Murkmere

Note: J'ai classé cet ouvrage dans «fantastique», car l'élément central du roman est la possibilité qu'a l'un des personnages de se transformer en oiseau. Cependant, le fantastique ne domine pas.

L'ouvrage:
Agnès Cutter va travailler à Murkmere en tant que demoiselle de compagnie de Leah, la jeune fille du domaine. Élisa, la mère d'Agnès, a été gouvernante à Murkmere.

Dès le départ, Leah se montre capricieuse et provocante. Elle rejette Agnès qu'on lui impose. En effet, le père de Leah et l'intendant ont demandé à Agnès de surveiller l'adolescente qui s'éloigne parfois du domaine, et se rend près de l'étang.

Critique:
Le plus important, dans ce roman, c'est qu'il aborde avec subtilité le thème de la différence. Il décline ce thème de plusieurs façons. Leah est le coeur de ce thème. En apparence, elle est différente parce qu'elle est double (elle peut se transformer en cygne). Cela paraît un peu gros, dit comme ça, mais l'auteur ne s'arrête pas à cela. Elle choisit une différence flagrante, et en montre les conséquences: intolérance engendrée par la peur, incompréhension, refus d'accepter... Tout cela est très bien exploité et finement décrit, ainsi que le thème de la liberté, représenté par l'envol de l'oiseau, par la machine volante que garde le père de Leah. Cette machine symbolise à la fois la liberté souhaitée (elle vole), et l'impossibilité de saisir cette liberté (il faut plusieurs hommes pour la déplacer, car elle est gardée dans une pièce fermée, et ne fera jamais ce pour quoi elle est faite).

Le personnage de Leah est également intéressant. Au début, elle semble être une peste, mais quand on se donne la peine de creuser, elle est bien plus complexe. Elle est solitaire par la force des choses, avisée, a un fort caractère, et peut entrer dans des colères noires, colères que le lecteur comprend. Dans un monde régi par la superstition que les puissants font régner afin de mieux assujettir ceux qui y croient, Leah est une bouffée d'oxygène: elle cherche à comprendre, se moque des signes et des superstitions. La scène où elle fait enrager Agnès en lui prenant son talisman est représentative: au premier abord, Leah a l'air d'une sale gamine dont le but est de terroriser sa nouvelle demoiselle de compagnie. En fait, elle fait cela pour forcer Agnès à réfléchir.

Le personnage d'Agnès est également intéressant à étudier. Comme elle le souligne elle-même, elle évolue au cours du roman. Elle croit aux superstitions, mais elle apprend de ses erreurs, et se rend compte qu'il ne suffit pas d'être beau pour être bon. Tous ses actes sont guidés par le désir de bien faire. Ainsi, lorsqu'elle détruit la peau de cygne, le lecteur comprendra le désespoir de Leah (trop choquée pour accepter les motivations d'Agnès), et celui d'Agnès, qui agit par amitié, mais dont l'amitié n'est pas encore assez forte pour lui faire admettre ce qu'elle finira par comprendre: c'est à Leah de choisir sa vie, Leah doit être libre. Agnès ne comprend pas pourquoi son amie choisirait d'être un cygne, mais elle accepte ce choix si cela peut rendre Leah heureuse.

Le livre souffre bien de quelques longueurs, mais on les pardonnera volontiers à l'auteur qui sait créer une ambiance et une intrigue dans lesquelles on se plonge avec grand intérêt.

Éditeur: Casterman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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