Les petits succès sont un désastre

L'ouvrage:
Rose (dite Zéro) est traductrice de romans anglophone et hispanophones. Elle a quarante ans. Elle a une petite bande d'amis (la Pap' Team) qu'elle retrouve au café le Papillon. Ils se racontent.
Un jour, Rose décide d'écrire un roman où elle raconterait la vie de cette petite bande. Elle veut écrire un roman sur la douceur de l'amitié, veut comprendre cette amitié.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. Ayant moyennement sympathisé avec l'héroïne, j'ai eu du mal à vraiment entrer dedans. Rose m'a plutôt agacée: elle a quarante ans et semble en avoir quinze. Je n'ai rien contre ceux qui gardent certains traits enfantins, je trouve d'ailleurs que la vie est bien plus intéressante avec un brin de fantaisie. Mais Rose a des attitudes d'adolescente qui se cherche. Elle n'a pas fini de grandir. Elle préfère fantasmer sa vie, écrire ses fantasmes, plutôt que de vivre. Elle a certaines manies qui, mises bout à bout, sont lassantes.
J'ai approuvé certaines de ses idées: par exemple, je pense, comme elle, qu'Emma ne devrait pas boire. J'approuve également que Rose, un jour où Emma, soûle, l'a appelée, l'ait laissée tomber. Je pense que ça aurait pu être un bon électrochoc. Seulement, Rose pense et agit ainsi pour de mauvaises raisons. Elle pense d'abord à elle.
Lorsqu'elle écrit son roman, Emma lui reproche de réduire chacun à une caractéristique. C'est en effet ce que j'ai ressenti. Cela montre une certaine immaturité de sa part. Étant donné que le roman qu'elle écrit et ce qu'elle vit sont étroitement mêlés, on perçoit aussi les personnages comme peu épais.
Cependant, l'auteur ne les a pas créés ainsi, car les seuls fois où ils paraissent vraiment réels, c'est lors des entretiens qu'ils accordent à Rose. Là, ils s'anime, vivent, ont de la chair. C'est donc bien elle qui les réduit à des protagonistes sans saveur parce que plats.
En outre, elle est assez narcissique. Tout tourne autour d'elle, elle pleurniche souvent pour des riens, elle ne supporte pas de ne pas être appréciée...

J'ai aussi eu du mal à apprécier certains personnages.
Emma qui se vautre dans son addiction, qui ne veut pas en voir les mauvais côtés, qui la revendique... J'ai eu envie de lui donner une bonne paire de gifles. Qu'on ne puisse pas décrocher, je le comprends, qu'on s'en glorifie, qu'on dise que c'est ça, le bonheur, je le comprends moins. Cela voudrait dire, si on creuse, qu'Emma s'ennuie tellement, qu'elle se fiche tellement de ceux qui l'aiment, qu'elle préfère l'euphorie provisoire et frelatée de l'alcool.
J'ai aimé Vincent, sa bonne humeur, ses petites bizarreries. J'ai même apprécié son jeu idiot des questions impossibles qui est un peu lourd. Je me retrouve un peu plus en lui, parce que ses bizarreries sont amusantes, mais qu'il n'a pas l'air de se préoccuper de problèmes futiles.
J'ai également apprécié Comar, Tikka et Léo qui, eux aussi, semblent plus évolués, plus posés, réfléchis.
J'ai aimé le côté fragile qu'on devine chez Fab.

La structure m'a un peu dérangée, mais finalement, cela ne m'a pas déplu. Elle semble brouillonne: on passe sans cesse de la réalité au roman et inversement (surtout dans la troisième partie). Je me suis retrouvée un peu embrouillée, et par moments, j'avais peur de ne plus savoir où j'étais. Mais c'est ce qu'a voulu l'auteur, et on sent qu'elle maîtrise ce chaos apparent. Donc, même si cela m'a un peu déroutée, j'ai apprécié cela. C'est à l'image du roman et de la vie de ses héros: aspect léger et chaotique, mais finalement, assez sérieux. Quand on creuse un peu la prose de Rose, on se rend compte que ces amis n'en sont pas de vrais. Là encore, c'est surtout l'héroïne qui ne semble pas être une véritable amie. Ce roman fait réfléchir sur l'amitié, les différents points de vue, la tolérance. C'est en cela qu'il est intéressant. L'auteur aborde avec pertinence le thème de l'écriture, de la barrière entre ce qui est, ce qu'on voudrait qui soit, ce qu'on a compris, ce qu'on voudrait avoir compris...

Il ne m'a pas plu que pendant l'histoire, Rose donne de petits indices annonçant la fin. Je n'aime pas que les auteurs fassent cela: ils gâchent eux-même la découverte.

Le style est agréable. On dirait que la jeune femme fait la conversation à son lecteur. Et au détour de son histoire, se cachent de petites phrases en forme de devise, des dialogues caustiques. Rose nous fait ses confidences. Ce style se prête assez bien aux digressions, ce dont l'héroïne ne se prive pas.

Remarque annexe:
Je savais que l'erreur concernant «apporter» et «amener» était une faute d'usage, mais je n'y faisais pas attention. Je penserai toujours à ce livre quand je l'entendrai.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Robert Laffont.

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