Le dernier des fous

L'ouvrage:
Hooker Winslow vit dans une famille aux relations mouvementées. Sa mère, Jessica, après un séjour à l'hôpital, ne quitte pas sa chambre. Sa tante, Rosetta, et son père, Nicholas, sont dépassés par les événements. Son frère, Gilbert, est morose et parfois méchant. Quant à Iris, la bonne, elle tente de ramener un semblant d'ordre dans la vie de Hooker.

Critique:
Ce livre rend d'abord une ambiance particulière. Il se déroule sur un été, et j'ai tout de suite été plongée dans une atmosphère estivale: chaleur, paresse, mais également un drame qui se joue lentement, et dont chaque acte préfigure les coups de théâtre finaux. En effet, ce roman semble lent. On dirait qu'il ne s'y passe pas grand-chose. Pourtant, au milieu d'actes ordinaires, l'auteur raconte des événements plus graves. La communication se fait très mal dans cette famille. Seule, Iris semble savoir quel devrait être le rôle de chacun. Les autres adultes n'assumant rien, elle tente d'être une soeur et une mère pour Hooker.

Nicholas semble perdu. Sa colère est toujours mal dirigée. D'une manière générale, il agit toujours à contretemps. Gilbert le lui fait remarquer de manière assez maladroite, mais il n'a pas tort. Il ne sait pas prendre sa femme ni ses fils. Il n'a de père que le nom.

Jessica n'a aucunement éveillé ma pitié. Je sais bien qu'on ne déprime pas pour rien. Mais c'est l'impression qu'elle donne. Elle a perdu son bébé, mais elle ne voulait pas d'autres enfants... De toute façon, on ne sait pas trop ce qui la perturbe... Bien sûr, tout est vu par les yeux de Hooker, et le lecteur n'a que son point de vue. Cela signifie que nous n'avons pas tout en main. Cependant, il me semble qu'elle ne fait aucun effort.

Hooker, maintenu la tête hors de l'eau par Iris, est le plus responsable de la famille. Il se débat entre ce qu'il voit, ce qu'on lui dit, ce qu'on tente de lui taire... Il est victime de l'indifférence de ses proches, étant donné que souvent, on ne lui demande pas de partir lors de conversations délicates. Il se cache parfois sous une insensibilité feinte, sachant très bien que peu de personnes voudront répondre à ses interrogations et le rassurer.
Il y a un semblant de répit lorsque Gilbert et Hooker partagent certaines confidences. Le lecteur y voit une échappatoire pour ces deux personnages, les voyant déjà se raccrochant l'un à l'autre, s'aidant mutuellement...

Le livre est structuré de manière linéaire, sauf le prologue qui se passe juste avant l'épilogue. J'ai trouvé ce prologue bien placé, car il n'en dévoile pas trop, et que le lecteur peut imaginer plusieurs scénarios quant à ce que veut faire l'enfant.
La fin est à la fois brutale et attendue. Elle peut choquer, car au premier abord, on ne pense pas à ce genre de choses. Pourtant, elle est préparée par l'attitude des adultes et par le projet (même s'il l'abandonne) que forme Hooker à un moment, afin d'aider son frère. Entre parenthèses, l'idée que se fait Hooker quant au danger que court Gilbert à ce moment-là, est à la fois terrible et amusante.

Un roman oppressant, dur, juste, qui ne laissera pas indifférent.

Éditeur: le Serpent à plume.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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