Même le mal se fait bien

L'ouvrage:
Marcello Tricotin mène une vie paisible dans un petit village d'Italie. Sa seule ambition est d'élever des araignées, et d'étudier leur comportement.
Mais son père, Carolus, va en décider autrement. Avant de mourir, il apprend à Marcello qu'il a un autre fils qu'il n'a jamais reconnu. S'il veut hériter, Marcello doit le retrouver, car il a droit à la moitié de ce que laisse Carolus. C'est ainsi que Marcello part à la recherche de son demi-frère, Aloïs.

Critique:
Ce livre est très long (26h51 en audio et 731 pages en "noir"). J'ai trouvé certains passages un peu lents. Par exemple, quand Marcello est interné. Ça traîne un peu parce que tout ce qui arrive est prévisible. C'est arrangé par la façon dont se passe la suite, car l'auteur parvient à rattraper la situation en introduisant des éléments inattendus.
Autre chose m'a gênée: à certains moments, il y a beaucoup de retours en arrière sur la vie de Carolus et celle de Charlemagne (son père). Ça m'a un peu agacée, surtout que les digressions concernant Charlemagne n'étaient pas toujours intéressantes à mes yeux, et semblaient faire office de remplissage. Il est quand même intéressant de faire des parallèles entre les «vies amoureuses» de Charlemagne et Carolus.

Mis à part ces petits désagréments, ce livre est à lire. Il mélange aventures étranges, épopée, amour, personnages savoureux, etc. Malgré les péripéties parfois délicates dans lesquelles les personnages sont entraînés, l'humour domine. D'abord, il y a la façon dont Marcello triomphe de certaines situations: sa vengeance après le massacre des grues cendrées, la manière dont il récupère son manuscrit, etc. Ensuite, il y a cette espèce de farce rocambolesque qu'est la mort pittoresque de Carolus. L'auteur a réussi à me faire rire d'un sujet qui, d'habitude, n'évoque jamais rien de bon.
On retrouve ce schéma en un peu moins exagéré dans l'histoire d'amour entre Charlemagne et Giulietta. La tristesse de cette histoire est quelque peu atténuée par l'efficacité et la rapidité de Giulietta à agir. En outre, ce qu'elle fait pour garder une trace de Charlemagne auprès d'elle est un peu fou, et pourrait paraître mièvre, mais Giulietta n'assortit pas ses actes de démonstrations excessives de souffrance.
Et bien sûr, il y a le pied de nez final de Marcello après son long combat contre le village. On me dira que c'est un peu extrême, mais le lecteur ne pourra s'empêcher de sourire.
On me dira aussi qu'il est un peu gros que Marcello sorte victorieux de chaque situation délicate à laquelle il est confronté. Soit. Mais l'auteur arrange son histoire si habilement que rien n'est tiré par les cheveux.

Marcello est un personnage sympathique et attachant. Son voyage à la recherche de son demi-frère est comme un parcourt initiatique, et il en revient plus sûr de lui, moins effacé. Il prend de l'assurance à mesure que le temps passe, et qu'il doit subir les affronts de sa belle-famille et du reste du village. On me dira que ce genre d'affrontements est courant, et que ça peut paraître éculé, voire caricatural. Mais là encore, la causticité de l'auteur, et la façon dont il résout certaines choses rattrapent ce qui pourrait sembler gros.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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