Attachée

L'ouvrage:
Ce matin-là, Jean ouvre une lettre destinée à son mari, Marc. Elle tombe sur un message dégoulinant de stupre. Entre deux grivoiseries, la femme explique à Marc par quel biais ils s'écriront désormais. Jean décide de répondre à la maîtresse de son mari en endossant le rôle de ce dernier.

Critique:
J'ai eu du mal à entrer dans ce roman. D'abord parce que je le trouvais lent à démarrer. Ensuite, Jean ne me paraissait pas très sympathique. Pour moi, elle se compliquait la vie à tout intérioriser. Je sais que j'ai réagi ainsi parce qu'elle a fait le contraire exact de ce que j'aurais fait. En outre, il fallait bien qu'elle tût l'affaire à son mari, sinon, sur quoi la romancière aurait-elle bâti son histoire?
Si cette attitude semble être dans la nature de Jean, elle révèle quelque chose de plus profond, une fêlure, une interdiction de se laisser aller, de dire les choses qui importent vraiment. Elle est mal dans sa peau, parfois, il semble qu'elle n'ose pas être elle-même. Je l''ai trouvée froide à cause de cela. À mesure de mon avancée, j'ai pu m'adapter à sa façon d'être, et ma frustration à son égard s'est estompée. Je me suis rendue compte qu'elle attendait beaucoup du regard de ceux qui comptent pour elle, qu'elle souhaitait être reconnue.
D'une manière générale, Marc et elle ne communiquent pas beaucoup. Quand ils sont ensemble, ils échangent souvent des propos ordinaires, même si Jean ose parler de ses rendez-vous à l'hôpital. Cela fait que Marc m'a paru flou, sauf vers la fin, où il prend plus de consistance. L'histoire Giovana me le rendait presque sympathique à cause de ce que j'imaginais. Lorsque le lecteur en saura davantage sur lui, il ne lui sera pas forcément sympathique

Il est ironique de voir la correspondance entre l'histoire que vit Jean et celle qu'ont vécue ses parents, celle que sa mère (Phyllis), ne digèrera probablement jamais. J'ai pensé que cet écho et la conséquence que cela a eu pour ses parents feraient bouger notre héroïne, et qu'elle parlerait à Marc...

Le lecteur aguerri devinera très vite que quelque chose ne va pas dans cette histoire de liaison entre Marc et Giovana. J'avais imaginé quelque chose d'assez tordu, et je m'étais trompée, mais pour moi, cette liaison ne pouvait pas être vraie. De plus, il est très gros que Jean ouvre la lettre destinée à Marc juste parce qu'elle aime ouvrir le courrier. Bien sûr, il fallait que l'auteur mette son histoire en place, et montre une femme qui pense n'avoir aucune raison de soupçonner son mari, mais j'aurais peut-être trouvé une autre raison à ce décachetage d'enveloppe. Je sais que cette remarque est du pinaillage.

Dès qu'un personnage a été évoqué, j'ai trouvé que certaines choses étaient étranges. J'ai tout de suite pensé qu'il y avait plus à savoir que ce qui était dit au départ. J'ai aussi trouvé très gros que Victoria se base sur les simples dire de ce personnage pour lui ouvrir sa porte...

Isabel Fonseca aborde intelligemment certains thèmes. Jean se rend mieux compte de la précarité des choses, ayant peur de perdre son père, voyant son mariage s'effriter. Les circonstances la poussent à agir d'une manière qu'elle aurait peut-être rejetée, à moins qu'elle ait attendu une excuse pour cela.
J'ai apprécié Victoria: jeune adulte qui se cherche encore un peu, que l'amour assouplit, mûrit. J'ai aimé le moment de détente qu'est la soirée qu'elle passe avec Jean.
Marianne et Doug sont comme une bouffée d'air frais dans cette famille assommée par le non-dit. On ne sait pas trop ce qui a éloigné Jean et Marianne. D'après notre héroïne, c'est sa soeur qui a mis de la distance. C'est un peu surprenant, mais on peut comprendre que l'être solaire qu'est Marianne s'éloigne d'une soeur si renfermée. On peut pourtant imaginer que les événements ont mûri Jean, car elle tente de se rapprocher de sa soeur, et les deux femmes connaissent un moment de complicité. On peut penser que cela ne s'arrêtera pas là.

Une mise en place un peu lente, mais des personnages complexes, une intrigue intéressante, des situations bien analysées, une pincée de suspense, un zeste d'humour, et une note d'espoir.

Remarque annexe:
J'ai eu du mal à considérer le chat comme un chat à cause de son prénom humain. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Métailié dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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