Le gourou sur la branche

L'ouvrage:
Sampath Chawla travaille à la poste. Il est plutôt fainéant. Son père désespère de le voir s'élever hiérarchiquement. Un jour, las de sa famille et de son travail (qu'il vient de perdre), Sampath va s'installer dans un goyavier où il compte bien trouver la paix.

Critique:
Voici un livre sympathique où l'humour domine. Cette famille loufoque et atypique ne manquera pas de retenir l'attention. Sampath faisant de la fainéantise un sacerdoce, finissant par trouver du bénéfice à l'acte répréhensible qu'il accomplissait lorsqu'il travaillait à la poste... Bien sûr, l'auteur fait également la critique du fanatisme. Cette foule de gens pensant que Sampath est un devin, n'ayant plus le sens commun, allant jusqu'à gober les inepties qu'il débite lorsqu'il ne sait plus quoi dire ou veut qu'on le laisse seul...
Il est également intéressant de voir les changements de point de vue: on houspille Sampath jusqu'à ce qu'on le voie autrement. Pourtant, il n'a pas changé. La foule des badauds est d'autant plus ridicule. Il est également amusant de voir comme son père se met en quatre pour lui (surtout pour en tirer profit), alors qu'avant, il n'en faisait pas grand cas.
Sampath est un personnage sympathique, malgré ses défauts. Il n'embête personne, souhaitant seulement avoir la paix. Ce n'est pas un parasite de la société, puisqu'au départ, il comptait se nourrir de goyaves.

La drôlerie vient ensuite de ce qui arrive à Pinky, la soeur de Sampath. Au départ, sa façon de montrer son amour est plutôt étourdissante. Ensuite, la parodie d'histoire d'amour à laquelle assiste le lecteur ne pourra que le faire sourire. Que ce soit dans les cadeaux échangés ou dans l'attitude des protagonistes, l'auteur piétine les codes, et offre un truculent récit.

Les autres membres de la famille de Sampath ne sont pas en reste. Sa mère est une ode à la bonne cuisine. On ne l'entend pas beaucoup, mais elle mijote dans ses chaudrons (telle une mystérieuse sorcière), des préparations compliquées qui, apparemment, sont exquises.
Quant à la grand-mère de Sampath, c'est surtout la scène mémorable de son dentier qui m'a marquée. Son épopée sauvage pour le récupérer alors qu'un singe s'en est emparé est le moment le plus fort de l'épisode.
Le père est une espèce de faux symbole de l'autorité. Il est toujours désigné comme monsieur Chawla, tempête après son fils lorsque celui-ci montre sa fainéantise, tente d'assurer la prospérité familiale... Pourtant, il n'échappe pas à la causticité de la plume de son créateur.

Outre cette famille haute en couleur, les scènes cocasses et parodiques sont au rendez-vous. Par exemple le médecin montant dans l'arbre pour examiner Sampath, Pinky puis le père faisant l'ascension de l'arbre pour apporter à manger à Sampath, ou encore la scène où on lui présente la jeune fille avec laquelle on veut le marier.
L'espion de la libre pensée et son enquête sont, eux aussi, parodiques.

Kiran Desai fait également la critique de l'homme, de sa bêtise, de sa suffisance. Tous ces bureaucrates qui ne savent pas comment se débarrasser des singes buveurs, qui ne connaissent pas le terrain (ils finissent par aller capturer les singes en oubliant leurs filets), c'est à la fois drôle et pathétique. Cela rappelle vaguement la colonisation...
Bref, en un style vif, parfois poétique, d'une plume fluide et légère, l'auteur tape sur tout et tous pour le plus grand plaisir du lecteur.
Tout ceci nous est conté avec un peu d'exagération, un peu de spectaculaire, ce qui fait qu'on a l'impression d'être dans une espèce de conte merveilleux et drolatique. Par exemple, les circonstances entourant la naissance de Sampath tiennent de la légende.

La fin me laisse perplexe. Je ne sais pas trop quoi en penser, quoi en déduire... Une question reste. Plusieurs réponses sont possibles, mais laquelle est la plus plausible?

Éditeur: Calmann-lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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