Auteur : Eyre Ward Amanda

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lundi, 26 mars 2012

Ferme les yeux, d'Amanda Eyre Ward.

 Ferme les yeux

L'ouvrage:
2010.
Lauren Madhian, trente-deux ans, travaille dans l'immobilier. Elle vit avec Jerry qui aimerait qu'elle accepte ses demandes en mariage.
La jeune femme ne se remet pas du meurtre de sa mère, vingt-quatre ans plus tôt, d'autant que le coupable est son père. Alex, le frère de Lauren, tente de prouver l'innocence de leur père.

Critique:
Encore une fois, j'ai été emportée par l'écriture sensible et si juste d'Amanda Eyre Ward.

Le schéma de ce roman rappelle beaucoup celui de «À perte de vue»: une jeune femme fragile psychologiquement à cause d'un traumatisme, une autre femme qui semble n'avoir aucun rapport... Lauren rappelle beaucoup Caroline. Elle exprime son mal être un peu différemment (crises d'angoisse, refus de s'investir totalement dans sa relation, refus d'évoquer ce qui fait mal...), mais on retrouve un peu Caroline dans les errances de Lauren. Son refus d'évoquer franchement l'affaire la ronge. Tout ce qu'elle a enfoui en elle se bat pour sortir... notre héroïne lutte contre elle-même, pensant ainsi conserver son équilibre précaire. C'est un personnage très intéressant dont la psychologie est très bien analysée.

Je n'ai pas pu m'attacher à Victoria. Si j'ai fini par comprendre pourquoi elle est dans un état lamentable, pourquoi elle a raté sa vie, pourquoi elle n'a même pas la force de s'occuper de ses filles, je n'ai pas pu m'attacher à sa personnalité avant les faits décisifs. En effet, même dans son enfance, elle était sournoise, avait un goût inconsidéré pour le risque (Insouciance? Témérité? Bêtise? Besoin de se prouver quelque chose?) et ne semblait pas vraiment avoir un bon fond. L'auteur explique cela par son éducation. Je le comprends, mais je n'ai pas réussi à apprécier ce personnage avec cette seule excuse.
Sa psychologie est également très bien analysée. C'est un protagoniste criant de vérité. Je ne l'ai pas aimée, mais l'auteur a su en faire un personnage vivant, précis, épais, creusé.

C'est d'ailleurs le cas de tous les personnages de ce roman. Certains plairont plus ou moins au lecteur, mais on ne peut sûrement pas dire qu'ils ne sont pas crédibles ou qu'ils sont bâclés!
Izaan (le père d'Alex et Lauren), restera quelque peu mystérieux. À son sujet, j'aurais aimé que certaines choses soient davantage développées, mais cela ne fait pas de lui un protagoniste brossé à trop grands traits. Il est réaliste, bien que gardant de petites zones d'ombre. Zones que le lecteur peut s'amuser à combler, d'ailleurs. Paradoxalement, elles pourraient accentuer sa vraisemblance, car on ne sait jamais tout de quelqu'un, sauf si on le connaît très bien.

La structure du roman m'a paru pertinente. J'ai été un peu déroutée de rencontrer Sylvia après m'être plongée dans la vie de Lauren, mais Amanda Eyre Ward sait intéresser son lecteur dès qu'elle présente un personnage. De ce fait, ma gêne n'a pas duré.
Au niveau de l'intrigue, tout est cohérent. Cependant, il est un point dont j'ai dû discuter avec mon mari (qui m'a enregistré le livre) pour comprendre la solution. L'explication était évidente (elle est fortement suggérée dans le roman), mais pour moi, elle était impensable au point de ne m'être pas venue à l'idée! C'est quelque chose que je ne ferais absolument jamais, même dans un endroit calme, même dans un village dont je connaîtrais et apprécierais tous les habitants! (Je suppose que les personnes ayant lu le roman comprendront de quoi je parle.)
À propos d'Alex, je pressentais que cela se passerait ainsi, mais je me demandais comment la romancière résoudrait certaines choses. Son explication est vraisemblable, et je me demande pourquoi je n'y avais pas pensé toute seule. Parfois, les choses les plus banales ne viennent pas à l'esprit.
J'aurais aimé que la fin pose davantage les choses. Rien n'est bâclé, mais c'est un peu rapide... On aurait envie d'en savoir plus... J'avais également eu ce sentiment avec «À perte de vue», mais je m'étais fait la réflexion qu'en fait, tout était dit. C'est également le cas ici, mais j'aurais aimé quelque chose de plus développé. Je pense tout simplement que je n'avais pas envie de quitter les personnages.

Remarques annexes:
J'ai bien aimé la digression immobilière où Lauren explique l'esprit retors de ceux qui cherchent une maison.
J'adore l'idée du blog de Jerry! ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Buchet-Chastel

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lundi, 17 janvier 2011

À perte de vue, d'Amanda Eyre Ward.

À perte de vue

L'ouvrage:
Caroline Winters a trente-deux ans. Elle travaille au bar le Eyeball.
Cette année-là, lorsqu'elle se rend chez sa mère, Isabelle, pour passer Noël en famille, celle-ci lui montre une photo parue dans People Magazine. L'article a été écrit dans le Montana. Parmi les badauds pris au hasard, une femme ressemble très exactement à ce que serait Ellie, la soeur de Caroline, disparue seize ans plus tôt. Isabelle demande à sa fille d'aller dans le Montana afin de retrouver cette femme.

Critique:
Après avoir lu «Le ciel tout autour», j'ai voulu lire d'autres livres de cet auteur. Maintenant que j'ai lu «À perte de vue», je tiens à lire tous les écrits de cette dame. :-) Je crois qu'il me reste un roman et un recueil de nouvelles à découvrir.

En peu de pages, Amanda Eyre Ward parvient à aborder plusieurs thèmes de manière fine et juste au travers de personnages criants de vérité.
Les réactions et les actes des personnages permettent d'analyser divers thèmes sous plusieurs formes. Chacun vit différemment la disparition d'Ellie: Madeline se jette dans la vie, Caroline met la sienne sur pause, et Isabelle affiche délibérément qu'elle ne perd pas espoir de la retrouver.
Chacune culpabilise, et cela rejaillit à chaque instant sur leurs actes, leurs façons de penser.
D'autres personnages représentent une autre forme de souffrance, mais je n'en parlerai pas, afin de ne pas trop en dévoiler.

Le roman est une enquête pour le lecteur. À l'intérieur de cette enquête, Caroline mène la sienne. Fort de certains éléments, le lecteur sait ce qu'il y a à savoir lorsque Caroline rencontre la strip-teaseuse. Bien sûr, cette rencontre (et ce qui s'ensuit) est là pour faire douter le lecteur, mais aussi pour montrer que rien n'est simple. Il aurait été peu crédible que Caroline obtînt toutes les réponses à ses questions aussi rapidement.

Étant tordue, j'ai deviné ce qui s'était passé au moment où la naissance de l'un des personnages a été annoncée. Je n'avais pas trouvé tous les éléments, mais je savais, en gros, comment les choses étaient arrivées. Cela n'a absolument pas gâché ma lecture. Je me suis plu à voir les pièces du puzzle s'assembler peu à peu. De plus, si l'enquête est importante, c'est surtout la psychologie des personnages qui compte. J'avais trouvé les faits, mais j'ai apprécié de lire la façon dont ils s'étaient déroulés, s'expliquant les uns et les autres par les motivations de personnages blessés, dont certains ont fait de mauvais choix. Par exemple, Isabelle, qui, pour ne pas abandonner ses rêves, a été trop prompte à saisir une chimère. Certains ont subi les choix d'autres personnes.
Tout cela fait réfléchir sur la portée de nos actes, de nos décisions.

Les personnages sont attachants, et on les comprend. La plupart d'entre eux ont éveillé ma compassion jusqu'à un certain point. Ils agissent parfois stupidement, ou hors de propos, mais on ne peut leur en vouloir...
Il en est un que j'ai compris, mais pour qui je n'ai pu éprouver de la compassion. Il n'a fait que renvoyer la souffrance qu'il avait connue.
Isabelle m'a aussi parfois agacée: elle n'assume pas toujours ses actes comme elle le devrait...
Le père des filles Winters n'est pas assez développé, à mon goût. On devine qu'il n'est pas totalement manichéen, mais j'aurais aimé en apprendre davantage.
Caroline est mon personnage favori. Il m'a semblé qu'on pouvait très facilement s'identifier à elle. Aux autres aussi, bien sûr, mais elle est, pour moi, le personnage le plus marquant du roman. Peut-être parce qu'elle en est la narratrice.

Ce livre fait partie de ceux auxquels je ne trouve rien à redire. On me dira que certaines coïncidences sont peut-être un peu grosses, mais je pense que l'auteur a soigné son roman, et a trouvé comment faire en sorte que les événements ne paraissent pas si invraisemblables. Elle a su distiller les indices, conter les histoires, expliquer les faits... Il restera quelques zones d'ombre: des détails mineurs dont le lecteur devra décidé s'ils se sont passés de telle ou de telle manière.
Je recommande vivement ce livre et cet auteur en général!

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 3 janvier 2011

Le ciel tout autour, d'Amanda Eyre Ward.

Le ciel tout autour

L'ouvrage:
Karen, vingt-neuf ans, est dans le couloir de la mort d'une prison texane. Elle sera exécutée le 25 août. Elle est accusée d'avoir assassiné des hommes après avoir couché avec eux. Si, dans certains cas, la légitime défense pourrait être prouvée, ses derniers meurtres restent inexplicables. Parmi ses victimes, Henry, un passant innocent, qui s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

Célia, la veuve d'Henry, ne se remet pas de cette perte. Voilà cinq ans qu'elle attend l'exécution de Karen.

Franny hésite à se marier. C'est alors que la perte de son oncle lui fait prendre certaines décisions.

Critique:
Voilà un livre bouleversant, dont la force n'est gâchée par aucune longueur. Un livre qui crie que rien n'est aussi simple qu'on pourrait le croire, en analysant pertinemment des personnages, et les situations auxquelles ils sont confrontés sans jamais tomber dans le mièvre ou le pathos.
L'auteur entremêle trois intrigues, les vies de ces trois femmes, venues de milieux différents, ayant des existences dissemblables, et qui, pourtant, auront affaire les unes aux autres. Il est assez étrange de voir se côtoyer la détresse de ces femmes: chacune souffre à sa manière, à son échelle.

Le personnage de Karen est complexe. Ce n'est pas simplement une meurtrière. Entre ce qu'elle a vécu, les agressions qu'elle a subies, et son amour pour Ellen, on la trouvera terriblement humaine. On pourra expliquer qu'elle ait fini par perdre les pédales, et ait tué des personnes qui ne lui avaient rien fait.
Faut-il ressentir de la compassion pour ce personnage? Faut-il la considérer froidement? Justement, il n'y a pas de conduite appropriée. On ne peut que déplorer que Karen n'ait pas été aidée avant, car bien sûr, il est trop tard, puisqu'elle a commis l'irréparable.
L'attitude des gens vis-à-vis de Karen est partagée, et montre bien que chacun voit les choses selon un certain angle. Tout cela m'a fait réfléchir. Franny n'a pas subi de perte à cause de Karen, elle n'éprouve donc aucune rancoeur à son égard, et demande un peu de compassion pour une femme rongée par la maladie. C'est la même chose quant à l'avocat de la meurtrière.
Célia est aveuglée par son incommensurable chagrin. Elle reconnaît que l'exécution de Karen ne lui rendra pas son mari, mais elle souhaite que quelque chose soit fait. Et là encore, on la comprend. Bien sûr que la justice ne pourra pas ramener Henry, mais on ne va pas s'abstenir de punir les coupables sous prétexte qu'il est trop tard pour les victimes.
Tout au long de ma lecture, je n'ai pu me résoudre à prendre parti ni pour l'argument de Célia ni pour celui de Franny. Je comprenais trop bien les deux situations. Au final, quelqu'un a décidé, et il me semble que cette personne a su montrer une certaine ouverture d'esprit. Je ne sais pas si j'en serais capable.

Célia, outre son besoin de justice, est attachante. On se mettra très facilement à sa place. Elle ne fait pas son deuil de son mari, c'est normal. On dit que le temps guérit les blessures, mais certaines ne cicatrisent jamais.
À part cela, Célia est assez sympathique dans son quotidien, ses interrogations, ses tentatives d'améliorer sa vie...

Franny est également sympathique au lecteur. Elle va à l'essentiel un peu trop tard, mais elle se remet en question. On regrettera quand même qu'elle n'ait pas compris certaines choses plus tôt.

L'auteur nous fait partager l'existence des femmes qui attendent dans le couloir de la mort. On entre dans leur vie, leur intimité, et elles ont toutes une histoire à raconter.
Parmi les compagnes de Karen, le personnage de Tiffany interpellera le lecteur. Je ne peux pas trop en dire, mais il serait intéressant d'étudier sa psychologie? Est-elle schizophrène? A-t-elle occulté des faits trop insupportables? Mais dans ce cas pourquoi a-t-elle agi ainsi? Tout cela est très complexe.

Bref, un livre qui soulève de bonnes questions, qui est bien écrit, documenté, et plein de sensibilité.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par madame Dejoie pour l'association Valentin Haüy.

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