Auteur : Fox Paula

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mercredi, 4 décembre 2013

Personnages désespérés, de Paula Fox.

Personnages désespérés

L'ouvrage:
Ce soir-là, Sophie Bentwood nourrit un chat errant. Elle le caresse et il griffe et mord sa main gauche.
Quant à Otto, son mari, il lui explique que son ami et associé, Charlie, ne travaillera plus avec lui, désormais, car ils sont en désaccord.

Critique:
Au premier abord, on pourrait penser qu'il ne se passe pas grand-chose dans ce roman. Nous suivons le couple pendant quelques jours. L'auteur décrit leur quotidien, leur manière de le gérer, de réagir les uns par rapport aux autres, aux événements. On les voit côtoyant leurs amis.
Les relations de ce couple sont bien analysées par l'auteur. Il s'aime encore (certains de leurs actes le prouvent), mais la vie et le caractère de chacun a teinté cet amour de petites rancoeurs, d'un peu d'amertume. Sophie se prend même à regretter qu'une certaine chose ne se soit pas prolongée, chose qui ne serait peut-être pas arrivée si leur couple avait été plus solide.

Le narrateur est omniscient, mais adopte souvent le point de vue de Sophie. Le lecteur sait parfois comment Otto appréhende les choses, mais il reste plus mystérieux que sa femme. Il semble plus rigide, plus froid, plus assuré, comme blasé. Parfois, il a des réactions de personne lambda. Il est même un peu étrange que sa «rupture» avec Charlie ne semble pas l'affecter. Peut-être, au fond, pense-t-il la même chose que Ruth, l'épouse de Charlie, alors que Sophie et Charlie voient cet événement de manière plus dramatique.

L'affaire Charlie et celle du chat sont comme des rengaines tout au long du roman. C'est d'ailleurs des éléments de ces deux «affaires» qui le clôturent.
À travers des discussions avec leurs amis ou entre eux, les Bentwood expriment leur ressenti quant à leur société et la façon dont ils se positionnent par rapport à elle.

L'ambiance change souvent. Parfois grave, parfois caustique, parfois tendue, elle est à l'image de la vie de ce couple. À noter que les moments plus légers ont lieu lorsqu'Otto n'est pas là, notamment lorsque Sophie rend visite à son amie, Claire, et que Léon (l'ex mari de Claire) se trouve là. Léon fait une brève apparition dans ce roman, mais sa façon de s'exprimer retiendra l'attention du lecteur. Il dit souvent des choses graves avec drôlerie. En outre, sa relation particulière avec Claire montre que tout n'est pas figé.

J'ai ressenti un sentiment d'inachevé en terminant ce livre. C'est voulu par Paula Fox. En effet, elle ne raconte pas une vie dans laquelle tout sera mis en place à la fin, mais un moment de la vie d'un couple. Il est logique qu'à l'instant où le lecteur quitte ce couple, rien ne soit fini. C'est un peu frustrant, mais réaliste aussi.

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Guérou pour le GIAA
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Le lecteur n'est pas monotone et n'en fait pas trop. J'ai apprécié sa lecture.

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mardi, 23 octobre 2012

La légende d'une servante, de Paula Fox.

La légende d'une servante

L'ouvrage:
San Pedro, île hispanique des Caraïbes, années 30.
Louisa est la fille d'Orlando De La Cueva (fils de propriétaires d'une plantation de canes à sucre) et de Fefita, domestique sur cette plantation. Elle cherche quelque peu sa place. Elle trouve une certaine stabilité auprès de sa grand-mère maternelle. Mais son père, qui finira par épouser Fefita, ne tient pas à rester à San Pedro. Il souhaite emmener sa famille aux États-Unis.

Critique:
Paula Fox fait le récit d'une vie. Ses personnages passent par des épreuves qui les blessent, mais les enrichissent également. Ils ne sont pas toujours heureux, mais l'auteur le raconte de manière beaucoup moins désespérée et immuable que certains. D'ailleurs, ce livre bouscule certains codes, ce qui m'a plu. À partir du moment où Louisa est bâtarde, on peut penser qu'elle aura à en pâtir toute sa vie, que son père et sa mère ne vivront jamais ensemble. Il n'en est rien. Très vite, Orlando s'installe chez Fefita, l'épouse, et reconnaît sa fille. On peut douter de la profondeur de leur amour, Louisa les voyant souvent se disputer. On se demande pourquoi Orlando a si aisément tourné le dos à sa riche plantation pour sa maîtresse. Pour faire un pied de nez à sa mère?
On peut également penser que le départ de Louisa lui sera maléfique, que sa vie loin de San Pedro ne sera qu'un immense ratage, et qu'elle se heurtera à un désespoir grandissant. C'est le cas d'Alice dans «Retour à Brixton Beach». Mais ici, Louisa ne connaît pas ce malheur brutal, cet abîme sans fond dans lequel semblent plongés les personnages de «Retour à Brixton Beach». Seule, sa mère en souffre. Dans tout le roman, Fefita est montrée comme une pleureuse ne sachant que se plaindre. Elle refuse les États-Unis de toutes ses forces. Elle finira par s'y étioler. Mais elle est la seule qui reste passive, qui ne peut s'adapter, avancer, qui ne sait que regretter le pays qu'elle ne voulait pas quitter. Les aléas de la vie racontés par l'héroïne ne sont pas si pesants, car la plupart des personnages agissent pour s'en sortir.
Orlando restera une sorte d'énigme pour moi. Il ne semble pas heureux, mais ne fait rien pour changer les choses. Il est pourtant maître de ses actes.

Louisa est admirable, car on croirait qu'elle s'est construite presque seule. Elle a très vite été plus adulte que ses parents. Son jugement a souvent été sûr (concernant ses patrons, la vie, etc). À l'instar d'autres personnages, on se demandera pourquoi elle n'a pas tenté de s'élever socialement. Elle en aurait eu les capacités. La préface dit que c'est par manque d'information, je dirais plutôt que Louisa a passé sa vie à se sous-estimer. Elle n'a pas eu confiance en ses capacités. En outre, elle voyait qu'en étant servante, elle pourrait tout de suite subvenir aux besoins de ses parents, et plus tard, à ceux de son fils, Charly. Fils qu'elle a d'ailleurs su préserver en lui donnant l'essentiel. Le garçon aussi s'écartera des codes. Il ne sera jamais ébloui par de grandes richesses qui l'auraient éloigné de sa mère. Il ne passera jamais sa rage sur son chat ou sa mère. Il comprendra très vite que celle-ci travaille pour lui, et lui en sera profondément reconnaissant. Et lorsqu'un malentendu surgira, le lecteur comprendra aisément ces deux êtres qui s'aiment. Louisa est blessée et trahie parce que quelque chose dérange ce à quoi elle tient par-dessus tout: sa relation pure avec son fils; mais aussi parce que, trop conscient de sa réaction, celui-ci ne lui a rien dit, par peur, maladresse, amour. Et pourtant, ce malentendu ne fait pas de Charly un mauvais fils. C'est en cela que les personnages de Paula Fox s'écartent d'une route trop facilement balisée par les clichés. Ils en ressortent profondément humains et attachants.

À travers ces personnages et tous ceux qui gravitent autour d'eux, Paula Fox brosse le portrait d'une société avec talent, justesse, une pointe d'acide, un brin d'amusement, une touche d'attendrissement, et beaucoup de réalisme!

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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