Auteur : Emecheta Buchi

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jeudi, 8 novembre 2012

Les enfants sont une bénédiction, de Buchi Emecheta.

Les enfants sont une bénédiction

L'ouvrage:
Nigeria.
Nnu Ego est la fille aimée d'un chef de village. Elle a fait un mariage d'amour. Cependant, elle reste inféconde. Son mari épouse une autre femme qui lui donne très vite un fils.
Nnu Ego finira par trouver un mari, à Lagos. Il s'agit de Naïf. La jeune femme aura des enfants.

Critique:
Buchi Emecheta s'attache d'abord à décrire la diversité des cultures au sein d'un même pays. Nnu Ego est d'abord déroutée du métier de son second époux, puis d'autres coutumes qui ne sont pas celles de son village. Elle doit s'adapter, et ne comprend pas toujours pourquoi. Par exemple, elle trouve dégradant que Naïf s'abaisse à travailler pour «l'homme blanc». Elle est pourtant bien forcée de reconnaître que cela l'aide à vivre.

C'est également un monde en mouvement que dépeint l'auteur. Les choses bougent, certains enfants de notre héroïne savent qu'ils s'en sortiront par les études, et leur ambition les fait agir de manière que leur père ne comprend pas. Nnu Ego en souffre, mais elle sait que les enfants agissent pour leur propre bien, et ne leur en veut pas de cette espèce d'individualisme. Pourtant, ils ne sont pas ingrats. C'est seulement qu'ils ne peuvent pas aider leurs parents financièrement tout en payant leurs études.
Les filles aussi, à leur manière, veulent échapper au joug paternel et au destin qui leur est tracé, car elles souhaitent que leurs maris leur plaisent.

Dans ce monde qui change, il n'y a plus de place pour les superstitions qui régissait la vie des ancêtres. Ainsi, l'aîné des enfants ne croit-il pas qu'il doit tenter de discuter avec son tchi (l'âme de celui ou celle qui décide de son destin), pour s'en sortir. Là encore, c'est une façon de renier ce que ses parents lui ont appris, donné. Cependant, c'est nécessaire à une évolution positive.

L'héroïne a du caractère, Se braque parfois sur certaines choses. Cependant, on retiendra surtout son courage et son abnégation. C'est elle qui porta son foyer à bout de bras. Elle sut également comprendre chacun de ses enfants, et les fit toujours passer avant elle. J'aime bien la leçon de sagesse qu'elle tire de sa vie. Cela montre également une évolution de sa part. Et finalement, par-delà la mort, elle en fait profiter les inconséquentes.
C'est un beau portrait de femme.
Sa vie illustre toute l'ironie que peut avoir le titre. En effet, il peut se comprendre de deux façons différentes.

Les protagonistes du roman sont confrontés à la seconde guerre mondiale. Elle est si loin d'eux géographiquement, mais aussi moralement, qu'elle est abstraite pour eux. Ils comprennent confusément qu'ils sont utilisés par les colons, mais n'ont pas la force de s'en révolter. D'autant qu'on leur donne une compensation financière, laquelle est la bienvenue.

Le premier chapitre montre Nnu Ego à un moment clé de sa vie, puis à partir du deuxième (qui se passe avant sa naissance), le récit est linéaire. J'ai trouvé le premier chapitre inutile, mais il ne m'a pas gênée. En effet, il peut avoir un certain intérêt, car le lecteur peut s'amuser à essayer de le replacer dans son contexte pendant les premiers chapitres.
J'ai bien aimé le récit de la vie des parents de Nnu Ego. De par le style adopté par l'auteur et la culture qu'elle y décrit, cela m'a fait penser à un récit légendaire, un «conte réaliste».

Éditeur Gaïa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Outre que le roman est bien interprété, j'approuve le parti qu'a pris la lectrice quant aux noms africains. Elle n'a pas tenté de les compliquer. Par exemple, je ne sais pas pourquoi, mais quand il y a un «u» dans un prénom étranger (surtout africain), beaucoup de lecteurs disent «ou» Ici, Martine Moinat a prononcé les noms comme ils s'écrivaient, sans vouloir les compliquer de fioritures inutiles et désagréables.

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lundi, 14 août 2006

Gwendolen, de Buchi Emecheta.

Gwendolen L'ouvrage:
Gwendolen habite en Jamaïque avec ses parents, Winston et Sonia, sa grand-mère, Naomi, et oncle Johnny.
Un jour, son père s'en va en Angleterre où il trouvera du travail.
Plus tard, sa mère part le rejoindre.
Gwendolen reste avec sa grand-mère qu'elle aide de son mieux, malgré son jeune âge, et avec oncle Johnny. Ce dernier est très apprécié de Naomi, et des voisins... Gwendolen le sait, et elle est persuadée que personne ne la croirait si elle disait qu'il vient la voir, dans sa chambre, presque toutes les nuits... Le mieux, pense-t-elle, c'est de partir. Mais elle est jeune, et au bout d'une journée, elle a envie de rentrer chez elle. Elle finit par tout dire à sa grand-mère.

Critique:
Gwendolen est élevée par des gens qui ne savent pas communiquer, qui sont un peu rustres... D'abord, sa grand-mère, puis ses parents. En effet, elle finit par se rendre en Angleterre, chez ses parents.
C'est une très gentille petite fille qui ne rêve que de l'amour de ses parents. Elle est prête à donner sa confiance à qui se montre chaleureux avec elle. Malheureusement, elle évolue au milieu de personnages trop simples.
Sa grand-mère la comprend, mais la pauvreté la rend aigre.
Sa mère ne voit en elle qu'une boniche. Plus tard, on pense qu'elle saura la comprendre, mais non. La superstition reprend le dessus, et elle ne veut pas voir la détresse de sa fille. La souffrance et la colère l'aveuglent. Elle finira quand même par comprendre ce qui se passe.
Lorsque Gwendolen arrive en Angleterre, il y a une scène qui m'a beaucoup émue, la scène où elle retrouve son père, et où elle lui sourit, l'appelle papa sans mal, (malgré le temps écoulé depuis qu'ils se sont vus), où elle lui donne son coeur. On est content, on se dit que Gwendolen va repartir sur de nouvelles bases, et va peut-être réussir à oublier les viols répétés qu'elle a subis. Malheureusement, le sort s'acharne sur elle...

Le livre nous montre une famille simple, dont les membres ne veulent pas ou ne peuvent pas comprendre certaines choses, car ils sont englués dans les traditions, dans le "ça devrait se passer comme ça". Par exemple, sans vouloir faire de sa fille une domestique, Sonia la fait surtout venir en Angleterre pour qu'elle l'aide dans son travail quotidien.
Plus tard, lorsque l'un des personnages abuse de Gwendolen, il se dit que de toute façon, c'est à elle de le repousser, ça a toujours été aux femmes de repousser les hommes quand elles ne veulent pas.
Ce sont des considérations assez primitives...

On y voit aussi différentes cultures qui ne se comprennent pas. Lorsque Naomi meurt, le propriétaire de l'appartement que louent les parents de Gwendolen leur annonce qu'elle est malade. Il est nigérian, et dans son pays, on annonce que la personne est malade par délicatesse. L'interlocuteur doit comprendre que la personne est morte. Seulement, Sonia et Winston ne connaissent pas cette culture, et font de folles dépenses pour acheter des médicaments pour Naomi...

Gwendolen est étouffée par son secret que personne ne veut comprendre, et que ceux qui l'ont compris ne veulent pas matérialiser en le disant. Le poids de l'incompréhension qui l'entoure la pousse à piquer des crises de nerfs.

Si le roman dépeint une certaine misère, la fin est un espoir.
Gwendolen transforme le résultat de l'abjection qu'elle a subie en amour.
Sonia ouvre les yeux. Un peu difficilement, il est vrai. On espère qu'elle apprendra à communiquer avec sa fille.

C'est un livre qui mélange subtilement les moments d'émotion dus à la joie, et les moment d'abattement dus à l'incompréhension. Je le conseille.

Éditeur: Gaïa,.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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