Canada

L'ouvrage:
Le narrateur, Dell Parsons, raconte comment sa vie a pris un tournant inattendu après que ses parents eurent braqué une banque. À l'époque, sa soeur jumelle (Berner) et lui avaient quinze ans.

Critique:
Ce livre m'a plu. D'abord, j'ai aimé que Dell raconte et analyse les faits. Il est adulte, et revient sur son passé. Il raconte ce dont il se souvient, et l'analyse du point de vue de l'adulte. Ainsi, il explique le comportement de ses parents, le sien, celui de Berner. La première partie est assez longue, car elle est consacrée à ce récit. Il plante le décor, parle de l'état d'esprit de ses parents, de la raison pour laquelle sa famille était atypique, de ce qui poussa son père à braquer cette banque... Je ne sais trop quoi penser de la mère. Elle veut protéger ses enfants, mais ne fait pas tout ce qu'il faudrait. Elle n'a pas le courage d'agir. Dell et Berner réagiront différemment à ce qui fut le tournant le plus important de leur vie. Le récit pose certaines questions délicates: jusqu'à quel point faut-il pardonner un acte qui causa tant de remous? Si les personnes ont agi par inconscience, sont-elles moins blâmables que si elles avaient été machiavéliques?... Il m'est difficile de trancher, et je comprends la réaction de Dell et de Berner.

La deuxième partie est consacré à l'après, tout au moins pour Dell. Là encore, il analyse les gens autour de lui. Mais c'est surtout ses sentiments et ses réactions qu'il décortique. Dell est un personnage très attachant. Berner aussi, mais on la voit moins, il est moins facile de la suivre. D'autre part, on a longtemps l'impression qu'elle s'en sortira mieux que Dell qui (pourrait-on penser) se fera broyer par la vie: lui qui se cherche, tente de se construire, aspire à faire des études, à avoir une vie paisible, etc. On peut d'ailleurs se demander si l'arrestation de ses parents a été si mauvaise que cela pour lui, et s'il n'aurait pas trouvé quelque plaisir à ne pas aller où le souhaitait sa mère.

Si le récit de Dell m'a intéressée, j'ai moins aimé la fin de la deuxième partie, parce que je n'ai rien trouvé d'attachant à ceux que côtoie notre héros. Il s'attache à les décrire et à analyser leur psychologie, mais je n'ai rien trouvé qui retienne mon attention: que ce soit les particularités de Charley Quarters ou l'histoire d'Arthur.

J'ai aimé la troisième partie qui, à mon avis, devait être écrite. Sans cette partie, le roman m'aurait semblé inachevé.

Je sais que certains lecteurs ont trouvé «Canada» trop lent, trop descriptif. Au départ, je ne souhaitais pas le lire, car en lisant la quatrième de couverture, j'imaginais que le récit de la vie de Dell avant qu'elle bifurque serait très court, et que pratiquement tout le livre raconterait comment il est asservi par Arthur. C'est grâce à un avis (qui n'est pas très positif, mais qui a le mérite d'être clair et de donner un bon aperçu du roman) que j'ai compris que mon idée était erronée, et que j'ai eu envie de lire ce livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver la voix à la fois grave et douce de ce comédien, ainsi que son jeu toujours juste et exempt de cabotinage. Bien sûr, il prononce certains mots anglophones avec un accent (ce que je n'aime pas), mais je lui pardonne, car son interprétation est toujours juste, agréable, et naturelle.

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