Auteur : Duroy Lionel

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vendredi, 18 octobre 2013

Le cahier de Turin, de Lionel Duroy.

Le cahier de Turin

L'ouvrage:
Marc et Hélène sont ensemble depuis dix ans. Au début de leur relation, Hélène a donné un cahier écrit par elle à Marc. À présent, il souhaite retrouver ce cahier qu'il n'a jamais lu.

Critique:
Cette histoire est inspirée de quelque chose qui est vraiment arrivé à Lionel Duroy, épisode qu'il raconte dans «Le chagrin». À l'instar de son créateur, Marc est écrivain et regrette de ne jamais rien avoir écrit sur Hélène pendant toutes ces années.

J'attendais peut-être trop de ce roman. En tout cas, je ne l'ai pas autant apprécié que ce à quoi je m'attendais. D'abord, je n'ai pas aimé que Marc tombe amoureux d'Hélène presque instantanément. Ensuite, Hélène ne m'a pas plu. Je l'ai trouvée sèche, ayant des préjugés trop affirmés... Et puis sa théorie comme quoi on ne s'aime plus si on se connaît trop me paraît très simpliste. Bref, elle m'a agacée. de ce fait, j'ai eu du mal à comprendre ce que Marc lui trouvait.
D'autre part, étant donné ce qui se dit au long du roman, il semblerait que les deux époux ne sachent pas réellement communiquer.

Je n'ai pas compris l'intérêt de la structure: dans le chapitre 1, le héros raconte sa rencontre avec Hélène et leur premier voyage. À partir du chapitre 2, c'est un narrateur omniscient qui raconte la vie de Marc et de sa famille.

J'ai apprécié les scènes de vie de famille quand Hélène n'est pas là ou n'est pas au premier plan. Contrairement aux errances mentales de Marc et aux dires d'Hélène, elles sont lumineuses. Cela tient aux caractères très différents d'Anna et Colline, à leur entrain, à leur bonne entente avec David et Claire. D'autre part, contrairement à Hélène, les enfants m'ont intéressée. Chacun est sympathique à sa manière.

Quant à l'obsession de Marc concernant le cahier, si elle est intéressante, elle est également un peu lassante. J'ai peut-être été ennuyée parce que j'avais lu l'histoire dont ce roman a été inspiré, et que cela me paraissait être une pâle copie. J'ai quand même trouvé la «conclusion» de l'histoire logique. Je ne l'avais même pas devinée, pourtant, c'était simple et évident.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 9 avril 2013

Le chagrin, de Lionel Duroy.

Le chagrin

L'ouvrage:
Le narrateur évoque sa famille: les Dunoyer de Pranassac. Il raconte ses parents, leur vie chaotique, ses frères et soeurs...

Critique:
L'auteur a changé les noms, et cet ouvrage est classé dans les romans, mais apparemment, il est très proche de l'autobiographie.

Ce genre d'ouvrage met forcément mal à l'aise le lecteur qui sait que c'est autobiographique. Je n'ai pu m'empêcher de me voir comme une intruse espionnant la famille de l'auteur, découvrant tous ses secrets, ses travers. D'un autre côté, si l'auteur l'a publié, c'était pour que ce soit lu. En général, je trouve que ceux qui font cela ne sont pas très sains. Ici, il me semble que c'est différent. Outre raconter sa famille, l'auteur explique sa démarche. Pour lui, écrire est nécessaire, vital. Raconter sa famille était un besoin. C'était un peu comme une psychanalyse, une purification. L'écriture l'aide à exorciser certaines choses, à mieux en comprendre d'autres. Cela se fait dans la douleur. Une douleur qui lui est nécessaire pour avancer dans la vie, après qu'elle a été vécue, expliquée, comprise, supportée. L'expérience finit par se révéler salvatrice. Beaucoup disent que c'est pour cela qu'ils se racontent. C'est sûrement vrai, mais Lionel Duroy le montre en exposant son cheminement, en décortiquant ses sentiments, ses réactions, ceux de son entourage, en disant son mal être... Il se force à analyser, à raconter, à retranscrire les faits et son ressenti. Il explique comment tel événement rejaillit sur sa vie d'adulte. Je pense que nous sommes tous ainsi. La façon de faire de l'auteur fait qu'on se penchera peut-être sur soi, et qu'on trouvera certaines correspondances: en effet, tel événement de mon enfance fait que... Les autres autobiographes le font aussi, mais «Le chagrin» est le premier livre que je lis où c'est fait de manière si explicite, si approfondie.

De ce fait, il fait quelque chose qu'habituellement, je n'aime pas. Il raconte le passé, mais fait des incursions dans son passé plus proche, voire dans son présent. Par exemple, il parle de Blandine comme étant sa deuxième femme, donc le lecteur sait déjà qu'il en a eu une autre avant. Ce n'est pas si grave, mais il fait souvent cela: dévoiler des résolutions de faits avant ou pendant le récit desdits faits. Son histoire est chronologique, mais quelque peu décousue à cause de ces «révélations».

J'aurai la même réflexion que celle que j'ai eue à propos de «Le château de verre». N'étant pas impliquée émotionnellement, je n'ai pu que vilipender Suzanne (la mère du narrateur), tout en ressentant une compassion teintée d'exaspération pour Toto (son père). L'auteur présente deux personnes qui, apparemment, s'aiment malgré tout. Cependant, ils s'aiment mal. En outre, ils n'acquièrent jamais la maturité nécessaire à des adultes. Suzanne souhaite une vie aisée, fait des caprices, ne se prend jamais en main, ne sait pas élever ses enfants. Toto se décarcasse, mais il encaisse les caprices de sa femme. Il se laisse écraser de manière assez injuste. Et il préfère cacher l'inévitable à Suzanne plutôt que d'y faire face, comme si fuir les problème les effaçait. À la différence de «Le château de verre», le narrateur est plus tranché. Sa mère lui a fait mal, il n'a jamais réussi à le lui dire, il le crie dans son livre. Quant à son père, je pense qu'il est parvenu à me faire ressentir (en beaucoup moins fort, bien sûr) ce qu'il ressentait pour lui: amour, admiration, mais aussi exaspération devant ses faiblesses. J'ai très bien compris, par exemple, que le narrateur mette longtemps à ne plus être du même bord politique que son père. D'abord par inculture, comme il l'explique, parce que son esprit critique n'est pas «développé». Mais aussi par amour, parce qu'il ne voulait pas trahir son père, et perdre cette complicité.
Mis à part cela, je ne suis pas très à l'aise pour parler du contenu du livre. D'abord, je pense qu'il faut en dévoiler le moins possible. Ensuite, grâce à ce travail d'explication des faits et de ses réactions, l'auteur explique tout. Tout est écrit: faits et analyses.

Le narrateur aborde la parution de «Priez pour nous», le premier livre où il évoque sa famille. Il est choqué de la manière froide dont les critiques décrivent ses parents. C'est justement parce que les critiques ne sont pas impliqués, ce n'est pas leur famille. Ils voient donc les faits brutes et les exposent.
Je me suis demandé quelle était la différence entre «Priez pour nous» et le début de «Le chagrin» puisque les deux évoquent l'enfance du narrateur. Peut-être le premier est-il encore plus romancé. D'ailleurs, à l'origine, il commençait par quelque chose d'inventé: un fait que le narrateur a imaginé au cours de son enfance, sublimé, et qui s'est exprimé dans ce début de roman. En outre, il semblerait que Lionel Duroy se soit beaucoup inspiré de sa vie pour ses romans, prenant un fait et le développant, lui faisant prendre un autre cours, construisant un récit autour. Je pense qu'il n'est pas le seul, mais comme il se raconte dans «Le chagrin», on ne pourra s'empêcher de reconnaître des épisodes de sa vie dans certains romans. Il le dit, d'ailleurs, concernant l'un d'eux.

Éditeur: Julliard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Pierre Schamber pour l'association Valentin Haüy.
Encore une fois, j'ai été ravie de retrouver ce lecteur dont l'interprétation n'est jamais fausse. Je pense qu'il aurait été facile de prendre un ton larmoyant pour interpréter ce livre, ce qui l'aurait totalement desservi. Heureusement, le lecteur, comme à son habitude, n'en fait pas trop tout en ne tombant pas dans la monotonie.

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