Le jeu des ombres

L'ouvrage:
Novembre 2007.
Gil soupçonne sa femme, Irène, de lui être infidèle. Il commence donc à lire son journal. La jeune femme le découvre, et décide de tenir deux carnets: celui que lit Gil ne dira que ce qu'elle souhaite qu'il interprète.

Critique:
Avec délicatesse, mais sans complaisance ni excès, Louise Erdrich analyse les relations complexes de ce couple. Les deux personnages se comprennent, connaissent les failles de l'autre, ne peuvent vivre sans l'autre, et pourtant... Gil est narcissique, manipulateur, violent... Il pense qu'il peut tout arranger à coups de cadeaux grandiloquents... Irène sait que leur relation est devenue toxique, et elle se réfugie dans la boisson. il est évident que rien n'est simple. Cette relation tumultueuse, vivifiante, mais vénéneuse et inextricable ne peut se résumer à: «Elle aurait dû le quitter.», même si je l'ai plusieurs fois pensé au long de ma lecture. Je peux comprendre qu'une personne maltraitée (surtout psychologiquement) par son conjoint ne trouve pas la force de partir, d'autant qu'elle l'aime encore, mais cette personne me semble impardonnable lorsque la vie de ses enfants est en jeu. Irène pense à eux, mais très mollement. Elle n'a pas la force de tout quitter pour eux, ni de leur parler franchement. Si Gil n'est pas un bon père, elle ne vaut guère mieux. Le couple est trop absorbé par sa relation, aucun d'eux ne fait réellement cas des enfants, même si Irène s'en préoccupe davantage.
Elle tente certaines choses pour retrouver sa liberté. Mais ses méthodes (même celle qui consiste à prendre Gil à son propre piège) ne sont pas assez expéditives.

J'ai admiré le bras de fer psychologique auquel se livrent les deux protagonistes. Une partie d'échec difficile de laquelle il est impossible de dire qui sortira gagnant. En effet, au plus fort d'une dispute, Gil et Irène peuvent soudain partager un incroyable moment de complicité. Je pense surtout à la scène lors de leur seconde visite chez la conseillère conjugale. Cette scène est sûrement la plus brillante du roman. Elle réunit tous les sentiments compliqués et extrêmes que Gil et Irène ressentent l'un pour l'autre.

J'ai aimé la structure du roman. Tour à tour à la première et à la troisième personne, il jongle entre les points de vue, la réalité, sa transformation, les interprétations de chacun. Outre une étrange polyphonie qui déroutera quelque peu le lecteur, cette structure à l'aspect décousu prendra tout son sens et s'expliquera.

Quant à la fin, je ressens la même chose que Riel. Elle décrit assez bien tout ce par quoi je suis passée... Il est assez étonnant qu'un personnage (qui se fait ici narrateur) devine si bien les pensées du lecteur. Cela montre bien que ce roman est le fruit d'une réflexion poussée et aboutie. On pourrait le voir comme banal à cause du thème traité. Néanmoins, la psychologie des personnages et la description de leurs relations montrent que l'auteur a pesé chacun de ses mots. D'ailleurs, le roman ne souffre d'aucun temps mort.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel

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