La vérité sur l'affaire Harry Quebert

L'ouvrage:
Marcus Goldman, trente ans, a publié un livre à succès. Son éditeur attend impatiemment le suivant. Mais Marcus souffre de «la maladie des écrivains»: il n'a plus d'idées, ne parvient plus à écrire.
C'est ainsi qu'il se rend à Aurora, petite ville du New Hampshire. Il va y retrouver Harry Quebert, son ami, qui fut son professeur à l'université. Celui-ci a écrit plusieurs livres, et va conseiller Marcus.
Peu de temps après, Harry souhaite faire planter des hortensias. C'est alors qu'on retrouve un squelette dans son jardin: celui de Nola Kellergan, disparue trente-trois ans plus tôt, à l'âge de quinze ans, le 30 août 1975. Harry est tout de suite accusé, d'autant qu'il a eu une liaison avec la jeune fille, alors qu'il avait vingt ans de plus qu'elle.

Critique:
Si, comme moi, vous vous méfiez de livres primés, car vous avez fait l'expérience et vous savez que prix veut souvent dire livre médiocre, oubliez tout de suite que ce livre en a eu un!

Ce roman est d'abord une réflexion sur l'écriture. Tout ce qu'en dit l'auteur est si juste! Il explique très bien le ressenti de l'écrivain qui a perdu l'inspiration, la frénésie fiévreuse de celui qui est inspiré. D'autre part, il décrit très bien la réaction des gens: beaucoup sont très futiles. Ils oublieront très vite celui qui ne fait pas parler de lui.
Chaque chapitre commence par un conseil d'écriture que Harry donne à Marcus, et dont on voit souvent l'illustration par la suite. Outre que c'est intéressant, cela permet au lecteur de voir quelques mécanismes quant au travail de l'écrivain.
Enfin, l'écriture est la clé de beaucoup de choses dans ce roman: découvertes, succès, menaces... Mal employée, elle fera passer un message erroné.

Ensuite, cet ouvrage est un roman policier très bien ficelé. Le romancier a même su utiliser à bon escient une ficelle que j'ai rencontrée dans au moins trois romans, et qui m'a profondément agacée. À vrai dire, c'est la première fois que je vois cette ficelle bien employée. L'utiliser est très risqué. Je parle de la découverte que fait Marcus après qu'il a écrit son premier livre sur l'affaire. Outre la bonne utilisation de cette ficelle, l'auteur n'a pas usé de ce grossier procédé qui consiste à tenter de cacher ce qu'elle impliquait, au long du roman. Il pointe cette zone d'ombre du doigt, ce qui a fait qu'à l'instar de Marcus, j'ai voulu creuser, puis j'ai pensé que le romancier allait abandonner cela sans rien dire, ce qui m'a agacée. C'était mal le connaître...

Bien sûr, il emploie la célèbre ficelle qui consiste à présenter différents coupables. Cela ne m'a pas trop gênée, car c'est très bien amené, que tout s'imbrique, s'explique. L'auteur ne se contente pas de jeter un coupable en pâture au lecteur pour qu'il se fasse les dents dessus, puis de tout changer. La façon dont il innocente certains «coupables» est habile, et fait que les événements s'enchaînent parfaitement. Il y a bien quelques passages un peu longs, mais je les pardonne à Joël Dicker.

Le roman fourmille d'un complexe réseau d'indices que je n'ai pas su interpréter (sauf un: j'ai tout de suite deviné pourquoi Harry avait pu rester gratuitement dans la maison). Indices que l'écrivain sait disperser sans trop les montrer ni tenter de les cacher. En effet, je repère ces fausses subtilités chez certains auteurs.
À certains moments, des passages sont répétés beaucoup de temps après leur première occurrence. Si cela fait redondant pour certains, c'est très utile pour d'autres, car cela évite au lecteur d'aller rechercher le passage en question, afin de le relire à la lumière d'une découverte. J'ai su gré à l'écrivain d'avoir fait cela. En outre, il montre au lecteur qu'il a judicieusement et minutieusement préparé son roman, et qu'on ne peut le prendre en défaut.

Le roman est également une réflexion sur les relations humaines, sur des actes irréfléchis qui peuvent détruire à jamais quelqu'un, des gens qui n'assument pas leurs actes, ne se remettent pas en question, préférant blâmer d'autres personnes pour leur mauvaise fortune. Cette façon de penser aura, d'ailleurs, de très graves conséquences... Chaque personnage a plus ou moins quelque chose à se reprocher. Certains finissent par évoluer dans le bon sens, mais d'autres... Comment ne pas mettre en doute la parole de la personne coupable qui dit qu'elle est rongée de remords depuis trente-trois ans, mais qui juste avant d'être attrapée, tente de fuir, et n'a pas hésité à commettre d'autres actes affreux pour ne pas être découverte!
C'est pour cela que chaque personnage est creusé. Qu'il soit sympathique ou non, chacun inspirera quelque chose au lecteur.
Nola est charismatique: à la fois fragile, ingénue, quelque peu manipulatrice, entière, généreuse...
Je n'ai pas réussi à m'attacher à Jenny, mais son personnage n'est ni bâclé ni mal analysé.
Les scènes entre Robert et Tamara sont à la fois amusantes et dérangeantes. À ce sujet, je ne sais pas si le mal dont souffre Tamara existe à une telle échelle.
Mention spéciale à la mère de Marcus qui est synonyme de rire et de détente pour le lecteur!

Une de mes amies a adoré ce livre, mais a eu beaucoup de mal à supporter les dialogues sirupeux entre Harry et Nola. Pour moi, cela passe très bien, car ces dialogues ne sont que la conséquence du coup de foudre des deux amoureux. C'est plutôt ce coup de foudre qui m'a gênée. En général, cela me dérange dans un roman, car à mon sens, ce n'est pas crédible. Même si les phrases emportées et sucrées que se disent Harry et Nola semblent niaises, c'est surtout le coup de foudre qui l'est. C'est la seule chose mal amenée du roman, à mon avis. En outre, l'amour d'Harry et de Nola en est à ses débuts, c'est une passion renforcée par l'interdit dû à l'âge de la jeune fille. Les dialogues mièvres découlent donc de cette passion, sont en accord avec elle, même de la part de Harry qui est adulte, mais est complètement aveuglé par son obsession (il passe quand même des journées entières à noircir des feuilles du prénom de son aimée! ;-) ).

Un roman bien pensé, bien écrit, abordant pertinemment certains thèmes importants, le tout arrosé d'une bonne dose d'humour tant dans certaines répliques que dans certaines situations.

Remarques annexes:
Les prénoms des deux héros (Harry et Marcus) sont trop souvent répétés, notamment lors de leurs conversation.
Il y a une erreur de syntaxe récurrente. Beaucoup la font. Cela consiste à dire, par exemple: «En arrivant, la porte était ouverte.» C'est comme si la porte était le sujet d'«arriver». Il faut dire: «En arrivant, je trouvai la porte ouverte.»
Les chapitres sont dans l'ordre décroissant. On va de 31 à 1. Cela ne m'a pas gênée, mais je n'ai pas vu l'intérêt de cette manière de faire. Elle est quelque peu expliquée par Harry, mais je n'ai pas été convaincue.
J'ai apprécié que Joël Dicker utilise le terme «écrivain fantôme» (traduction de «ghostwriter) au lieu de «nègre».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le comédien a su interpréter ce roman en finesse. Par exemple, il interprète les dialogues entre Harry et Nola sans mièvrerie. Il ne tente pas de faire tout un tas de voix différentes selon les personnages. Sa lecture fluide, fait que certaines petites aspérités de style (comme par exemple cette répétition abusive de Harry et Marcus) passent bien. Je regrette qu'il est tenté de prononcer certains noms propres à l'anglophone. Bien sûr, certains (comme celui de l'avocat de Harry qui, je pense, doit s'écrire Roth) auraient une prononciation un peu étrange si on les «francisait» trop, mais d'autres auraient pu être dits de manière plus naturelle, comme Vermont, par exemple. Je pense que le comédien a eu du mal avec le nom du policier chargé de l'enquête. Étant donnée sa prononciation, j'en déduis que ce nom s'écrit Gahalwood. Au début, Thibault de Montalembert fait en sorte de marquer le «h». J'ai trouvé qu'il en faisait un peu trop. Au long du roman, il trouve une prononciation plus naturelle, tout en continuant de marquer (mais peu) le «h».

Moi qui n'aime pas la musique dans les livres audio, ici, elle ne m'a pas dérangée. D'abord, les thèmes sont très courts. En outre, l'éditeur a eu le souci de marquer la différence entre le début des chapitres et d'autres passages. J'ai trouvé amusant que le titre du chapitre 26 («N o l a») ait été prononcé de manière à ce que chaque lettre soit dite sur une note de musique (sauf la dernière, puisqu'il n'y a que trois notes).

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