Auteur : Flynn Gillian

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jeudi, 3 novembre 2016

Nous allons mourir ce soir, de Gillian Flynn.

Nous allons mourir ce soir

L'ouvrage:
La narratrice doit se reconvertir. En effet, à force de masturber ses clients (soit un geste répétitif), elle a un «mauvais poignet». Elle va donc faire de la voyance: lire les auras. C'est ainsi qu'elle rencontre Susan qui a peur de son beau-fils, Miles. Apparemment, celui-ci n'est pas seulement en pleine crise d'adolescence. Susan craint que sa maison soit hantée, et que cela influence Miles.

Critique:
La nouvelle est simple, l'histoire est assez banale, mais on ne s'ennuie pas du tout. D'abord, l'auteur nous présente son héroïne: une jeune femme un peu paumée qui a vite compris comment tirer son épingle du jeu. Elle est à la fois un peu agaçante et sympathique. Elle profite des faiblesses et de la crédulité des gens, mais elle est attachante.

Quant à l'intrigue, je ne sais pas si la «solution» est évidente ou non, mais je sais que je n'ai pas cherché à tout décortiquer pendant ma lecture. Je me suis laissée porter par l'histoire. L'auteur a donc réussi son pari.
La fin est en demi-teinte. On ne peut pas être sûr de ce qui s'est réellement passé. Quelle version de l'histoire est la vraie? C'est au lecteur de se faire son idée. J'ai une préférence pour l'une des deux versions, mais il y a une petite faille, à mon sens. Pourquoi Susan appellerait-elle le 911 pour des bijoux volés? Et pourquoi soupçonnerait-elle forcément l'héroïne et pas Miles? On peut l'expliquer par le fait qu'elle a peur et finit par soupçonner tout le monde...

Dans la présentation de la nouvelle, il est précisé qu'elle a été écrite par l'auteur de «Les apparences». J'ai absolument horreur de ce genre de phrases. Comme si tout le monde avait aimé «Les apparences». Malgré son succès, je pense que certains ne l'ont pas aimé, mais donneraient peut-être une chance à cette nouvelle. Or, ce genre de phrase serait plutôt un repoussoir pour ceux-là. Il le serait aussi pour des gens comme moi qui ont aimé «Les apparences», mais qui ont l'impression qu'on veut les forcer à lire cette nouvelle, qu'on l'aimera forcément. J'ai d'ailleurs failli ne pas la tenter à cause de cela. Il y a beaucoup d'auteurs dont j'ai aimé certains ouvrages et pas d'autres. C'est d'ailleurs arrivé avec Gillian Flynn: je n'ai pas réussi à finir «En des lieux sombres».

Éditeur français: Sonatine
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Whelan pour les éditions Penguin Random House Audio.
Je pense que le choix de Julia Whelan n'est pas un hasard: c'est elle qui interprète Amy dans la version audio anglophone de «Les apparences». C'est une lectrice que j'apprécie, mais j'ai du mal avec sa tendance à modifier sa voix pour les personnages masculins. Ici, il me semble qu'elle a moins exagéré que dans «The last time we say goodbye», mais c'est encore un peu pénible.

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jeudi, 14 février 2013

Les apparences, de Gillian Flynn.

Les apparences

L'ouvrage:
Ce jour-là, cela fait cinq ans que Nick et Amy Dunne sont mariés. En pleine journée, Nick est appelé sur son lieu de travail (son bar) parun voisin: la porte de la maison est ouverte, et il n'y a pas traces d'Amy. Il apparaît très vite que la jeune femme a disparu. Nick devient bientôt le principal suspect, même si une femme policier ne parvient pas à le croire coupable.

Critique:
Ne vous laissez pas tromper par la banalité du résumé: une femme disparaît, le mari est suspecté... Ceci n'est pas un roman policier classique et ennuyeux. Ce début n'est que le commencement d'une intrigue habilement tissée par Gillian Flynn. Elle est plus dense que celle de «Sur ma peau», et beaucoup moins lente que celle de «En des lieux sombres» (que je n'ai pas pu finir). L'analyse psychologique était très bonne dans «Sur ma peau», ici, elle l'est également. Outre des personnages principaux très bien exposés, ce roman est presque une étude sociologique. Les réactions des uns et des autres sont prévues en fonction de ce qui sera dit et fait. Dans le même ordre d'idées, il y a la préparation à l'émission de Sharon Shiver. Lire ce passage m'a rappelé les romans de Jodi Picoult où lors de certains procès, la moindre réplique, ainsi que le ton sur lequel elle doit être prononcée, est préparée.

Au début d'une relation, les couples font des efforts pour se montrer sous leur meilleur jour. Ensuite, quelques déconvenues arrivent. Lorsque les personnes ne «jouent» pas trop, ça va. Gillian Flynn reprend l'idée, et l'exploite très bien.
J'ai aimé découvrir les personnages par petites touches dans la première partie. Puis j'ai pensé que tout le livre serait ainsi, et que cela finirait par s'enliser. Mais non. L'auteur ne s'attarde pas trop, ne traîne pas. Elle souhaite que le lecteur se fasse une idée précise de Nick et d'Amy pour ensuite lui dire: attendez, vous n'avez pas pris ce paramètre en compte. Tout en la suivant quelque peu, je n'adhérais pas complètement, je flairais que quelque chose n'était pas clair. J'ai même deviné une chose peu de temps avant qu'elle la dise. Je pense que certains indices étaient laissés exprès pour que le lecteur soit mal à l'aise, car l'un des personnages paraît quelque peu joué, au début. Comme Gillian Flynn est adroite, cette révélation ne renverse pas totalement la situation quant à ce qu'on pense des personnages, ce qui aurait été peu crédible. Au départ, on constate que Nick et Amy n'échappent pas à des clichés. Si certains persistent quelque peu, il faut avancer, creuser l'intrigue pour se rendre compte que tout n'est pas si simple. Chaque histoire semble ordinaire, mais il y a toujours des circonstances qui la démarquent. C'est ici le cas. La romancière mêle habilement clichés et renouveau afin de créer un cocktail détonant.
Au final, l'un des deux sera plus sympathique que l'autre. Cependant, là encore, rien n'est simple, car ce personnage n'est pas net.

À un moment, j'ai pensé que l'auteur allait s'empêtrer dans son intrigue. En effet, certaines choses se compliquent, et l'un des personnages change d'idée, ce qui fait que tout est à revoir. Pourtant, la romancière ne laisse rien au hasard, prévoit les objections du lecteur. J'avais d'ailleurs pensé que l'autopsie d'un personnage, s'il y en avait eu une, révèlerait quelque chose, mais Gillian Flynn y a également pensé. Il y a bien de petits détails qui ne collent pas (elle les évoque aussi), mais le personnage qui tient à ce qu'on le croie, fait en sorte qu'on ne s'y attarde pas trop, et sa tactique est très bonne.
La crédibilité, le réalisme de tout cela amène le lecteur à se demander s'il connaît vraiment ceux qu'il croit connaître. En effet, dans le roman, chacun croit bien connaître les personnages principaux, alors que l'image que s'en font les uns est à l'opposée de celle qu'en ont les autres. Dans le roman, nous finissons par savoir quelle est la vraie personnalité de chacun, mais dans la réalité...

J'ai aimé la structure de l'ouvrage. Les points de vue de Nick et d'Amy alternent. Chaque partie est un tournant de l'histoire. Cette structure est parfaite. L'alternance des points de vue ne permet pas seulement de savoir ce que les personnages pensent à un moment donné, mais d'être toujours dans leur tête. Chaque partie s'arrête au moment exact où on croit que l'auteur va commencer à faire du remplissage. L'action est relancée par le début de la partie suivante.

Après une intrigue si bien menée, des personnages si bien analysés, il n'était pas aisé d'écrire une fin à la hauteur. J'ai été déçue par quelques aspects de cette fin, mais je crois que c'était inévitable. Je pense que certaines choses décevront forcément les uns ou les autres. Bien sûr, c'est une fin digne de l'intrigue, mais je n'ai pas aimé ce qu'elle implique. Ça fait mauvais film d'horreur. D'autre part, cela ne va pas sans de petites incohérences, à mon avis.

Afficher Attention, je parle explicitement de la fin.Masquer Attention, je parle explicitement de la fin.

L'auteur explique bien qu'Amy planifie tout: il est donc logique qu'elle ait gardé le sperme de Nick au cas où. Cependant, a-t-on le droit de récupérer du sperme dans une clinique, comme ça? Soit, elle est la femme de Nick, et l'échantillon aurait été détruit, mais je ne suis pas sûre qu'elle ait eu le droit de sortir le sperme aussi facilement. Ensuite, comment a-t-elle fait pour que le liquide soit inséminé en elle? Je ne pense pas qu'un médecin accepterait de le lui faire de manière clandestine. L'a-t-elle fait elle-même? Dans ce cas, comment? Je suppose que cela n'est pas à la portée de la première venue.

Par ailleurs, j'ai été déçue par la réaction de Nick au moment où Amy lui dit qu'il ne peut plus vivre sans elle. Quelqu'un do normalement constitué ne songerait qu'à fuir cette malade, ce monstre de narcissisme et de machiavélisme. Lui finit par penser qu'en effet, il ne pourrait pas aimer une femme normale parce qu'Amy est très intelligente et qu'il aime la pertinence de son esprit ainsi que son caractère extrémiste. C'est à croire que lui aussi a un petit problème mental. Cela me rappelle certains personnages de Brussolo qui pensent que le danger, au moins, ça les fait vivre à 100 à l'heure. Pour moi, cela dénote une certaine perversion assortie de masochisme. Du coup, la seule personne que j'ai vraiment plainte est l'enfant à naître.
Quant à l'acceptation finale de Nick, elle ne me convient pas. J'aurais aimé qu'il y ait un moyen de triompher d'Amy, rien que pour qu'elle ait le bec cloué une bonne fois, qu'elle ne soit pas la plus forte. Bien sûr, c'est aussi parce qu'il est souvent satisfaisant que le méchant soit puni, mais là, c'était surtout pour qu'Amy voie qu'elle n'avait pas tout prévu, qu'elle soit forcée de cesser de se croire supérieure à tous.

Remarque annexe:
«Brown house» (je suppose que c'est écrit ainsi dans la VO) est traduit par «maison brune», puis «maison marron».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet et Odile Cohen.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai peu entendu Julien Chatelet avant de lire «Les apparences». Sa lecture est fluide, son jeu est naturel, sa voix est nette. Il se glisse parfaitement dans la peau de Nick. Il ne modifie pas sa voix de manière exagérée pour les autres personnages.
Le rôle d'Odile Cohen était très délicat à jouer. Elle s'en est très bien sortie. Elle n'a pas modifié sa voix au moment de ce que j'appellerai le «changement», cependant, entre le début et le «changement», sa voix est un peu différente. Cela se joue à de subtiles intonations (moins souriantes, plus sourdes, plus froides), un timbre légèrement différent, une façon légèrement autre de parler... Bref, c'est un travail de force qu'elle a accompli avec brio. Je pense que cela n'a pas dû être facile à interpréter.

Le nom de famille du couple est Dunne. J'aurais compris que les comédiens le prononcent comme une dune de sable. Cependant, ils ont voulu (Ou leur a-t-on demandé?) le prononcer à l'anglophone. Ils ont donc dit «dioune». Seulement, en anglais, Dunne se prononce «doeune», comme dans le mot «done» («fini»). Je trouve dommage que les comédiens aient été mal renseignés sur la prononciation, car outre que c'est désagréable d'entendre une prononciation erronée, c'est un peu ridicule. À force de trop vouloir dire «à l'anglophone» pour ne surtout pas dire «à la française» (ce qui, pour moi, est trop souvent le cas dans les livres audio), on peut se fourvoyer.
Quant au prénom Amy, ils l'ont bien sûr prononcé à l'anglophone. Cela ne m'a pas dérangée, mais je n'aurais pas été choquée qu'ils disent «amie» ou «Emmy» (comme ils disent, d'ailleurs parfois).

La musique n'est pas trop présente. En outre, elle colle bien au roman.

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jeudi, 10 novembre 2011

Sur ma peau, de Gillian Flynn.

Sur ma peau

L'ouvrage:
Camille Preaker, trent-trois ans, est journaliste. Elle vit à Chicago. C'est alors que son patron décide de l'envoyer à Wind Gap, petit village du Misouri où deux fillettes ont été assassinées. Il pense qu'elle sera mieux à même de couvrir l'affaire que n'importe qui puisqu'elle en est originaire, et connaît ses habitants. Camille a quitté Wind Gap, justement à cause de sa mésentente avec sa mère, Adora.

Critique:
La principale qualité de ce livre est la finesse et le raffinement avec lesquels Gillian Flynn analyse et décrit la psychologie de personnages extrêmes et tourmentés. C'est eux que le lecteur suivra, c'est à leur rythme que son coeur battra.
C'est d'abord Camille, qui se voit obligée d'affronter son passé. Parfois, elle se mure dans une douleur muette. D'autre fois, elle se révolte, et explique sans détours pourquoi elle est ainsi. J'ai trouvé cela très courageux de sa part: elle dit ses quatre vérités à sa mère. Malgré l'ascendant qu'a celle-ci, la jeune femme lutte pied à pied, et ne s'en laisse pas conter. Malgré la mauvaise foi d'Adora, et la solitude dans laquelle elle est plongée, Camille parvient à ne pas s'enfermer dans un silence résigné. Peu à peu, elle démonte les mécanismes de la manipulation dont elle est victime, et fait face à la vérité. Vérité que le lecteur a devinée depuis longtemps. Cela ne m'a pas gênée, car c'est secondaire.
J'ai aimé que Camille s'interroge à la fin. Comment ne pas l'approuver? Comment ne pas admirer le courage dont elle fait preuve? Comment ne pas comprendre la peur qu'elle ressent?
J'ai beaucoup apprécié ce personnage bouleversant, attachant, si compréhensible...

Quant à Amma, elle effraiera et fascinera le lecteur. On ne pourra s'empêcher d'osciller entre pitié, terreur, dégoût. Amma et Camille se tirent toutes deux comme elles peuvent de la souffrance occasionnée par leur mère. Elles l'expriment différemment. Chacune sait (même inconsciemment) qu'Adora est néfaste, voire destructrice, (au final, il vaut mieux ne pas être aimé d'Adora, dont le prénom même est très ironique), et pourtant, elles ne peuvent s'en détacher. Ces relations compliquées sont très bien explorées et dépeintes par Gillian Flynn.
Amma est assez dérangeante, car lorsqu'elle fait quelque chose de répréhensible (aux autres ou à elle-même), on sait d'où vient son mal être, mais on ne peut s'empêcher de la blâmer, tout en se demandant (dans une certaine mesure) comment on réagirait à sa place.

Alan est pitoyable. Il ne sait être que le toutou d'Adora, et n'hésite pas à croire tout ce qu'elle dit, juste parce qu'elle l'a dit. Il est ridicule, voire méprisable. On dirait qu'il n'a pas vraiment de personnalité. C'est sûrement pour ça qu'Adora l'a choisi.

Quant à elle, on me dira que c'est un peu le même schéma qu'Amma... Peut-être... mais il me semble qu'Adora est plus lucide. Elle me paraît consciente de tous ses actes. Lorsqu'elle s'acharne sur Camille en lui expliquant que si elle ne l'aime pas, c'est de sa faute, ou en la forçant à montrer ses scarifications, elle sait parfaitement ce qu'elle fait. Elle sait qu'elle accentue la douleur et la détresse de sa fille, et elle le fait à dessein.
Quant au traumatisme qu'elle aurait subi, je pense qu'elle l'exagère. Elle joue les martyres pour se faire plaindre, et au fond, pour excuser sa conduite.

L'enquête peut paraître banale. À un moment, j'ai même soupiré d'exaspération parce que personne ne croyait James Capici, et on l'expliquait par des arguments fallacieux. Seulement, l'auteur sort une autre carte de sa manche, carte à laquelle je n'avais pas pensé.
Elle montre aussi à quel point certains peuvent être xénophobe: on accuse tout de suite l'étranger, ou du moins, la personne arrivée le plus récemment.
Une autre forme de rejet vient des femmes du village qui ont des enfants, et affirment que Camille ne peut pas comprendre la douleur des parents ayant perdu leurs enfants, puisqu'elle n'en a pas. Ces femmes ne se demandent pas pourquoi. Elles ne pensent pas une seconde qu'elles peuvent blesser Camille, que celle-ci voudrait peut-être des enfants, et que, de toute façon, le fait qu'elle n'en ait pas ne fait pas d'elle quelqu'un d'incapable de ressentir la douleur de personnes qui en ont perdu un.
En fait, beaucoup de villageois sont antipathiques. les personnes réellement sympathiques, et qui cherchent à comprendre, sont des étrangers: Camille (devenue autre, puisqu'elle a fui), Richard Willis (le détective envoyé à Wind Gap), John (arrivé à Wind Gap à l'adolescence)... J'y vois une forme de critique du repliement sur soi: les villageois ne s'ouvrent pas, et le font payer à tous. C'est d'ailleurs l'un des éléments qui fait que l'atmosphère de ce roman est tendue, voire oppressante.

Un roman fort, juste, écrit... au scalpel.

Remarque annexe:
À un moment, une femme pleure parce qu'elle veut d'autres enfants (elle en a trois), et que son mari ne veut pas, alors qu'elle en a toujours voulu beaucoup. Outre le fait que je trouve un peu restrictif de n'aspirer qu'à avoir une kyrielle d'enfants (je sais que cette remarque est subjective), j'avais envie de dire à cette pleureuse qu'elle n'avait qu'à en parler dès le départ avec son mari. C'est le genre de choses sur lequel il vaut mieux se mettre d'accord assez rapidement. Cette réflexion peut paraître froide, mais agir ainsi évite bien des déconvenues.

Éditeur français: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Random house audio.
Comme dans d'autres romans, j'ai apprécié la voix et le jeu d'Ann Marie Lee. Elle n'en fait jamais trop, jouant comme il faut pour rendre l'intensité et la pertinence du texte et des personnages. En outre, elle ne prend pas d'horribles voix pour les protagonistes masculins.

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