Sacrée Marie!

L'ouvrage:
Marie est femme au foyer. Elle est ravie de se consacrer à sa famille. Cependant, sous des dehors aimables et amoureux, son époux (Cornélius), la traite avec condescendance et la pense stupide. Elle espérait s'épanouir dans la maternité, mais ce n'est pas le cas...

Critique:
Ce roman est d'abord une critique féroce de certains préjugés. Marie aimerait s'épanouir en satisfaisant ceux qu'elle aime. Pour Cornélius, c'est une ambition bien terne. Cela fait qu'il n'estime pas sa femme. Mais pourquoi serait-ce si bas? À partir du moment où une personne est heureuse et ne nuit à personne, la manière dont elle mène sa vie est parfaitement honorable.
Marie ne peut pas être heureuse à cause du regard critique de Cornélius qui la rabaisse. Ensuite, l'auteur a créé une curieuse relation entre la jeune femme et ses enfants. Là encore, j'y vois une critique de la société bien-pensante. Selon cette société, il va de soi qu'une mère aimera ses enfants et en sera aimée. Cependant, Marie va plutôt vers les enfants des autres. C'est un pied-de-nez à l'adage qui veut qu'on aime obligatoirement son enfant parce qu'il est le sien.
Marie est persuadée que si elle avait une fille, cette complicité qu'elle recherche serait totale. Elle ne comprend pas que ce n'est pas une affaire de sexe, mais de personnalité. En outre, la jeune femme n'est peut-être pas faite pour être mère... Entourée de poules pondeuses, elle envie la complicité de ces femmes avec leurs enfants. Complicité qui n'est pas sûre, au vu de certaines scènes.

Cornélius est sûr de lui, assurance qui fait justement défaut à sa femme. C'est ce qui fait toute la différence, et rend la jeune femme si timorée, à certains moments. C'est aussi ce qui fait que leur entourage se fourvoie, et prend notre héroïne pour une sotte. C'est l'image que renvoie Cornélius.

Marie est un personnage sympathique. Elle est loin d'être parfaite, il est facile de s'identifier à cette femme qui veut tout simplement aimer et être aimée pour ce qu'elle est.
J'apprécie le rapport qu'elle entretien avec Dieu. Elle en fait son confident sans pour autant devenir une bigote. Elle se tourne vers lui, mais pas de manière malsaine ou désespérée, ce qui fait qu'elle ne devient pas une fanatique. C'est en elle qu'elle puise la force d'être finalement elle-même.

Un parfum de fantastique nimbe Marie. Outre les gros sabots avec lesquels l'auteur la rattache à la vierge (je ne parle pas seulement de la toute fin), il y a plusieurs façons d'interpréter le fait qu'elle communique avec la chatte, Émilie (qui a, d'ailleurs, un prénom humain, signe qu'inconsciemment ou pas, Marie reporte sur elle la tendresse qu'elle aurait voulu donner à une fille). J'aime bien ce flottement. C'est au lecteur de décider.

Il y a une scène qui m'a particulièrement marquée parce qu'elle est l'essence de la relation entre Marie et sa famille: celle de la fête des mères. Faite d'une ironie cinglante, d'un désespoir presque palpable, elle fera osciller le lecteur entre hilarité, stupéfaction, frustration, et dépit. Plus que tout, elle montre l'impossibilité évidente de communication et d'amour sincère entre Marie et sa famille, elle pointe du doigt le fossé qui les séparera toujours.

Le titre peut être lu de deux façons: une phrase mi-moqueuse mi-admirative, ou bien une phrase faisant de l'héroïne quelqu'un d'admirable, qu'il serait interdit de profaner. (Cette deuxième interprétation me vient surtout à l'esprit à cause des analogies entre Marie et la vierge Marie dont Astrid Eliard parsème son roman.

Je ne sais pas trop quoi penser de la découverte que fait le personnage principal à la toute fin. Je trouve que cela gâche un peu ce beau portrait de femme. Je me refuse à envisager la folie de l'héroïne (hypothèse qui pourrait être renforcée par d'autres choses), car cela détruirait l'évolution de la jeune femme, le chemin qu'elle a parcouru, et dans ce cas, le roman serait terriblement négatif.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Mercure de France.

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