La gommeuse L'ouvrage:
Phurbu est gommeuse au hamam. Elle frotte les corps des femmes pour en enlever la crasse. Tous les matins, elle va au grand café où elle boit son café toujours de la même manière, selon un rituel bien précis. C'est ici qu'Anatole Berg la retrouve. Son passé revient à Phurbu qui nous le raconte. Sa mère, Dalwa, était sherpa. Elle a suivi une expédition d'alpinistes. L'expédition s'est mal déroulée: à cause du froid, les hommes y ont perdu leurs doigts, et Dalwa est morte. Phurbu a été recueillie par l'un des hommes de l'expédition, Berg. Elle a grandi avec Anatole, le fils de Berg, qu'elle fascinait et terrifiait. Elle était une enfant terrible, et Anatole la suivait dans toutes ses bêtises, tout en restant pleutre. Un jour, Phurbu a fait une bêtise de trop, et les Berg l'ont mise dehors. Aujourd'hui, Anatole l'a retrouvée car il veut qu'elle l'aide à se venger. En effet, toute la gloire de l'expédition est retombée sur Leduc, et Anatole veut que la part qu'a prise son père soit reconnue. Phurbu ne veut plus rien à voir à faire avec cette histoire, et renvoie durement Anatole en le rabaissant.

Plus tard, elle rencontre Lucie, une petite fille qui vit avec ses grands-parents, et qui leur rend de curieux services. Lucie est à la recherche de sa maman. Phurbu et elle vont entreprendre un voyage pour la retrouver. C'est là que Phurbu s'apercevra qu'elle peut faire autre chose qu'enlever la crasse des corps avec son gant...

Critique:
Ce livre contient beaucoup de choses: humour, bizarreries, énigmes, introspection, et même une célébration de la grenade, lorsque Lucie sombre dans l'apathie, et que Phurbu la nourrit de jus de grenade.
Phurbu se penche sur son passé en nous racontant son présent. Elle évoque aussi l'une de ses bizarreries: elle fait la collection de photos d'hommes endormis. Lucie est fraîche et amusante. La façon qu'ont ses grands-parents de se passer la Bugatti, et d'en parler comme si c'était un enfant dont ils auraient la garde à tour de rôle est assez loufoque. Pendant le voyage de Lucie et de Phurbu, on rencontre aussi des personnages assez hauts en couleur: Léonce (qui vit avec sa mère avec qui il échange des épigrammes, collectionne les cheveux, et nous enseigne la vraie définition du mot "braire"), et Marquise (qui prend des bains de boue).

L'amitié qui unit très vite Lucie et Phurbu est touchante. La dure, la sèche, la rebelle, la tornade phurbu devient gentille et presque normale lorsqu'elle est avec Lucie. Elle oublie ses démons, ses révoltes, la jalousie et la méchanceté de celles qui travaillent avec elle, pour se faire amie et protectrice de la petite fille. On peut dire que le livre contient aussi du fantastique, étant donné que Phurbu découvre que son gant et elle ont un pouvoir particulier.

On ne s'attend pas à ce que la fin nous donne la solution d'énigmes. On ne sait même pas qu'il y a ces énigmes-là. L'histoire ne nous prépare pas du tout à cela, c'est d'autant plus surprenant, et d'autant mieux réussi. La première découverte sera faite par Phurbu seule. La seconde sera faite après une remarque de Lucie, une phrase toute simple, qui dira une chose que Phurbu n'a même pas su voir. Cette phrase qui est une constatation nous montre encore une fois que les enfants vont droit au plus simple, au plus évident, à ce qu'on ne voit pas toujours. Lucie prouve bien l'adage selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants.

Grâce à sa diversité, je trouve ce livre très riche, et ses personnages assez attachants. Phurbu est quand même complexe, et si on est attendri par son attachement pour Lucie, par la perte de sa mère, on est un peu exaspéré et attristé du mépris non dissimulé qu'elle éprouve pour Anatole.

Accessoirement, on apprend les jours de la semaine en sherpa. ;-)

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Candil Lopez.+

Acheter « La gommeuse » sur Amazon