Amitiés mortelles

L'ouvrage:
Londres.
Edward Newson, jeune inspecteur de police, se voit confier une enquête délicate. Des personnes sont retrouvées tuées de manière extrêmement sadiques. Le tueur n'a pas le même modus operendi pour commettre ses meurtres. Les victimes ne semblent avoir aucune connaissance commune. Pourtant, un lien s'établit entre elles... un lien ténu, mais indiscutable.

Critique:
Plusieurs choses font que ce roman policier sort des sentiers battus.
D'abord, le lien qui unit les victimes: tous ces gens sont détestables depuis leur plus jeune âge. Le lecteur se demande plusieurs fois, au cours de la lecture du roman, s'il a vraiment envie que l'assassin soit attrapé. Surtout quand on voit les dégâts psychologiques qu'ont causé ses victimes à leurs victimes. Ça nous fait donc réfléchir sur la notion de justice, et rien n'est manichéen.

Ensuite, ce roman ne se contente pas d'une intrigue policière. C'est un portrait assez féroce d'une certaine société. Les anciens camarades de lycée de Newson et lui-même se retrouvent, et on voit que la plupart sont toujours aussi superficiels. Ils ne seront jamais du même monde que tel ou tel qu'ils méprisaient avant, et qu'ils continuent de mépriser, malgré le vernis des bonnes manières. Christine ne se repent pas vraiment d'avoir été une peste jusqu'au bout; Newson ne se repent pas d'avoir été un crétin; celui qui se repent, on peut, par la suite, douter de sa sincérité, étant donné ce qu'il expliquera à Newson. C'est assez choquant de constater que tous ces gens n'ont pas évolué, qu'ils restent englués dans leur bêtise, dans leur catégorisation de tout et de tous, dans leur égocentrisme. Même Newson, qui semble pourtant sensé, a des réactions assez discutables.

Ensuite, le roman montre bien quels dégâts peut faire l'amour lorsqu'il est donné à la mauvaise personne. Dès que Newson parle à Christine, il se transforme en abruti, fat, et piétine certaines valeurs. Tout ça pour quelqu'un qui en vaut si peu la peine. Bien sûr, cet «amour» qu'il éprouve pour Christine est artificiel, il le sait lui-même.
Natacha aussi fait des choses insensées par amour. Elle s'accroche à une relation qui ne lui convient pas, qui lui apporte, la plupart du temps, de la souffrance. pourtant, c'est quelqu'un d'intelligent, qui a de la jugeote pour tout, sauf pour cela. Les arguments qu'elle avance au cours de ses altercations à ce sujet avec Newson sont assez choquants, car elle reste confinée dans un raisonnement, sans vouloir accepter un autre point de vue. Là encore, on me dira qu'au fond, Natacha savait que cette relation était destructrice. Il est amusant de noter qu'en français, le diminutif qu'emploie le petit ami de Natacha pour s'adresser à elle résume à lui seul tout ce qu'il pense d'elle et comment il la voit, même s'il est épelé différemment des noms communs. Bien sûr, ce n'est pas fait exprès, puisqu'en anglais, ça ne veut pas dire la même chose.
Le personnage d'Helen est intéressant. Il fait passer le lecteur par tout un tas de sentiments: compassion, dégoût, admiration, sympathie, horreur...

Enfin, ce roman contient une assez bonne dose d'humour: comique de situation (par exemple, la scène de baise (il n'y a pas d'autres mots) le jour où Helen se rend chez Newson est à la fois écoeurante et amusante), comique de mots...

Seul hic: j'ai deviné assez rapidement qui était l'assassin.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sibylle Blanc pour la Bibliothèque Braille Romande.
Sibylle Blanc est une lectrice enjouée et dynamique. Elle a très bien su interpréter ce roman, surtout les moments amusants. Elle a quelque peu changé sa voix pour certains personnages, mais elle l'a fait de manière subtile et intelligente. Ça a apporté un plus au roman, car ce n'était pas du cabotinage. On sent qu'elle prend part à ce qu'elle lit, qu'elle y met tout son coeur avec habileté et talent, qu'elle joue à merveille. Bref, bravo!!!

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