Dans la peau du diable

L'ouvrage:
La police est confrontée à plusieurs meurtres qui, de prime abord, ne sont pas liés. Selon l'inspecteur Sean Corrigan, le tueur est le même. Il change juste de mode opératoire afin de brouiller les pistes.
Sean Corrigan a une particularité: lorsqu'il est sur une scène de crime ou qu'il côtoie des tueurs, il devine leur psychologie. Cette hypersensibilité vient de ce qu'enfant, il a été victime d'abus sexuels de son père.
Une partie d'échecs s'engage entre Corrigan et le tueur.

Critique:
Je sais que je suis de plus en plus sévère, surtout lorsqu'il s'agit de romans policiers. Malheureusement, celui-là ne m'a pas plu. Le premier défaut de ce roman vient de ce que l'auteur en dit trop au lecteur. Certains chapitres sont consacrés au point de vue du tueur. De ce fait, le lecteur sait, bien avant la police, comment il fonctionne, et sait tout de suite que les policiers se fourvoient lorsqu'ils émettent telle hypothèse. C'est le même schéma lorsqu'ils découvrent un nom suspect. Le lecteur, ayant déjà entendu ce nom, sait qu'il sera mêlé à l'affaire.
En outre, lorsque le tueur raconte ses meurtres, on sait déjà que rien ne l'a empêché d'agir. Il n'y a donc pas de suspense. On me dira que ces récits sont surtout là pour montrer sa psychologie. Soit...

D'autre part, il y a beaucoup de longueurs. Par exemple, le lecteur doit supporter quatre fois la description du premier meurtre. D'abord, lorsque le tueur le commet; ensuite, lorsque les policiers découvrent le corps et font des suppositions; puis, lors de la réunion du commissariat; enfin, lors de l'autopsie. Outre que les descriptions de violences me hérissent, j'ai trouvé cette redondance très lourde.
À chaque scène de crime, l'auteur s'attarde sur sa description, sur la maison de la victime, etc.
D'une manière générale, j'ai trouvé que le roman traînait beaucoup, et que le remplissage cessait vers la fin.

Sean n'est pas crédible. Son «intuition» lui permet de ressentir certaines choses, c'est déjà un peu tiré par les cheveux, mais cela peut se comprendre. Le problème, c'est que l'auteur veut quand même sortir une carte de sa manche, histoire de surprendre son lecteur. D'accord, mais cette carte rend bancale l'explication quant à l'intuition de Sean. Le romancier s'en tire par une pirouette qui ne fait que renforcer l'incohérence, à mon avis. Je pense que cette idée n'est pas mauvaise, mais elle a été mal exploitée.
Lors du premier meurtre, Sean et son collègue m'ont particulièrement agacée. La victime est un homosexuel. Les policiers penchent pour une querelle domestique qui aurait mal tourné. Cependant, certains détails viennent contrecarrer cette hypothèse. Au lieu de les prendre en compte et de creuser d'autres pistes, ils commencent par dire que ces détails doivent être ignorés puisqu'ils ne collent pas avec leur théorie. Sans oublier que Sean assortit cela d'une remarque homophobe comme quoi (en substance) avec ces homo, il faut s'attendre à ça. Je suis peut-être primaire et trop attachée à certains codes, mais pour moi, un «gentil» ne doit pas avoir de défauts rédhibitoires. Ranger les gens dans des catégories de manière si cavalière en est un.

À part cela, Sean ne se démarque pas vraiment. On retrouve le cliché du policier tant obsédé par son travail qu'il en oublie sa famille... sauf quand sa femme doit le rassurer et le faire remonter dans sa propre estime. Je comprends sa peur et son besoin d'anéantir le mal, mais j'ai trouvé qu'il en faisait trop. La toute fin n'est pas pour me donner une meilleure opinion de lui.

Le tueur m'a mise mal à l'aise. Ici, je suis totalement subjective. En effet, j'ai beaucoup de mal lorsqu'il s'agit de décrire une telle perversité, et lorsque le danger semble si réel. En effet, ici, le tueur s'en prend à n'importe qui. Il est donc très facile de s'imaginer qu'on pourrait être dans le collimateur de quelqu'un comme lui. Cette remarque n'est pas contre le livre, car là, je sais que c'est moi qui suis facilement impressionnable.

J'ai apprécié que le tueur n'ait pas eu une enfance malheureuse. Même si cela renforce la peur qu'on a de lui (ses actes sont d'autant moins explicables), cela sort ce personnage des sentiers battus.

J'ai également aimé la façon dont l'auteur met la bêtise de certains préjugés en évidence: Linda voit un groupe de noirs, aucun ne fait mine de s'approcher d'elle, et elle en a peur. Elle voit ensuite un homme qui présente bien, et a l'air riche: elle aimerait qu'il l'aborde, et s'imagine déjà sortant avec lui. C'est terriblement ironique lorsqu'on lit la suite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par MA éditions par l'intermédiaire de l'agence de communication Gilles Paris.

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