Auteur : Denker Henry

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mardi, 14 août 2012

Le procès du docteur Forester, d'Henry Denker.

Le procès du docteur Forester

L'ouvrage:
New York.
Cette nuit-là, comme d'habitude, les urgences de l'hôpital de la Cité sont combles. Kate Forester est le seul médecin de garde, son collègue étant malade. C'est alors que Claudia Swivesand, dix-neuf ans, est amenée par sa mère. Elle se plaint de nausées. Elle décèdera quelques heures plus tard.
Son père, Claude, homme influent, est convaincu que Kate n'a pas fait de son mieux, et que Claudia aurait pu être sauvée. Il exige donc qu'elle soit jugée par ses pairs.

Critique:
Ce livre est assez simple, certaines choses sont un peu grosses, mais j'ai passé un bon moment. Il est intéressant de voir les différentes attitudes possibles face au pouvoir. Certains sont amis avec Claude Swivesand et lui sont tous dévoués, mais c'est parce qu'il est puissant. D'autres sont effrayés alors qu'ils ne le connaissent même pas, car il a le bras si long qu'il peut réduire n'importe qui à néant. C'est intéressant, car réaliste. Cependant, Henry Denker en fait un peu trop. À l'inverse, l'attitude de Scott et de Kate est un peu incroyable. Ils bravent le danger, et ne semblent pas toujours en mesurer la puissance. Scott est même inconscient, voire naïf, lorsqu'il promet à Rick que rien ne lui arrivera. Le lecteur sait tout de suite que c'est faux.

L'histoire d'amour aussi est un peu grosse. Elle est sympathique, mais fausse quelque peu le jeu. Scott se montrerait-il si épris de justice si sa cliente n'était pas Kate? J'ai trouvé cela dommage, car cela apporte une dimension mièvre au roman.

Je me suis doutée de l'issue du procès, mais je ne savais pas trop comment Henry Denker y parviendrait. Heureusement, il trouve un rebondissement qui n'est pas invraisemblable.

J'ai aimé les différentes séances pendant lesquelles Scott fait répéter Kate, et l'accable de questions perverses tout en lui montrant pourquoi elle répond mal alors qu'elle ne dit que la vérité. C'est sûrement l'aspect qui m'a le plus intéressée, car il montre à quel point ces «procès» sont comme des pièces de théâtre. Et puis, les jeux de manipulation par le langage m'ont toujours fascinée.
J'ai également apprécié les joutes verbales dues au «procès», et surtout la manière dont les hommes corrompus parvenaient à argumenter leur partialité. Ils étaient grotesques. C'est un autre aspect de l'intrigue que j'ai trouvé très bien exploité.

J'ai bien aimé les valeurs défendues par le médecin qui accepte de témoigner pour Kate. Il pourrait avoir l'air d'un vieux rabat-joie, mais c'est un personnage assez fort, car il ne perd pas l'essentiel de vue. Il déplore les dysfonctionnements de sa profession, et propose des solutions pour y remédier. Il ressort de son analyse que l'homme est le seul responsable de ce qui arrive, car son évolution n'est pas forcément bonne. Je suis assez d'accord avec lui.

D'une manière générale, les personnages ne sont pas très creusés. Cela ne m'a pas trop dérangée, car j'ai suivi l'intrigue avec beaucoup d'intérêt, mais le livre aurait pu être meilleur si les protagonistes avaient été plus épais.
J'ai quand même apprécié Gladys Ward qu'on voit peu, mais qui semble avoir un caractère bien trempé, forgé par une expérience pas toujours agréable.

Je ne sais pas si l'auteur a fait un clin d'oeil à un autre roman, mais j'ai trouvé certaines similitudes avec «Le procès du docteur Scott», de Franck Gil Slaughter. D'abord, le titre. Ensuite, c'est un thriller médical. Enfin, les héros s'appellent Paul Scott et Katherine Story; ici, c'est Katherine Forester et Scott Vanclev.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sylviane Tastavi pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a une voix agréable, et met le ton approprié. Elle n'en fait pas trop et ne tombe pas dans la monotonie. Il est cependant regrettable qu'elle ait laissé certaines erreurs de lecture.

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lundi, 11 octobre 2010

Elvira, d'Henry Denker.

Elvira

L'ouvrage:
1930.
David et Rebecca Rosen forment un couple très uni. Le seul nuage de leur vie, c'est qu'ils ne peuvent pas avoir d'enfants.
Après une fausse couche, Rebecca s'enfonce lentement dans la dépression. Pour lui changer les idées, et afin qu'elle fasse quelque chose qu'elle fera bien, le médecin des Rosen décide de lui proposer de travailler dans un orphelinat. C'est là que Rebecca rencontre Elvira, huit ans. La mère de l'enfant a la tuberculose, et elle attend sa guérison. Elle est mal acceptée parce qu'elle est noire. Voyant l'enfant s'étioler, Rebecca décide de l'héberger jusqu'à ce que sa mère soit guérie.

Critique:
Malgré certains passages un peu lents, je pense que ce roman est à lire. Il remet certaines choses à leur place. Il empêche qu'on oublie un pan de l'histoire. C'est bien sûr quelque chose qu'on a tous étudié étant plus jeunes, mais soit on oublie un peu, soit on n'avait pas étudié cela en profondeur. Je savais que dans les années 30, le racisme était admis, considéré comme normal, les mentalités n'ayant pas évolué. Mais je n'avais pas pris la mesure de la chose: les limites absolues, le rejet catégorique... je n'avais pas pleinement pris conscience du fait que tout cela était poussé à l'extrême, du fait que les esprits étaient irrémédiablement fermés, et que rien, dans la société, ne poussait à l'ouverture. Le roman nous montre avec pertinence que tous les jours, dans n'importe quelle situation, une personne noire était montrée du doigt, interdite de ceci ou cela.
La famille Rosen était atypique dans ces années: un couple de blancs élevant une enfant noire. Henry Denker nous décrit le combat de cette famille pour bousculer les préjugés de la société de l'époque. Le lecteur passera par tout un tas d'émotions, à l'instar des personnages qui, tour à tour s'enflamment, sont désemparés, se battent, se résignent... pour un temps. Il faut bien se résigner, par exemple, à ce qu'Elvira, meilleure élève de sa classe, ne récite pas le discours à la fête de l'école. Comment faire autrement? Mais la famille et le lecteur prennent de petites revanches, par exemple, lorsque les Rosen passent l'été dans un hôtel, et tombent sur un patron moins borné et plus futé que certains, qui accepte de ruser pour qu'Elvira puisse jouer avec les autres enfants.
Ces deux exemples ne sont rien au regard des épreuves contées par Henry Denker. Ce livre est une étude sociale très intéressante, et assez effrayante, de ce point de vue.

Si les Rosen prônent la tolérance à l'égard d'Elvira, Rebecca va toujours plus loin. Bien que la famille soit juive, Rebecca tient à ce qu'Elvira soit élevée en connaissant la religion catholique et la culture de son peuple. C'est un enrichissement pour l'enfant qui a une double culture, et comprend d'autant mieux le mal que cause l'intolérance.

Aujourd'hui, le racisme et l'intolérance sont toujours d'actualité, malheureusement. La seule différence, c'est qu'avant, ils étaient à découvert. Maintenant, c'est plus voilé, moins franc, plus hypocrite. Aujourd'hui, si on a le malheur d'être différent, on est montré du doigt. C'est fait d'une autre manière que ce qu'évoque ce roman, mais cela a bien lieu. Notre société n'a pas vraiment évolué.

Plus tard, Elvira continue le combat mené par les Rosen, et est une des premières à rejeter la discrimination positive. Je pense qu'elle a raison. Je comprends l'argument de ceux qui pensent: «On nous en a fait baver, profitons de cette culpabilité pour obtenir des largesses.», mais je pense que la discrimination positive est une iniquité, et ne peut conduire qu'à d'autres formes d'abus.

Malgré le sujet traité, le roman est saupoudré de notes humoristiques, ce qui détend le lecteur, et montre bien que les personnages se relèvent toujours.

J'ai, néanmoins, quelques petits reproches à faire à ce roman.
D'abord, comme je l'ai dit, certains passages sont un peu lents.
Ensuite, Elvira est parfaite. C'est un peu agaçant. Bien sûr, Henry Denker avait besoin de créer un personnage irréprochable, afin que le lecteur éprouve plus de compassion. Mais le lecteur aurait tout autant compris qu'Elvira se venge parfois. Il aurait compris que de rage, elle renverse un plat de viande en sauce sur certains camarades de classe pendant l'heure du repas. Cette espèce de perfection rend Elvira moins humaine. On éprouve de la compassion pour son peuple à travers elle, mais elle agace parfois.

Éditeur: Oh éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Évelyne Mivelaz pour l'Étoile Sonore.

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jeudi, 16 septembre 2010

Hôpital de l'espoir, d'Henry Denker.

Hôpital de l'espoir

Note:Ce livre est la suite de «L'infirmière».

L'ouvrage:
Samuel Horrowitz se sent seul. Il n'a plus grand-chose à faire de sa vie: ses enfants habitent loin, son meilleur ami a déménagé... Il poursuit bien sûr sa relation amicale avec Ariet Washington, son ancienne infirmière, mais cela ne remplit pas sa vie.
C'est Ariet qui trouve la solution: elle lui propose de faire du bénévolat dans le service d'un hôpital qui accueille des nourrissons abandonnés ou bien dont la mère n'a pas la garde parce qu'elle est alcoolique ou toxicomane.

Critique:
J'avais beaucoup aimé «L'infirmière», et j'ai découvert, d'abord avec plaisir, qu'il y avait une suite. Malheureusement, j'ai été déçue par ce livre... Pourtant, certains thèmes sont intéressants. Par exemple, c'est, comme son titre l'indique, un livre plein d'espoir, puisqu'il crie haut et fort qu'on peut recommencer sa vie à plus de soixante ans.
D'autre part, le thème du bénévolat est bien exploité. Outre les personnes qui donnent d'elles-mêmes, on voit l'administration qui, par contraste, est froide, ne faisant preuve d'aucune souplesse lorsque l'un des bénévoles (Samuel, en l'occurrence), agit pour le bien d'un enfant. Dans le même ordre d'idées, il est assez dérangeant que certains exhortent Samuel à ne pas s'attacher aux enfants, et les traitent comme des objets. Bien sûr, il ne faut pas trop s'attacher aux enfants pour ne pas avoir trop mal lorsqu'ils partent, mais si on ne tient pas compte du facteur humain quand on fait du bénévolat, quand donc faut-il en tenir compte?!

Samuel est toujours un personnage au fort caractère, mais il en devient caricatural. Dans «L'infirmière», une scène m'avait agacée: celle où il se fourvoie complètement au sujet de la raison pour laquelle Conrad est à l'hôpital. Dans «Hôpital de l'espoir», il est presque tout le temps comme ça. C'est dommage, car cela le rend moins crédible. Le lecteur se moquera plutôt de ses emportements, alors que certains mériteraient d'être pris au sérieux.
La scène qu'il fait lors de la conférence à laquelle il assiste avec Molly est très intéressante. L'auteur confronte deux points de vue, et tous les arguments sont acceptables. Je serais tentée de dire qu'il faut essayer d'être dans le juste milieu, car trop de sévérité et trop de laxisme nuisent pareillement.

L'histoire d'amour n'est pas très crédible. Les deux personnages sont sympathiques, et le lecteur est content pour eux, mais on y croit moyennement. Peut-être parce qu'il aurait été plus logique, du moins pour moi, que l'un des personnages tombât amoureux d'un autre que celui qu'il finis par aimer.

Les personnages sont attachants, mais un peu trop caricaturaux. Surtout Mona. Elle était déjà à la limite de l'acceptable dans «L'infirmière», mais là...

Il y a peut-être une incohérence. J'ai relu ma critique de «L'infirmière», et apparemment, il se passe dans les années 60. Or, si j'ai bien entendu, dans «Hôpital de l'espoir», à un moment, Samuel dit qu'on est en 1992...

Éditeur: oh éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Évelyne Mivelaz pour l'Étoile Sonore.

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lundi, 25 février 2008

L'infirmière, d'Henry Denker.

L'infirmière

L'ouvrage:
Les années 60.
Samuel Horrowitz a 68 ans. Il a deux grands enfants, Marvin et Mona. Sa femme, Anna, est morte, et elle lui manque beaucoup. Il a passé sa vie à travailler, il connaît la valeur des choses. Il doit son aisance actuelle à son acharnement à réussir.

Un soir, il se fait agresser dans la rue par une bande de noirs. Alors qu'on lui donne les premiers soins, il est victime d'une crise cardiaque.
Il finit par se remettre, seulement, il garde des séquelles. Il a une cicatrice sur la joue, là où l'un de ses agresseurs a tailladé au rasoir. En outre, son bras et sa jambe gauches sont presque impossibles à utiliser. Avec de la rééducation, il est possible qu'il retrouve le plein usage de ses membres.
Deux solutions s'offrent à lui: soit il quitte sa maison et sa ville pour aller vivre chez sa fille, soit il accepte une infirmière à domicile.

Critique:
Le personnage d'Horrowitz est intéressant, car complexe. Il attendrit le lecteur lorsqu'il essaie de cacher ses faiblesses et son sentimentalisme. Et puis, on comprend cet homme fier, qui n'aime rien demander à personne, qui se retrouve obligé de demander l'aide de son infirmière pour de petites choses, et doit utiliser des objets qui lui font ressentir son infirmité (infirmité qu'il vit mal): fourchette capitonnée, par exemple. (Il est toujours frustrant et gênant de devoir demander de l'aide aux autres pour les choses du quotidien.)
Horrowitz est également horripilant, car son racisme lui fait tenir des propos choquants. Bien sûr, il faut se remettre dans le contexte. Par ailleurs, son agression l'a traumatisé, et a renforcé l'opinion qu'il avait des noirs. On se doute très vite qu'Ariet Washington et lui deviendront amis, malgré la réticence et le mauvais caractère d'Horrowitz. Il y a quand même une scène qui traîne un peu, et où le lecteur avait déjà compris ce que les préjugés d'Horrowitz l'empêchent de comprendre. C'est lorsqu'il va à l'hôpital, voir Conrad.
Le lecteur compatit également: Horrowitz est seul, sa femme lui manque, il s'est fait agresser, il se replie donc un peu sur lui-même.

Le personnage de Mona est un peu caricatural. Elle est engluée dans ses certitudes et ses préjugés, dirigiste, et trouve à redire à tout. Par certains côtés, elle rappelle Horrowitz. Elle est très importante dans l'histoire, car ce sera elle qui, involontairement, poussera son père à vouloir faire des progrès, à vouloir se reprendre en main.

On admire beaucoup le personnage d'Ariet Washington, bien sûr. On se demande si on supporterait tout ce qu'elle endure aussi vaillamment qu'elle.

C'est un livre réussi, qui nous fait passer par toute une palette de sentiments: joie, émotion, rire... Il montre avec finesse que tout n'est pas aussi manichéen que le pense Horrowitz.

Éditeur: Presses de la cité.
Je ne parle pas souvent des prestations des lecteurs, mais j'aimerais m'attarder sur celle de la lectrice qui a enregistré ce livre. Il s'agit d'Anne-Marie Scaramuzzi, qui a enregistré cet ouvrage pour la Bibliothèque Braille Romande. Cette lectrice est remarquable. Elle joue les livres qu'elle interprète, sans trop en faire. Ce qui me surprend toujours, lorsque je l'entends, c'est qu'elle sait pleurer. Il est très dur, à mon avis, de feindre les sanglots sans trop en faire, surtout pour un lecteur non professionnel. Eh bien, Anne-Marie Scaramuzzi arrive à faire cela, notamment dans «L'infirmière».

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