La mer les emportera

L'ouvrage:
Cal, quatorze ans, vit avec ses parents dans la petite ville de Loyalty Island. En hiver, son père, marin pêcheur, part en Alaska.
Un jour, l'homme à qui appartiennent les bateaux et l'usine de la ville meurt. Son fils, Richard, parle de vendre...

Critique:
Dans ce roman, on voit d'abord comment des messieurs tout le monde finissent par se considérer au-dessus des lois, arguant (pour se donner bonne conscience) qu'ils n'ont pas le choix, et doivent agir comme ils le font. Et encore, dans le lot, tous n'ont pas le même discours. L'un d'eux se rend bien compte que le groupe est sur une pente glissante.
Il est terrible de penser que par égoïsme, par caprice, quelqu'un peut soudain décider de disposer de la vie d'un autre. Cela me rappelle «Le couperet», de Donald Westlake, et «Le dîner», d'Herman Koch. Là où le héros de Westlake semblait tenaillé par sa conscience, la plupart des personnages de Koch ne voyaient que leur nombril, et l'un au moins des personnages de Nick Dybek semble très bien dormir, même s'il sait que ses actes ont changé le cours de plusieurs vies.
Certes, les choses sont complexes, mais il est certaines limites qu'on ne doit pas se permettre de franchir, quand bien même on serait acculé.

Dans ce roman, certaines choses sont sous-entendues, davantage comprises que dites. Cela contribue à la tension qui, au départ, n'est pas si importante, mais qui, à mesure qu'on progresse dans le récit, est de plus en plus présente. Cal et Jamie garderont l'empreinte des événements.

Cal n'est pas forcément facile à cerner. Au départ, je pensais bien le connaître, puis j'ai été déroutée par l'un de ses actes. Pourtant, à y bien réfléchir, j'ai compris pourquoi il avait agi. Ensuite, on peut se demander jusqu'à quel point il a réfléchi, a compris, a été «conditionné». Ce personnage n'est pas si manichéen qu'on pourrait le penser, d'abord parce que lui-même ne sait pas ce qu'il fera jusqu'au dernier moment, et ensuite parce que ces mois et leur conclusion le hantent quatorze ans plus tard, et le hanteront toujours..
Tous les autres personnages sont creusés, mais en parler me ferait trop en dire.

Ce genre de romans m'impressionne et me met mal à l'aise, car il montre que l'homme (en dehors de périodes extrêmes comme la guerre) n'hésite pas à franchir une frontière à laquelle il devrait s'arrêter, et en prime, finit par s'en accommoder. Il est terrifiant de penser que cela pourrait arriver dans la vie de tous les jours.
Malgré (ou peut-être à cause de) mon malaise, j'ai trouvé ce roman très bon. Il explore subtilement les relations entre des hommes soumis à de certaines conditions, à une certaine tension. Il ne tombe jamais dans le larmoyant. Il ne souffre d'aucun temps mort. Certains pourront le trouver lent au début. Pour ma part, j'ai apprécié que l'auteur prenne le temps de planter le décor et de montrer ses personnages dans leur cadre de vie.
Une réussite!

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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