Auteur : Deghelt Frédérique

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mercredi, 11 mars 2015

Les brumes de l'apparence, de Frédérique Deghelt.

Les brumes de l'apparence

L'ouvrage:
Gabrielle mène une vie agréable entre son mari (Stan), son fils (Nicolas), et son travail. Un jour, elle hérite d'un terrain situé dans un petit village de campagne. Elle souhaite le vendre. Cependant, certaines choses vont la faire réfléchir.

Critique:
Après avoir bien aimé «La vie d'une autre» et avoir détesté «La none et le brigand» (je ne l'ai pas chroniqué, car fini en diagonale), avoir préféré faire l'impasse sur «La grand-mère de jade», je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce roman. Mon sentiment est mitigé.

Il me semble avoir compris ce que souhaitait la romancière: que les gens se montrent plus ouverts, plus tolérants, acceptent ce qu'ils ne peuvent pas toujours expliquer. Pour moi, elle ne parle pas seulement d'accepter qu'il puisse y avoir quelque chose après la mort, mais aussi d'être ouvert dans la vie quotidienne, de ne pas agresser ses semblables, etc. Je partage son opinion. Les choses seraient plus simples et plus sereines si elles se faisaient dans la bonne humeur et l'écoute de chacun.

Je suis de ceux qui, malgré un esprit très rationnel, ne ferment pas la porte à ce qui ne peut pas s'expliquer. Je pense que certaines personnes peuvent effectivement avoir des signes de l'au-delà, ou prévoir certains événements, ou avoir des intuitions quant à ceux qu'ils côtoient. Cependant, il m'a semblé que Frédérique Deghelt en faisait trop. Elle dit qu'il ne faut pas tomber dans les clichés inventés par les livres ou films d'épouvante, mais elle le fait. Le passage du «désenvoûtement» ressemble à un exorcisme. En outre, le fait que Gabrielle sente une odeur fleurie à chaque fois qu'elle doit communiquer avec l'au-delà est également une sorte de topos du genre. Bien sûr, cette odeur signale la présence de quelqu'un qui aide l'héroïne, mais pourquoi ne pourrait-elle pas, tout simplement, voir la personne?

D'autre part, la romancière insiste: lorsqu'on guérit ou qu'on accompagne vers la mort, on est submergé d'amour, et surtout, lorsqu'on veut chasser un esprit maléfique, il faut lui envoyer des tonnes d'amour, ne penser qu'à de l'amour, c'est ce qui le contrera le mieux. C'est une idée qui me paraît également très clichée et que j'aurais comprise dans un roman Harlequin.

Notre héroïne n'exerce pleinement son don qu'au moment où elle accepte qu'elle l'a. C'est logique: elle est plus réceptive. Ensuite, l'auteur montre l'éventail des réactions de son entourage. Je trouve celle de son mari assez excessive. Elle est préparée, car Gabrielle est sûre qu'il ne la croira pas, mais il me semble que Frédérique Deghelt pousse les choses un peu loin. Comment Gabrielle a-t-elle pu rester si longtemps avec quelqu'un de si étroit d'esprit? Elle explique cela par le fait qu'après avoir pris pleinement conscience de son don, elle se penche sur sa vie, l'examine, en comprend les failles. Il est logique de changer après un événement important, mais j'ai du mal à croire que l'héroïne ait été à ce point aveugle quant à son mari...

À un moment, Francesca explique qu'elle préfère croire qu'il y a quelque chose après la mort, et que si elle découvre qu'elle a raison, c'est tant mieux. Je préfère penser qu'il n'y a rien, et que si j'ai tort, c'est tant mieux. En effet, il vaut mieux se rendre compte qu'on a tort alors que ce qu'on pensait était négatif plutôt que l'inverse.

Je suis assez d'accord avec ce que l'auteur dit de la religion qui prône des croyances balisées, des façons de penser desquelles on ne peut pas sortir.

J'ai été déçue de ne pas obtenir certaines réponses, à la fin. En outre, j'ai trouvé la toute fin trop convenue.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 11 mars 2010

La vie d'une autre, de Frédérique Deghelt.

La vie d'une autre

L'ouvrage:
1988.
Marie a vingt-cinq ans. Elle vient d'obtenir un travail. Elle fête cela au restaurant avec ses amis. C'est alors qu'elle rencontre Pablo. Ils passent la nuit ensemble.
Le lendemain, Marie comprend petit à petit que quelque chose ne va pas: Pablo lui demande d'emmener les enfants à l'école, lesdits enfants l'appellent maman, il y a des affaires de femme dans la penderie... Elle finit par accepter l'inacceptable: on est en 2000, voilà douze ans qu'elle est mariée à Pablo, et elle a tout oublié. Sa mémoire s'arrête à la première nuit qu'elle passa avec Pablo.

Critique:
Voilà un livre qui ne peut laisser indifférent.
On lit souvent des histoires de personnes amnésiques, cherchant à retrouver leur passé. Parfois, on est intéressé, parfois, non. Ici, l'intérêt du lecteur vient de ce qu'il peut s'identifier à Marie. Elle n'a pas perdu la mémoire suite à une agression, ou à une course-poursuite, à une mésaventure rocambolesque. C'est madame tout le monde qui, soudain, efface une partie de son passé. C'est assez effrayant, car on imagine très bien que ça pourrait nous arriver. On imagine comment on réagirait à la place de Marie. J'ai d'ailleurs trouvé le matin du premier jour peu crédible: elle découvre tout toute seule, aussi bien son amnésie que comment agir en face des enfants...

Il est très intéressant de suivre Marie dans la redécouverte de son couple, de ses enfants, de ses amis, et surtout d'elle-même. Comme l'indique le titre, elle semble découvrir une autre femme. Ce livre se lit donc comme une énigme.

La raison pour laquelle Marie a «choisi» de faire table rase du passé peut paraître très banale. Seulement, Frédérique Deghelt sait nous montrer ce couple comme un couple unique. Marie et Pablo ne font plus partie de ceux qu'on regarde avec indifférence et de qui on dit: «C'est toujours la même chose.» Leur histoire devient unique sous la plume de Frédérique Deghelt. Marie donne une belle preuve d'amour à Pablo: elle oublie. Elle oublie vraiment.

Les personnages sont sympathiques et attachants. Lire les événements quotidiens de la vie de Pablo et Marie est délassant et divertissant. Bien sûr, tout ne se passe pas partout de manière si idyllique. Catherine fait d'ailleurs remarquer à Marie que son bonheur insolent pouvait blesser les moins heureux qu'elle, même si, en général, elle en faisait profiter le plus de gens possible. Le lecteur ne peut s'empêcher, même s'il plaint Marie de ce qui arrive, de penser qu'elle méritait une petite leçon, à force d'afficher son bonheur si ostensiblement.

Ce qui se passe dans le roman montre que la routine, si elle peut être rassurante quand on est sûr de son bonheur, peut aussi être pernicieuse. L'un des personnages agit bêtement à cause, peut-être, de sa peur de la routine, de ce bonheur trop simple. Il faut donc faire attention, et teinter cette routine qui s'installe au sein des couples d'imprévus.

Frédérique Deghelt a un style très agréable: une écriture fluide, sensuelle, pudique, délicate.

La fin est une interrogation pour le lecteur. Marie a-t-elle deviné juste? Car après le récit de Laurence, Marie ne peut s'empêcher de faire le rapprochement, surtout que pendant le roman, certains indices nous amènent à la conclusion à laquelle elle finit fatalement par aboutir. Mais certaines choses me semblent ne pas coller. (Ne lisez pas la fin du paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.) Pablo dit à Marie qu'elle ne connaît pas sa maîtresse, ça ne peut donc pas être Geneviève, car la «folle» qui raconte sa vie à Laurence dit bien que son amant est le mari d'une amie. Donc, il est admis que le trio se connaît. Il est possible que Pablo ait voulu cacher ce fait à Marie pour ne pas la choquer davantage. Mais Marie, qui a vu la maîtresse de Pablo à l'aéroport, aurait noté son nom sur son cahier, si cela avait été Geneviève. Peut-être n'en a-t-elle pas eu le temps...
Donc, on ne peut pas trancher.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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