Les enfants du néant

L'ouvrage:
François Marchand était marié à Diane. Il était psychanalyste. Il croyait maîtriser son sujet ainsi que ses patients. Pourtant, l'un d'eux lui démontra le contraire: il tua Diane, laissant François et sa fille, Charlotte, démunis. François, désirant se racheter, devint policier, et son ancien métier lui permit d'être profileur.

Ce jour-là, le supérieur de François le charge d'une enquête: un meurtre exécuté avec violence: une adolescente saignée à blanc, et à qui l'assassin a prélevé le visage. François et la coéquipière qu'on lui a adjointe, Julia Drouot, vont enquêter, et seront confrontés à de nouveaux meurtres, ce qui leur fera penser qu'ils ont affaire à un tueur en série.

Critique:
Dans l'ensemble, ce livre n'est pas mal. Ce n'est pas le polar du siècle, ni même de la décennie, mais certains aspects du roman sont à retenir.
D'abord, les enquêteurs se remettent en question. Ils ne sont pas infaillibles, et doivent admettre qu'ils se sont trompés. François élabore le profil du tueur, et il se fait mener par le bout du nez jusqu'au dénouement! Le lecteur s'en doute d'ailleurs un peu. J'ai trouvé que c'était original, et que ça sortait des sentiers battus.

Ensuite, l'univers adolescent que nous côtoyons est très réaliste, et en même temps, on a du mal à admettre l'étendue de ce que cela implique. Lucie, Pierre, et Justine sont la preuve que certains parents ne font pas correctement leur «travail». Le père de Lucie ne pense qu'à lui, les parents de Pierre sont englués dans leur religion. Quant aux parents de Justine, on ne sait pas trop où ils ont péché, mais Justine les hait, et madame Crémant assure que tout est de sa faute. Ces adolescents profitent de l'aisance de leurs parents, ont accès à énormément de choses, consomment sans apprécier la valeur de ce dont ils profitent... mais n'est-ce pas parce que les parents les laissent grandir sans les cadrer, sans leur montrer les limites? Ou au contraire, dans le cas de pierre, en leur imposant des limites inutiles, qui sont plus des étouffoirs qu'autre chose?
L'exemple de Léa est également frappant. On note accessoirement le grand contraste physique entre Léa et sa mère. Rien n'est expliqué, mais on peut imaginer que le manque de communication a fait que Léa a choisi ce mode de mort lente justement parce que sa mère est une «bonne vivante».
Enfin, il y a le dernier exemple. Celui où l'adolescente, malgré ou peut-être à cause de sa folie, a su mettre à nu l'âme de son père. (Je ne peux pas en dire plus, mais l'analyse de l'auteur est très réaliste.)
La solution de l'énigme est bonne: elle remet tout en question, et le lecteur ne la devine que quelques minutes avant que l'auteur ne la dévoile.

Le livre aborde un autre thème sensible: les dangers d'internet: on peut se faire passer pour n'importe qui, il est très facile d'abuser quelqu'un. Là encore, c'est l'absence des parents dans la vie des enfants qui est soulignée. Personne n'a mis ces jeunes en garde, et eux-mêmes finissent par transformer le net en arme...

Les deux policiers s'entendent bien, font une bonne équipe, se complètent. Idem lorsqu'ils travaillent avec Kellermann. C'est assez sympathique.

Ce livre comporte néanmoins des côtés négatifs.
Il démarre trop lentement. Pendant le premier quart, on assiste à une enquête de routine, surtout pour quelqu'un habitué à lire des romans policiers. On retrouve un parfum de Jean-Christophe Grangé et de Serge Brussolo. Le spectaculaire et le sordide du meurtre ne sont malheureusement pas originaux. Au début, on dirait que l'auteur s'est inspiré de plusieurs auteurs sans y apporter sa touche personnelle, ce petit plus qui fait qu'un livre se distingue d'un autre. En bref, le roman commence de manière trop classique, trop plate.

Le personnage de Duvaux est assez caricatural. Ce genre de policiers doit bien exister, mais il n'est pas très crédible tant il est détestable.

Lorsque François fait un pseudo-cours de psychanalyse à Julia, et que celle-ci ne comprend pas tout, puis reformule pour être sûre d'avoir bien compris, ce n'est pas très vraisemblable. D'abord parce que le lecteur, lui, comprend sans reformulation, et parce que ça sent les répliques plaquées sur un schéma. Peut-être l'auteur a-t-il fait cela exprès pour montrer qu'il faut s'écarter des schémas, des idées toutes faites. Cela serait vraisemblable, étant donné que François se trompe du tout au tout, et cela transformerait ce côté jugé négatif en côté positif.

Le thème des personnages au passé douloureux est assez éculé. En plus, ici, François n'essaie pas vraiment de s'en sortir, il se complaît dans sa douleur en espérant faire quelque chose pour la société... Bien sûr, c'est une réaction normale, et on ne peut pas le blâmer... du moins, on ne le pourrait pas s'il n'y avait pas «autre chose» dans l'équation. La façon de réagir de Julia est plus saine.
Un autre cliché du genre n'est pas évité: la relation amoureuse entre les deux policiers. Ici, elle est divertissante, mais éculée quand même. ;-)

Au final, je recommande ce livre, car malgré ses côtés négatifs, on passe un bon moment.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

Ce livre m'a été offert par les éditions Michel Lafon.

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