Auteur : Fouchet Lorraine

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lundi, 15 février 2010

Le chant de la dune, de Lorraine Fouchet.

Le chant de la dune

L'ouvrage:
Zoé Stéphan a trente ans. Elle est médecin. Elle doit épouser Antoine, le 2 janvier. Mais peu de temps avant Noël, Antoine rompt avec elle pour une autre.
Peu après, Zoé se rend chez un patient où elle découvre un livre parlant du désert. Dans son désarroi, elle y voit un signe. Ce livre l'attire, le désert l'attire. Elle fait ce qu'elle n'aurait jamais fait auparavant: prendre quelques jours pour aller les passer dans le désert avec un groupe de touristes, dans un voyage organisé. Elle n'est pas au bout de ses surprises...

Critique:
Malgré certaines ficelles un peu grosses, j'avais bien aimé «Le bateau du matin». Ici, on retrouve un parfum de ce roman: un médecin, des destins qui se croisent, une histoire d'amour, et l'île de Groix. Pourtant, je n'ai pas été aussi captivée que par «Le bateau du matin». J'ai trouvé que certaines choses passaient moins bien. D'abord, parce qu'on en devine beaucoup.
(Attention: la fin du paragraphe dévoile certains pans de l'histoire, ne la lisez pas si vous n'avez pas lu le roman.)
On voit très vite que Zoé et John vont se mettre ensemble. Ce coup de foudre est d'ailleurs très gros. Oh là là! Zoé et John ont tous ces points communs: ils ont emmené les mêmes livres, ils aiment la même musique, ils ramassent des marrons, et ouvrent la bouche quand il neige: ça y est, ils sont faits pour s'entendre!
Dès que Zoé comprend qui sont les deux français, on se demande de suite si Zoé ne serait pas la fille d'Alex, et Zoé met du temps à commencer à se le demander.
On devine que Marie souffre un très grand mal-être.
On sait que John et Zoé vont tous les deux dîner dans le restaurant dans le noir avant que Zoé ne le découvre.
On devine que Zoé et John vont se retrouver, à la fin.
Il est un peu gros, en outre, que Zoé et John se rencontrent alors que leurs parents se sont connus.

Les personnages ne sont pas très creusés. John réagit bêtement, et rejette Zoé pour quelque chose que ses parents auraient fait alors qu'il l'aime... donc le fait que ses parents aient fait ci ou ça change un sentiment qu'il éprouve déjà... Ce rejet, c'est juste du remplissage.
Zoé n'est pas vraiment épaisse non plus... Elle est sympathique, on comprend sa souffrance, mais bon... elle pense qu'elle doit résister à son attirance pour John après ce qu'elle a vécu: elle résiste cinq minutes. Ce n'est pas très crédible.

Les parents de Zoé sont agaçants: l'amoureux transi qui se sacrifie, qui est sûr que sa femme ne l'aime pas, mais lui l'aime tellement qu'il ferait tout pour la garder; la mère qui n'arrive pas à être une bonne mère, qui ne pense qu'à elle, qui assure qu'elle aime son mari... si elle l'aimait tant que ça, elle le lui montrerait, et peut-être le saurait-il. Et puis, dire que si elle était revenue avec lui sans qu'il ait à lutter, il l'aurait dédaignée... oui, bon, d'accord, mais là, tu peux lui montrer que tu l'aimes, ma grande, ça fait trente ans que l'histoire s'est passée, tu peux peut-être lui laisser entrevoir que tu l'aimes. Bref, tout ça n'est pas crédible non plus.
Seuls Marie et Pierre sont crédibles. Bon, si on pinaille, on trouve que c'est un peu gros que Pierre soit aussi imbuvable, mais qu'en fait, il faille gratter le vernis. Ça le rend plus crédible, soit, mais la ficelle est éculée.
La façon dont l'auteur finit par s'en sortir, en expliquant que ceci c'est passé comme ci, et que Valérie, en fait, ressent ci comme ci et ça comme ça n'est pas très crédible non plus.

Quant au fait que la dune «chante» parfois, Lorraine Fouchet l'a-t-elle inventé, ou bien est-ce vrai? J'ai du mal à y croire...

Lorsque Zoé va dîner dans le restaurant dans le noir, certaines choses sont intéressantes, mais d'autres sont un peu grosses aussi. Dans les bons côtés, il y a le moment où Zoé se rend compte qu'elle va devoir se faire une idée des gens grâce à leurs voix. Il y a tous ses tâtonnements pour manger.
Par contre, quand elle dit qu'elle se fie au poids du verre pour se servir sans rien renverser, je doute. Lorraine Fouchet a peut-être rencontré des aveugles qui y arrivent, mais rien n'est plus sûr que de mettre son doigt au bord du verre. Personnellement, je ne le fais pas, car je trouve cela peu hygiénique, mais j'ai la chance qu'on me serve, et quand je dois me servir, je me sers de petites quantités d'eau. Idem quand elle dit qu'elle a du mal à couper ses aliments: ben, sans mettre les doigts, quand on ne voit rien, ce n'est pas possible.

Allez, une dernière bizarrerie pour la route: quand Zoé lit et relit le numéro de téléphone de John, elle se met à additionner les chiffres, et trouve 7, comme les lettres de leurs prénoms réunis. Ben, pour que les chiffres soient égaux à 7, il faudrait que le numéro soit du type: 00 10 21 11 01. Je ne connais pas tous les indicatifs de Paris, mais il me semble que c'est 01 4...

Bref, un livre repose-tête, mais qui ne m'a pas convaincue. La seule raison pour laquelle je l'ai continué (j'ai failli arrêter au chapitre 11), est ses lecteurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Mugler et Gin Candotti-Besson pour les éditions VDB.

Je crois que je n'aurais pas reconnu Gin Candotti-Besson si je n'avais su son nom. Sa voix fait partie des voix qui bercèrent mon enfance, car je possédais la collection des Raconte-moi des histoires, et elle a enregistré un conte pour cette collection: «Le puzzle de Jojo». Je me suis souvent fait la réflexion que cette lectrice était talentueuse, et que j'aimerais bien la retrouver enregistrant des romans. C'est chose faite. Espérons qu'elle va continuer. Je ne l'aurais pas reconnue, car sa voix a un peu changé, et que ça fait un moment que je n'ai pas entendu «Le puzzle de Jojo», mais je vais m'empresser de réécouter le conte pour voir si je la reconnais.

Quant à Yves Mugler, son talent ne se dément pas. Je voulais m'attarder un peu sur la prestation des comédiens, car je râle souvent quand les lecteurs tentent de faire des voix différentes aux personnages, car c'est souvent mal fait, soit caricatural, soit casse-tête, et donc, agaçant. Ici, Gin Candotti-Besson et Yves Mugler changent quelque peu leur voix pour quelques personnages, mais ils l'ont fait de manière subtile et intelligente. Ce n'était pas du tout caricatural, pas du tout casse-oreilles, ce n'était pas du surjeu. C'était donc une bonne initiative.

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lundi, 14 juillet 2008

Le bateau du matin, de Lorraine Fouchet.

Le bateau du matin

L'ouvrage:
Alexis Foresta est avocat. Il a élevé seul sa fille, Eva. Ils sont très proches l'un de l'autre. Ce matin-là, ils se disputent. Eva cherche à s'affirmer, à faire valoir son opinion, son amour pour la musique, ses raisons d'avoir rompu avec Florent. Elle s'emporte. Ils ont des mots.

Erlé Legal est un ébéniste breton. Il aime bien inventer le passé des meubles.
Delphine a rompu avec lui. Mais ce jour-là, elle l'appelle au secours, car l'homme avec qui elle vit la frappe. Erlé va la chercher à Paris, malgré le fait qu'il n'a pas le droit de prendre le volant sous peine de se voir retirer son permis de conduire. En effet, il a écopé de cette peine car il a été arrêté pour conduite en état d'ivresse. Il a juré de ne plus toucher une goutte d'alcool.

Zaka Djemad a bientôt dix-huit ans. Elle prépare un examen pour entrer dans une école de dessin. Elle a placé tous ses espoirs dans cet examen. Dessiner est sa vocation. Son frère, Kamel, qui est, en l'absence du père, le chef de famille, ne comprend pas bien pourquoi elle tient tant à cela. Il a d'autres projets pour elle.

Nestor Dumont est un professeur de philosophie à la retraite. Il a survécu à la canicule. Pour lui, c'est un miracle. Il a décidé de faire une liste de tout ce qu'il voudrait faire avant de mourir, et de réaliser le plus de voeux qu'il pourra.
Ce jour-là, il va apprendre à se servir du cadeau que lui ont fait ses collègues pour son départ à la retraite: un appareil photo numérique.

Gildas Murat est interne. Il fait souvent des gardes aux urgences pour arrondir ses fins de mois. Ce soir-là, il est justement de garde...

Certains de ces personnages vont se rencontrer pendant une minute fatale. D'autres arriveront après. Ce soir d'août 2003, leur destin se joue, et ils ne le savent pas.

Critique:
Les habitués de ce blog qui auraient lu ce livre diront: "Haha! La Livrophile va le descendre en mettant ses clichés en avant!" Eh bien non. Certes, il y a des clichés qui m'ont agacée, mais mon impression générale est bonne.

Le plus gros cliché est certainement le coup de foudre d'Erlé lorsqu'il rencontre l'un des autres personnages. Je reste intraitable là-dessus: un coup de foudre, c'est trop invraisemblable. Et puis ce qu'il fait pour rattraper le sac de celle qu'il aime alors qu'il ne la connaît même pas... Et le fait qu'il tombe justement follement amoureux de cette personne-là...!!!
La gentillesse maladive d'Erlé est aussi exaspérante. Son comportement vis-à-vis de Delphine, par exemple, fait un peu tiquer le lecteur. On me rétorquera que la gentillesse d'Erlé finit par porter ses fruits. Oui, mais nous sommes dans un roman: cela ne se passe pas souvent comme ça dans la vie, malheureusement.
J'ai pensé pareil lorsque Gildas sacrifie sa moto. Il n'a pas affaire à une ingrate, il sait que c'est très important, mais il a quand même trimé pour se la payer...

Le personnage d'Eva m'a souvent ennuyée pendant ma lecture. Pourtant, si on se met à sa place, on comprend ses raisons. Elle est impulsive, et agit de manière démesurée, mais finalement, on peut comprendre qu'elle veuille tout faire pour venger, en quelque sorte, son père. Elle fait tout ce qu'elle peut, quitte à se montrer injuste, parce qu'elle croit être juste, et que c'est la seule chose qu'elle puisse faire pour son père.

On pourrait aussi m'objecter qu'il est tout de même étrange que tous ces personnages (surtout l'un d'eux) se trouvent là à ce moment précis, et jouent tous un rôle plus ou moins important dans ce qui arrive. Personnellement, je trouve que cela n'a rien d'absurde, sauf peut-être la présence d'un certain objet, et le fait que le propriétaire de cet objet ait justement de manière fortuite fait en sorte que le moment fatal puisse être revécu...

Beaucoup de personnages sont attachants. On les sent battants, on a envie qu'ils s'en sortent: Zaka, Gildas, Erlé.
Kamel peut paraître caricatural, englué dans ses certitudes de ce qui est bien pour sa soeur. En fait, son personnage est plus complexe que cela. C'est une bonne chose. Kamel n'agit pas par conviction, mais par besoin. Il ne se rend pas compte que ce qu'il veut faire à sa soeur est une atteinte à sa liberté d'être.
Seul, le personnage de Florent est un peu caricatural... Il est maladivement obstiné comme un enfant capricieux, ou un fou.

Malgré la gravité du roman, plusieurs passages sont amusants: la rencontre d'Erlé et de Jack, la plongée de Kamel et de Florent (vers la fin), la façon dont Patrick Murat finit par "accepter" Gildas, les particularités d'Erlé, la façon dont Nestor est souvent décrit, la manière dont Jules apprend à Zaka le résultat des examens, la remarque d'un marin lorsqu'Erlé descend à toute vitesse du bateau avant qu'il ne démarre...

Une grande partie du roman a lieu dans l'île de Groix. Là aussi, on me dira que c'est un peu gros: les personnages qui se cherchent finissent par se rencontrer. Oui, c'est un peu gros, mais l'île de Groix est très petite. ;-)

Malgré quelques coïncidences un peu grosses et quelques clichés, ce livre a su me captiver. Je voulais savoir la suite. Par certains côtés, le roman est peut-être un peu léger, mais je suis très vite entrée dedans, et ai tout de suite adhéré à l'histoire de chaque personnage. Beaucoup de thèmes sont abordés: l'amour, le mariage forcé, le hasard... J'ai aimé l'histoire, le décor de l'île de Groix. La fin est peut-être trop convenue, mais j'ai été heureuse que Lorraine Fouchet ait terminé son livre ainsi. C'est un livre de vacances. Cependant, il fait réfléchir un peu... Les leçons que j'en tire? Ne vous précipitez pas sur une conclusion trop simple, et surtout, bannissez la superstition de votre esprit!

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

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