Renaissance

L'ouvrage:
Jean Malenc est journaliste. Il travaille beaucoup. Un jour, sa femme (Liz), en a eu assez, et est partie, emmenant leur fille (Blanche). N'ayant pas de nouvelles et ne parvenant pas à la joindre pendant plusieurs semaines, Jean s'inquiète, et se rend à la police pour déclarer la disparition. À cela s'ajoute de mystérieuses photos reçues par mail d'un expéditeur inconnu.

Critique:
Voici un roman court qui entraîne le lecteur dans les méandres de la mémoire du narrateur. De mystères en découvertes, d'étrangetés en rebondissements, on se retrouve propulsé dans une sorte de conte cruel dont l'environnement est une forêt, lieu enchanté par excellence. D'ailleurs, lorsque Jean y entre, il semble pénétrer dans un autre monde duquel Lucienne ferait office de gardienne. La sorcière (personnage typique du conte) serait représentée par sa belle-mère qui, même à l'extérieur de la forêt, l'atteint par son rire et ses dires. Ajoutons à cela les «fantômes» ou apparitions qui se matérialisent devant Jean. L'auteur parvient très bien à planter ce décor où les événements paraissent oniriques à cause de leur teneur, mais aussi de cette ambiance fantastique à la fois inquiétante et attrayante. Le style de l'auteur, soutenu, parfois poétique avec certaines pointes de lyrismes, se prête très bien à cette atmosphère hors du temps, préparée par le début du roman où le narrateur fait des rêves angoissés, où la nuit (qui lui montre des choses en trompe-l'oeil) est source d'anxiété.

Rapidement, on découvre que le héros a des troubles de la mémoire. Même si les raisons de ces troubles sont expliquées de manière très convaincante, j'ai trouvé cela un peu facile. D'abord parce que beaucoup d'auteurs ont exploité cette ficelle. Elle reste fascinante, cependant, ici, on ne sait pas quand les troubles vont survenir. Il semble qu'ils soient fréquents, mais dans ce cas, comment le narrateur a-t-il pu réserver un chalet dans la forêt pour son séjour? Peut-être n'est-ce pas lui qui fit cette réservation, mais on ne le saura pas. J'aurais aimé davantage de cohérence. Cependant, on pourra m'objecter que les troubles dont souffre le narrateur sont justement la cause de cet aspect décousu. Ils surviennent n'importe quand et ne s'attaquent pas forcément aux mêmes souvenirs. Mon «reproche» n'en est donc pas réellement un, puisque cet argument se défend. Je crois que j'ai surtout été un peu déçue que cette ficelle, si souvent exploitée, le soit ainsi dans ce roman.

À la fin, certaines questions restent. Cela peut être vu comme positif ou négatif. En effet, il est logique que Jean ne parvienne pas à se souvenir de tout, et qu'on préfère lui en dire le moins possible. Cette fin va bien à l'ambiance égarée qui court tout au long du roman. En outre, le lecteur peut s'amuser à supposer, à combler les trous: les plus importants seront assez simples à combler. Mais certains lecteurs pourront souhaiter une fin nette, avec, à la suite du récit de Jean, des explications faites par d'autres. L'auteur a sûrement choisi de ne pas en donner afin de prolonger la tension ressentie au cours de la lecture, et afin que le lecteur reste imprégné de la manière dont Jean voit et découvre les choses.

Un personnage voyageant à la fois dans une forêt et dans son esprit, des découvertes qui accroissent la tension, une démonstration claire (à travers un esprit à la dérive) de la manière dont on peut être marqué par des événements inacceptables, une ambiance qui joue un rôle à part entière... tels sont les ingrédients de ce roman, qui pour moi, est une réussite, malgré les réserves que j'émets sur la ficelle de la mémoire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Taurnada.

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