Auteur : Delacourt Grégoire

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lundi, 20 mai 2013

La première chose qu'on regarde, de Grégoire Delacourt.

La première chose qu'on regarde

L'ouvrage:
Arthur Dreyfuss, âgé de vingt ans, est garagiste. Un soir, on sonne à sa porte: c'est Scarlett Johansson.

Critique:
Je pense que malheureusement, Grégoire Delacourt est victime d'une demande de rentabilité. En effet, il a écrit un roman très juste («La liste de mes envies»), et ce roman a connu un vif succès, qui, pour moi, était amplement mérité. (Je ne dirai rien sur «L'écrivain de la famille», ne l'ayant pas lu.)

Avec une telle entrée en matière, vous comprendrez que j'ai été déçue par «La première chose qu'on regarde».
Et pourtant, l'auteur exprime, là aussi, toute une palette de forts sentiments, et il tourne bien les choses. Cependant, j'ai trouvé qu'il en faisait trop. J'ai senti qu'il se forçait à trouver la formule qui ferait mouche, celle qui ferait rire à tous les coups, ou qui serait si émouvante qu'elle irait droit au coeur du lecteur. Il y a bien certaines situations amusantes (Arthur sachant exactement quelles marches grincent, par exemple), mais j'ai trouvé beaucoup de choses très lourdes. La plupart du temps, je trouvais son style emprunté, quelque peu ampoulé. Si j'ai senti qu'il avait écrit «La liste de mes envies» avec son coeur, je n'ai pas ressenti cela ici.
De plus, lorsqu'il parle de Jeanine, il s'obstine à l'appeler par son prénom et son nom. Je pense que c'est pour bien la démarquer, bien montrer qu'elle a l'identité banale, d'une madame tout le monde, mais au bout d'un moment, c'est très agaçant. Le comédien a beau lire de manière fluide et naturelle, il ne parvient pas à faire oublier totalement cette lourdeur de style. L'auteur fait également cela pour Arthur Dreyfuss, mais il me semble que parfois, on échappe à quelques «Dreyfuss».

L'histoire d'amour m'a semblé mièvre. Elle commence par ce satané coup de foudre qui me déplaît toujours autant. Ensuite, les deux amoureux échangent des propos plus niais les uns que les autres. On me dira que c'est fréquent chez des amoureux. Certes, mais en général, dans les romans, il y a quelque chose de sympathique, même si on se moque un peu de la mièvrerie du tout. Ici, j'ai plutôt été exaspérée.

D'autre part, seule Jeanine est un personnage intéressant. Hypersensible, malmenée par la vie, la jeune fille veut encore croire qu'elle a une chance. Elle s'y jette à corps perdu. On pourrait voir certains de ses actes comme extrêmes, mais je l'ai comprise. À travers son histoire, l'auteur tente de montrer que s'attacher aux apparences (à ce que l'on voit, mais aussi au paraître) est souvent mauvais, mais que c'est très fréquent dans notre société.
Les autres personnages ne me semblent pas très épais. Arthur passe son temps à courir après des chimères, et par la suite, est assez benêt pour ne pas s'apercevoir qu'il commet l'irréparable. À la fin, le pauvre délire complètement! On me dira que dans sa situation, cette démesure finale peut se comprendre. Peut-être, mais il n'évolue pas positivement.

Bref, je n'y ai pas cru.

Remarque annexe:
À un moment, est évoquée la comédienne française qui double Katherine Heigl dans le rôle d'Izzie Stevens dans «Grey's anatomy». L'auteur l'appelle Charlotte Martin alors que c'est Charlotte Marin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marc Weiss.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Heureusement, le comédien a lu ce roman de manière sobre, sans être monotone. Sa lecture pertinente m'a aidée à supporter la niaiserie des dialogues amoureux, par exemple. Il aurait été très facile de trop en faire, de surjouer. Le comédien a eu le bon sens de ne pas tomber dans ce travers.

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lundi, 4 juin 2012

La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt.

La liste de mes envies

L'ouvrage:
Jocelyne Guerbette a quarante-sept ans. Elle est mercière à Aras. Elle est mariée à Jocelyn.
Un jour, ses amies, les jumelles Danielle et Françoise, la convainquent de jouer à l'euromillion. C'est alors qu'elle gagne dix-huit millions d'euros. L'euphorie qui la prend laisse vite place à de la réflexion: elle va donc faire la liste de ses besoins, de ses envies, tout en examinant sa vie.

Critique:
J'ai beaucoup entendu parler de ce livre. J'avais envie de le lire, mais une part de crainte entrait dans cette envie. D'abord parce que nombre de livres dont on parle beaucoup me déplaisent quand je finis par les découvrir. Ensuite parce qu'à travers des entretiens avec l'auteur (dans «La grande librairie», par exemple), j'ai cru comprendre qu'il voulait montrer que l'argent ne faisait pas le bonheur. Assertion avec laquelle je suis d'accord jusqu'à un certain point. J'avais donc un peu peur de tomber sur un livre où il serait dit de manière catégorique que l'argent n'apportait que désolation. Heureusement, Grégoire Delacourt n'est pas tombé dans ce travers qui aurait été, à mon avis, très désagréable, car d'une hypocrisie et d'une mauvaise foi évidentes.
J'avais également peur que le livre tombe dans une espèce d'excès inverse en ne montrant que des gens qui auraient tout gaspillé, l'argent leur étant monté à la tête. Cela aurait été réaliste, mais il m'aurait déplu de ne rencontrer que des personnages de ce genre. Là encore, ce qui est dans le livre est plus fin que ce qui m'effrayait.

Avec sensibilité, et quelques touches d'humour, le romancier décrit une femme qui sait. Oui, c'est ce qui résumerait Jocelyne pour moi: elle sait. Elle sait réfléchir, apprécier ce qu'elle a, faire la part des choses, elle connaît l'importance de certaines valeurs. Elle sait tirer les leçons de son vécu, se remettre en question, rêver. Elle est humble. J'ai aimé suivre ses raisonnements, son histoire, sa sagesse, sa manière de décrire l'amour sous diverses formes. Par exemple, malgré les bas que connut son couple, il a apparemment su ne pas s'engluer dans la routine. Jocelyne évoque également ses parents, ses enfants (très différents l'un de l'autre), et à qui elle voue un amour à la foi profond et lucide.

J'ai apprécié, entre autres, ce que l'héroïne dit à propos du progrès technologique. Elle constate que tous ces moyens de communication peuvent tuer la communication. (Je simplifie, mais en gros, c'est ça. C'est bien sûr assorti d'exemples et d'explications.) Elle a elle-même un blog, ce qui veut dire qu'elle ne rejette pas tout en bloc, mais elle déplore que certaines personnes utilisent ces moyens de communiquer à mauvais escient ou à tort et à travers. Dans l'entretien qui suit le roman, Grégoire Delacourt explique qu'il a transcrit ici sa propre pensée. Il n'aime pas les blogs (surtout ceux qui racontent la vie de leurs auteurs), pensant qu'il y en a davantage que de gens qui les lisent. Je comprends que lire le quotidien d'une personne qu'on ne connaît pas puisse être dénué d'intérêt, d'autant que les blogs sont légion sur la toile. Ensuite, je pense que ce qu'il désapprouve surtout, c'est la manière dont les blogs (entre autres) sont utilisés par certains, parce que cela peut mener à l'excès.

À travers l'histoire de Jocelyne, l'auteur invite son lecteur à se pencher sur sa vie, à aller à l'essentiel, à ne pas tomber dans l'excès, à ne pas désirer à tort et à travers. En effet, dans notre société, beaucoup de gens sont envieux, beaucoup souhaitent avoir ceci et cela, et n'en ont pas réellement besoin. Cela me rappelle «Interface» qui est une critique de la société de consommation.

En peu de pages, Grégoire Delacourt a su camper des personnages intéressants et complexes. Il a peut-être exagéré le personnage de Jocelyn, surtout à la fin, mais si on y réfléchit bien, on peut se dire que c'est un parcours initiatique pour lui.
J'aime beaucoup les jumelles dont le brin de fantaisie est une bouffée de fraîcheur.

La rencontre avec la psychologue m'a à la fois amusée et effarée. Apparemment, il faut en passer par là quand on gagne une grosse somme. Je comprends la démarche, et puisque cela existe, ça veut bien dire que certains gagnants se sont montrés inconséquents...

La fin me convient, car elle est en demi-teinte. J'aurais méprisé une fin trop rose (même si une partie inexorablement fleur bleue de ma personne l'aurait approuvée), et un dénouement trop noir m'aurait paru peu crédible. Les deux «excès» auraient été en contradiction totale avec la personnalité de l'héroïne. Avec cette idée de départ, il n'était pas forcément facile de faire une fin réussie. Celle-ci l'est parce qu'elle est en accord avec le roman, et même avec Jocelyne.

L'entretien qui suit le roman est très intéressant. Grégoire Delacourt y évoque son parcours, son amour des mots, ses livres. Là encore, on n'entend pas la personne qui l'interroge. C'est dommage, mais c'est moins artificiel que dans certains entretiens précédemment accordés aux éditions Audiolib parce que chaque réponse est séparé par quelques notes de musique.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Odile Cohen.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Je connais surtout Odile Cohen en tant que comédienne de doublage, notamment pour le rôle d'Olivia dans «Fringe». Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais peur que sa voix ne colle pas avec l'idée que je me faisais de Jocelyne. Je savais que Jocelyne était une femme humble, dont l'ambition était le bonheur, et j'avais peur que la voix raffinée d'Odile Cohen ne puisse rendre cela. C'était compter sans le talent de la comédienne. Elle a su entrer dans la peau de Jocelyne, sachant adopter le ton adéquat à chaque situation. Il ne doit pas être très facile d'interpréter ce texte à voix haute, car il serait aisé de tomber dans le mièvre ou le pathos. Or, ce n'est pas du tout ainsi que je vois Jocelyne. Elle ne s'apitoie pas sur elle-même. Odile Cohen a su l'incarner telle que l'a voulue l'auteur, à mon avis.

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