, disparaît, alors qu'elle était au supermarché. Sa jeune soeur, Sarah, raconte l'après.

Critique:
Ne vous attendez pas à un roman policier aux multiples rebondissements. Là n'est pas le but de Jackie French. Elle décrit avec finesse et justesse la réaction d'une famille après la perte de l'un de ses membres. Le récit de Sarah plonge le lecteur dans la psychologie de personnages sur lesquels un cataclysme vient de s'abattre, et qui tentent de faire avec. Le lecteur respirera au gré des sentiments de la famille: espoir lorsqu'une piste semble se présenter. Malgré ce que je pense de la plupart des personnes qui disent avoir un don de voyance, je comprends pourquoi la mère de Sarah va en voir une. Dans ce genre de situations, on tentera tout. Sarah elle-même sait que cela ne mènera nulle part, mais une partie d'elle souhaite y croire.
À d'autres moments, pour ne pas sombrer, Sarah échafaude une ou deux théories, et se sent un peu mieux, pour un temps, parce qu'elle agit, cherche, va dans une direction.
À travers les yeux de sa jeune narratrice, Jackie French montre comme on n'est plus pareil après que tout a basculé, comment on sait que la cicatrice restera présente pour toujours. Elle décrit très bien comment et pourquoi on finit par savoir, mais en ne pouvant faire son deuil parce que tant qu'on n'a pas de certitudes, l'espoir reste plus fort que la raison.
Il est terrible de voir comme un changement d'apparence positive se révèle amer car il n'a lieu que parce que Mélanie reste introuvable.

D'autre part, le cas de conscience de la narratrice est bien analysé: au début, elle s'en veut, car elle est quelque peu soulagée: la grande soeur que sa mère préférait, qui l'éclipsait, n'est plus là. C'est ainsi qu'elle lui écrit afin de lui dire tous les sentiments que sa disparition fait naître en elle.

Malgré la situation oppressante et la tension, l'auteur ne tombe jamais dans le larmoyant. Il y a des personnages qui expriment bruyamment leur peine, mais le roman n'est pas niais ou pleurnichard. Le style est fluide. La romancière dit les choses sans s'embarrasser de fioritures ou de circonvolutions.

L'auteur n'avait pas la partie facile en racontant cette histoire de laquelle on ne ressort pas indemne. Elle pouvait trop en faire, faire trop long, tomber dans de l'incroyable. Au lieu de cela, elle nous fait très bien ressentir tout ce par quoi passent ses personnages qui sont terriblement réalistes.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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