Auteur : Delaflotte Mehdevi Anne

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vendredi, 12 avril 2013

La relieuse du gué, d'Anne Delaflotte Mehdevi.

La relieuse du gué

L'ouvrage:
Mathilde est relieuse. Elle s'est installé dans un petit village en Dordogne.
Un matin, un homme lui apporte un livre à restaurer. Avant de partir, il fait un malaise, mais refuse qu'elle appelle le médecin. Cet homme, côtoyé quelques minutes, fait une forte impression sur Mathilde qui va chercher à en savoir plus sur lui.

Critique:
Ayant adoré «Fugue», j'attendais peut-être trop du premier roman d'Anne Delaflotte Mehdevi. J'ai été déçue. J'ai terminé le livre parce qu'il est court, et en hommage à «Fugue» qui a été un coup de coeur.

L'histoire et les personnages ne m'ont pas convaincue. Je les ai suivis à distance. Pour moi, les thèmes (surtout ce qu'on finit par découvrir concernant le livre) ont été maintes fois utilisés. En soi, ce n'est pas grave, mais un auteur qui veut s'en servir à nouveau devra se montrer fin stratège pour les renouveler. Ce n'est pas le cas ici.

L'ambiance du roman est très lourde, presque oppressante. Mathilde vit seule, ne voit pas grand-monde. Soudain, un homme entrevu l'émeut, et elle se lance dans une quête étrange. Fait-elle cela pour combler sa solitude? Elle le fait aussi par compassion, bien sûr, mais cela m'a agacée.
J'ai trouvé la toute fin très convenue, et pas vraiment crédible.

J'ai été un peu plus réceptive lors des conversations de Mathilde avec André, le boulanger qui est également son ami. Ce personnage se démarque par sa bonne humeur, son énergie, sa gentillesse.
D'autre part, j'ai trouvé habile de la part de l'auteur d'entourer le client de Mathilde de flou. Pendant un moment, on ne sait rien de lui. À force, son apparition chez la jeune femme ressemble à un rêve.

Le livre est bien écrit. L'auteur a un style délicat, fluide, parfois recherché.

Éditeur: Gaïa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a fait un lapsus: elle dit «La religieuse du gué» au lieu de «La relieuse». De ce fait, je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle entre la vie austère de Mathilde et celle d'une religieuse.

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mardi, 17 juillet 2012

Fugue, d'Anne Delaflotte Mehdevi.

Fugue

L'ouvrage:
Septembre.
Le jour de la rentrée des classes, Madeleine s'enfuit de l'école. Sa mère, Clotilde, la cherche partout, notamment près de la rivière. L'enfant est retrouvée saine et sauve. Mais à force de l'appeler sur tous les tons, Clotilde perd sa voix. Elle va chez une phoniâtre.

Critique:
J'ai commencé par fuir ce roman, parce que j'avais peur qu'il soit trop technique. En effet, Clotilde prend ensuite des cours de chant, et je m'imaginais des tonnes de pages sur les répétitions, les concerts, la foule en délire ovationnant la nouvelle diva. Heureusement, j'ai fini par mettre mes a priori au placard.

J'ai apprécié de lire l'évolution de cette famille. Ils s'aiment sincèrement, mais doivent remettre certaines choses en question lorsque Clotilde commence à changer. Au début, je trouvais que l'amour de Vincent n'était pas vraiment sincère, puisqu'il ne parvenait pas à accepter l'espèce d'émancipation de sa femme. Il a même du mal, au début, lorsqu'elle est complètement muette. Il le lui reproche presque. Je suis peut-être un peu sévère avec lui, mais je n'ai pu m'empêcher de penser qu'une personne ouverte et aimante aurait mieux compris. L'attitude de Vincent m'a rappelé celle de Stéphane, le mari de Colombe. Heureusement, les choses ne tournent pas comme dans «Le voisin». Vincent se rend compte que notre héroïne ne souhaite pas seulement être une mère au foyer, qu'elle a besoin de s'épanouir autrement. Ce paramètre n'entre pas dans le petit univers bien ordonné de Vincent, et il met du temps à s'adapter. D'autant qu'il voit sa femme sous un tout autre jour. En outre, il se veut irréprochable, et ne comprend pas que Clotilde trouve à redire à l'existence qu'elle mène. La vie se chargera de lui donner une petite leçon d'humilité dont il saura profiter.

C'est la même chose en ce qui concerne Alix, l'amie de Clotilde, et monsieur Atiler, le père de notre héroïne. Pour moi, c'est Alix qui réagit le plus mal. D'une manière générale, j'ai eu beaucoup de mal à admettre que ces gens, qui disent aimer Clotilde, la fuient ou l'exhortent à agir d'une manière qu'elle rejette. Ces gens se préoccupent d'abord d'eux-mêmes et non de la personne qui souffre. Même si c'était un grand changement, il aurait fallu qu'ils ne perdent pas de vue que celle qui en pâtissait le plus, c'était Clotilde!
J'ai compris et accepté l'évolution de la jeune femme, de son père (il finit par trouver comment communiquer avec sa fille, et pas seulement avec des paroles, mais moralement), de Vincent. Mais Alix m'a été antipathique. Je trouve que Clotilde lui pardonne bien trop facilement!

Ce qui se passe permet à Clotilde et à son entourage de se pencher sur elle, d'analyser sa situation, d'essayer de la comprendre. Le roman montre également un amour, une intimité, une communion entre la jeune femme et la musique. Clotilde vit intensément la musique qu'elle fait.

Les enfants ne ressemblent pas forcément à ceux qu'on croise dans d'autres livres. Ils dégagent quelque chose de particulier. Poussés par leurs parents, ils s'intéressent très vite à l'art. Certains vont vers la musique, d'autres vers le dessin. Madeleine semble très mûre, très posée. Elle gardera une part de mystère.
Ce ne sont pas pour autant de petits génies imbus d'eux-mêmes. Leur humanité est montrée dans des scènes du quotidien.

J'ai beaucoup aimé les relation que la famille entretient avec Beau, son chien. L'animal est choyé et respecté, c'est un membre de la famille. J'entends souvent des gens dire qu'ils aiment les animaux, alors qu'ils n'agissent pas dans le respect de leur bien-être. Je peux dire que la famille de Clotilde et Vincent aime sincèrement son chien.

Il va de soi que le titre est particulièrement bien trouvé. Il évoque la musique, le déclencheur de l'expression du mal-être de l'héroïne, mais aussi sa fuite dans la musique, avant de pouvoir concilier sa passion et sa vie de famille.

Un roman émouvant, profond, grave, permettant d'aborder la communication autrement, prônant subtilement ouverture d'esprit et tolérance, invitant sans cesse l'être humain à se remettre en question.

Remarque annexe:
On passe du chapitre 64 au chapitre 66. Est-ce une coquille ou une erreur à l'enregistrement? Je pencherais pour la coquille.

Éditeur: Gaïa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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