Le roman de l'été

L'ouvrage:
John est enfin seul dans sa grande maison. Il va pouvoir se consacrer à l'écriture.
Frédéric et Élodie vont bientôt avoir un enfant.
C'est bientôt dimanche: Jean et Claudine reçoivent leur fils à déjeuner,.
Mary, dont le couple n'est pas des plus harmonieux, se prépare à accueillir Vienna, rencontrée lors de vacances.

Critique:
La qualité essentielle de ce roman est sa vraisemblance. Il est à la fois simple et captivant. En effet, l'auteur nous conte des histoires assez banales, et il parvient à rendre cela attrayant.
L'ordinaire des situations décrites fait qu'au lieu de tomber dans l'ennui, on s'identifie aux personnages. L'auteur analyse, de manière assez juste, les petits tracas de la vie. Il nous représente l'inimitié entre une jeune femme et ses beaux-parents, un couple qui part à la dérive, une femme de quarante-cinq ans qui aimerait bien ne pas être seule, un couple qui remâche son obsession...
Le lecteur se doute bien que tous ces personnages sont liés, et il est assez sympathique d'essayer de trouver comment. C'est une espèce de chasse au trésor. ;-) J'ai aimé la subtilité de Nicolas Fargues à ce sujet.
D'autre part, à un moment, Élodie sous-entend que Mary et Frédéric aimeraient avoir une aventure. Cela aurait été très cliché. Heureusement, l'auteur évite l'écueil. La chose ne m'aurait pas déplu, mais j'aurais trouvé cela trop facile.

Outre les situations, les personnages sont intéressants. On s'attachera plus ou moins à eux: certains m'ont exaspérée, attendrie, amusée, émue.
Il va de soi que je n'ai pas trop apprécié Élodie, sans pour autant la trouver antipathique. Elle est agaçante parce que, si on analyse ce qu'en dit l'auteur, il lui faudrait un psy. Je ne l'ai pas détestée parce que je pense qu'elle peut s'arranger.
Frédéric est sympathique parce qu'il est extrêmement gentil, et veut toujours que tout le monde s'entende bien. C'est assez attendrissant, et en même temps, cela peut conduire le lecteur à être excédé par ce personnage.

Jean et Claudine aussi suscitent plusieurs sentiments. J'avoue qu'ils m'ont fait rire. Je me suis souvent moquée d'eux... j'ai notamment adoré le premier chapitre où on les voit (le chapitre 2). Mon rire est venu du fait qu'ils sont un peu... disons français moyens. Certains diront qu'ils sont peut-être un peu caricaturaux, mais je n'en suis pas si sûre. Ils m'ont fait penser à mes grands-parents, ce qui a accentué ma sympathie et mon rire.
C'est l'attendrissement qui prendra le dessus quand on voit le mépris d'Élodie à leur égard, et aussi leur impossibilité à obtenir une petite satisfaction de la vie.

John m'a également plu. Loup solitaire qui se remet un peu en question, ne parvient pas à tenir toutes ses résolutions, doit louvoyer entre son égoïsme et sa conscience...
À ce propos, j'ai apprécié la façon dont le thème de l'écriture est abordé. Là encore, John va recevoir des leçons inattendues.

J'ai moins apprécié Mary... elle a l'air parfait. La seule chose agaçante chez elle est qu'elle reste avec un goujat. De mon point de vue, ça ne la rend pas plus sympathique. J'ai plutôt eu envie de lui donner des claques.

C'est là l'une des forces de ce livre: en peu de pages, l'auteur nous présente des personnages réalistes, humains, qu'on ne peut que comprendre, même si on les apprécie à divers degrés. Tout le roman est bâti là-dessus. En refermant le livre, on se surprend à penser naturellement à ce que feront les personnages ensuite. Ils sont si vraisemblables qu'on les voit très bien évoluer après la période contée par le livre.
La fin est, elle aussi, tout en nuance. Certaines choses sont réglées, d'autres ne le sont pas totalement, mais ce n'est pas grave. C'est même plus réaliste. Par exemple, John parvient à faire un pas vers sa fille: il lui dit des choses importantes. Cela ne veut pas dire qu'ils vont soudain s'entendre à merveille, et que Mary va passer tout son temps libre chez lui. Cela veut dire qu'un pas a été fait. Peut-être sera-t-il suivi d'autres, peut-être pas...

J'ai également apprécié le style de l'auteur. Les passages narratifs sont très différents des dialogues. Pour ceux-ci, Nicolas Fargues utilise souvent une syntaxe très relâchée, ce qui, étant donné le contexte, est plus naturel. Il y a parfois des redondances, mais elles sont peut-être là à dessein.

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Schwartz pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice à la voix agréable et souriante. Elle interprète toujours très bien, quoique parfois, son jeu soit un peu trop mécanique pour moi. Cependant, sa lecture reste vivante.
J'ai été particulièrement agacée qu'elle prononce Mary à l'anglaise. Mon exaspération a été renforcée lorsqu'un passage m'a prouvé que selon l'auteur, il faut le prononcer à la française. En effet, quand Frédéric parle de Mary à Élodie, elle pense d'abord qu'il s'agit d'une autre femme qui s'appelle Marie, ce qui veut dire que Frédéric l'a prononcé à la française, ce qu'aurait dû faire la lectrice. On me dira que grâce à sa prononciation, j'ai eu la bonne orthographe du prénom. Soit, mais j'aurais pu la deviner, étant données ses origines.

Acheter « Le roman de l'été » sur Amazon