Les séparées

L'ouvrage:
1981. Alice et Cécile sont adolescentes. Leur amitié est quasiment fusionnelle.
2011. Cécile est à l'hôpital, dans le coma. Elle repense à sa vie, à Alice, à cette amitié qui fut mise à mal au cours de leur vie.

Critique:
La force de ce livre, c'est qu'il intéresse malgré une histoire des plus banales, illustrées par certaines situations très clichées. Je pense que je l'ai apprécié parce que tout ce qui est raconté est terriblement vraisemblable. D'autre part, l'auteur s'attache à bien expliquer les sentiments et les motivations de ses personnages. De ce fait, les clichés sont pardonnables. Quant à la banalité de l'histoire, elle est positive, car beaucoup d'entre nous pourront s'identifier à ces deux filles dont le seul tort est de n'avoir pas forcément agi comme il l'aurait fallu, de n'avoir pas vraiment su communiquer, de s'être laissées emporter par des sentiments très puissants.

L'auteur raconte les mécanismes d'une amitié. Les deux filles s'adorent, mais n'arrivent pas toujours à tout se dire, ce qui les mènera à ne pouvoir avoir des discussions vraiment sérieuses sur leur amitié. Je pense, moi aussi, qu'une véritable amitié me peut être basée que sur la franchise. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas user de diplomatie, mais de vraies amis sauront expliquer pourquoi ils ne sont pas d'accord, pourquoi telle chose les a blessés, etc. Une véritable amitié n'est pas fondée sur une opinion toujours partagée, mais sur un véritable échange, et l'acceptation de ce que pense l'autre.
Cette relation a également été pourrie par divers actes des deux filles, dont certains ne pourront que paraître sordides. Si je m'explique ce que fait Alice, Cécile me semble plus sournoise. Je n'arrive d'ailleurs pas à comprendre ce qu'Alice finit par apprendre, ce que le lecteur sait depuis un moment... Pour le coup, l'auteur a choisi la facilité du cliché, car rien n'explique vraiment ce qui a poussé Cécile à faire cela.
Si le roman semble très travaillé, la fin me paraît bâclée justement parce que ce dont je parle plus haut n'est pas expliqué, mais aussi parce qu'elle laisse le lecteur dans l'expectative de ce qui va arriver.

Le personnage de Philippe est sûrement celui qui a le plus de présence. Il est également le plus sain du roman. Il entre vite en conflit avec son père, et n'a pas la force d'affronter cela seul. Il finit par vouloir aider sa soeur, mais il est peut-être trop tard. Le jeu dangereux auquel il se livre avec Alice a l'attirance et la saveur de l'interdit. Interdit pas seulement à cause du fait qu'elle est mineure... Ce jeu trouble aura un écho, plus tard, plus définitif, rédhibitoire, car ici, les protagonistes ne sauront pas s'arrêter, à l'inverse de Philippe qui, dans tout ce qu'il a fait (même vivre), a su s'arrêter avant que les choses ne dégénèrent.

Je n'ai pas aimé la structure. Au départ, je l'ai comprise, car elle a une certaine logique: on voit les filles ensemble, on passe à trente ans plus tard, puis les souvenirs... Seulement, par la suite, l'auteur ne se contente pas de naviguer entre le passé et le présent, elle parle du passé, puis d'un passé un peu plus proche, puis d'un passé plus lointain... J'ai fini par me mélanger un peu dans tous ces moments évoqués en vrac. La romancière voulait peut-être montrer les errances mentales des filles... en effet, lorsqu'on laisse son esprit vagabonder, les souvenirs ne sont jamais chronologiques...

Remarques annexes:
On peut s'amuser à fondre les prénoms des deux amis l'un dans l'autre. Cela donne Alicécile ou Alicecile. L'auteur a-t-elle choisi ces prénoms à dessein? Voulait-elle montrer le vampirisme malsain de cette amitié, mais en même temps deux personnes qui ne font que vivoter sans l'autre?

Après avoir appris une nouvelle qui l'a choquée, Alice piétine son portable, mettant fin à la conversation. Je trouve ça très bête. J'en ai un peu assez que, dans certains romans, les personnages se livrent à ce genre d'actes grandiloquents et gratuits. Je comprends que l'héroïne souffre, ait besoin de l'exprimer, et que sa manière de le faire ne sera pas réfléchie. Cependant, je trouve ce genre d'actes spectaculaires totalement idiots.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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