Les deux orphelines

L'ouvrage:
Michel et Thérèse sont très pauvres. Ils ont une fille, Henriette. Lui est ébéniste, mais il n'a pas beaucoup de travail.
Le couple est si démuni que Thérèse, qui ne mange pas à sa faim, n'a plus de lait pour nourrir sa fille. Désespéré, son mari décide d'aller déposer l'enfant devant une église. Elle sera trouvée par une personne attentionnée, pense-t-il. Quelqu'un la recueillera, et elle ne manquera de rien.
Michel dépose donc Henriette. Au moment où il va repartir, il entend un petit cri plaintif. Il découvre une enfant dont les parents ont sûrement eu la même idée que lui. Il se rend compte qu'il ne peut se résoudre à abandonner sa fille. Il la ramène donc chez lui, ainsi que l'autre bébé. Il ne sait pas comment il fera, mais il doit sauver ces enfants.
C'est Thérèse qui découvrira ce qui est caché dans les langes du bébé trouvé par son mari. Le bébé en question s'appelle Louise.

Critique:
Il faut lire ce livre en se remettant dans le contexte de l'époque. Il ne faut jamais perdre cela de vue. Ce roman a été publié au dix-neuvième siècle, et fait partie de ce que l'on appelle les «romans larmoyants«. Effectivement, certains passages sont assez gnan gnan, surtout pour le lecteur d'aujourd'hui. Par exemple, Louise s'adresse souvent à tort et à travers à Dieu. De plus, pendant un assez long moment, Louise et Henriette sont séparées. Louise pense que si on la ramène à l'endroit où sa soeur a été enlevée, celle-ci sera revenue et l'y attendra. Dès qu'elle croit être au susdit endroit, elle se met à hurler quelque chose comme: «Mon Henriette, je suis là! C'est moi, ta Louise!« Sa geôlière, la Frochard, lui intime alors de ne pas crier. Elle dit cela car elle ne veut pas que les gens puissent penser qu'elle n'est pas sa mère. Le lecteur, quant à lui, est d'accord avec la «méchante« sur le fait que Louise ne devrait pas crier comme ça. Il n'a pas les mêmes raisons que la Frochard, mais il se trouve gêné, car il est d'accord avec elle contre Louise. Il ne peut s'empêcher de rire, d'abord à cause de la façon dont Louise s'exprime, et aussi parce qu'elle croit qu'en hurlant dans la rue, elle va retrouver sa soeur. La pauvre Louise connaît bien des déboires, et le lecteur compatit à sa douleur, mais il ne peut s'empêcher de rire, parfois, à cause de son attitude. Malheureusement, on a du mal à prendre ce personnage au sérieux, même si on compatit. Bien sûr, ceci est le point de vue d'une lectrice de 2007. A l'époque où le livre a été écrit, et étant donné ses visées, le comportement de Louise n'est pas risible ou agaçant.
D'une manière générale, tous les personnages sont un peu comme ça, mais Louise gagne le pompon.

Les méchants, Jacques Frochard et sa mère, sont très méchants. Ils veulent seulement qu'on leur donne le plus d'argent possible, afin de pouvoir boire tout leur soûl.
Marianne représente la pêcheresse qu'une bonne action (un sacrifice, même), ramènera dans le droit chemin, et qui sera lavée de ses péchés.

Le livre est un peu facile. On se doute de la fin, mais on ne sait pas trop par quelles péripéties les personnages vont passer. Certaines de ces aventures sont là pour faire traîner l'intrigue, et cela peut être agaçant, mais c'est la loi du genre. Et encore, certains romans de ce genre sont beaucoup plus longs et traînent beaucoup plus.
Ce roman m'a plu. En le prenant pour ce qu'il est, en le remettant dans son époque, on peut comprendre qu'il ait eu un grand succès, en tant que roman populaire. Il m'a un peu changée de ce que je lis habituellement. Certaines choses me paraissaient un peu grosses, mais j'ai trouvé cette lecture sympathique. Parfois, un bon mélodrame où tout se termine bien, ça ne fait pas de mal!
En complément de cette critique, vous pouvez lire ce qu'en dit Gallica.

Éditeur: Marguerat.
Mention spéciale à Henriette Kunzli, la lectrice bénévole qui a enregistré ce roman pour la Bibliothèque Sonore Romande. Elle a su rendre les intonations des personnages, a su jouer sans surjouer. En général, cette lectrice lit bien, mais j'ai été étonnée par sa façon juste de lire ce roman, qui, à notre époque, est assez difficile à interpréter, à mon avis.

Acheter « Les deux orphelines » sur Amazon