Le fleuve qui tout emporta

L'ouvrage:
Pittsburghh, 1873.
La jeune Mary Raferty est engagée comme femme de chambre chez les Scott, une famille possédant une usine de sidérurgie. Elle découvre des gens bienveillants. Tout le monde finit par l'adopter.
On se rendra bientôt compte de l'attachement entre elle et l'un des fils Scott.

Critique:
Ce livre est plein de bonnes idées. D'abord, l'époque fait que l'auteur montre à son lecteur les premiers pas de choses que nous connaissons bien, aujourd'hui. Par exemple, les Scott essaient de nouvelles techniques en matière de sidérurgie.
En outre, se mettent en place des syndicats, des grèves, des revendications pour de meilleures conditions de travail. Il est intéressant de lire tout cela, car aujourd'hui, pour nous, c'est presque normal.
Au sujet du syndicat et de son meneur dans le livre, les choses ne sont pas tranchées. Des personnes campent sur leurs positions, mais l'une d'elle sait bien que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Étant futur propriétaire de l'usine, il n'est pas un patron borné qui refuse le dialogue. Je trouve très bien que l'auteur ait fait ressortir ce côté des choses.

Au début, on comprend parfaitement pourquoi Mary ne veut pas se résoudre à épouser celui qu'elle aime. C'est une femme honnête, tentant de bien faire les choses, et surtout, ne voulant pas blesser ou déshonorer ceux qui furent si bons pour elle.
Ce genre de dilemmes est une occasion pour l'auteur de montrer, encore une fois, que rien n'est simple. Ce n'est pas parce qu'on a un rang qu'on en est digne. C'est d'ailleurs ce que soulignent William et Clarissa en donnant Constance et Julia comme exemples.
Constance est une petite dinde sans cervelle. Elle est ambitieuse, mais n'a pas l'intelligence de son ambition. Elle est plutôt calculatrice, manipulatrice... Mais on n'arrive qu'à la mépriser. Elle n'est pas vraiment creusée, et n'est donc pas intéressante. Elle n'est que frivolité et vice.

L'auteur analyse avec une certaine pertinence le fait de passer d'un état de servante à celui de membre à part entière de la famille. Il est intéressant de voir comment le personnage en cause ne parvient pas à tout concilier. Il est assez choquant de voir les réactions primaires des gens qui rejettent quelqu'un parce qu'il a eu de la chance, et qui le renient, alors que la personne, elle, ne renie pas ses origines.

Les Scott, à part Constance, sont intéressants parce que dans une société où les conventions es les rangs à tenir sont importants, ils réfléchissent, ne sont pas guindés, ne s'arrêtent pas aux apparences. Cela sort un peu des sentiers battus.

Le roman s'étale sur onze ans. Généralement, je n'aime pas lorsqu'il y a trop d'ellipses. Ici, ça passe, parce que cela donne le temps aux personnages de bien se connaître. Du coup, cela rend certains événements moins tirés par les cheveux.

Tout cela est gâché par la fin du roman. Si l'auteur sait créer des rebondissements qui font qu'on ne s'ennuie pas, si elle parvient à faire en sorte qu'on ne puisse deviner quel sera le prochain événement, la fin de son livre m'a étormément déplu. D'abord, je l'avoue, parce qu'elle ne répond pas à certains codes. D'habitude, je préfère un livre qui sort des codes, mais là, non. En outre, c'est totalement invraisemblable. Si certains arguments, au début, étaient recevables, après les événements décrits, il n'y a plus aucune raison pour une telle fin. Les personnages disent eux-mêmes que c'est comme ça, que c'est leur destin, et bien sûr, ils auraient dû le savoir avant, etc. Mais aucun argument valable n'est avancé. Cela donne donc une fin bancale à force d'invraisemblance et d'auto-flagellation.

Par ailleurs, le personnage de Mary est assez pénible. Si on la comprend, tout au long du livre, elle est très agaçante, à jouer les martyres. Elle ne sait pas pourquoi, mais il faut absolument qu'elle porte tout le malheur du monde sur ses épaules. Si quelqu'un a mal agi, il faut qu'elle le paie. C'est tout juste si elle ne se flagelle pas. Et puis, elle n'arrête pas de pleurer encore et encore. C'est tout ce qu'elle sait faire: pleurer, souffrir, s'accuser de tous les maux provoqués par d'autres... À un moment, j'ai pensé qu'elle se rendrait responsable de la peste bubonique! En outre, elle mettait Dieu à toutes les sauces, disant que ce qui lui arrivait était voulu par lui. Je trouve cette remarque trop facile: dans le cas de Mary, c'est une excuse pour ne pas agir comme elle le souhaiterait.
Elle était à peu près supportable, au long du livre, parce qu'elle remettait parfois Constance à sa place, et qu'elle remettait certaines choses en question. Mais à la fin...

Finalement, je ne recommande pas ce livre. Pour moi, les mauvais côtés occultent complètement les bons, même si ceux-ci sont plus nombreux.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Ellisalde pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Heureusement, le lecteur a interprété ce roman avec sobriété. Il aurait été très facile d'être mièvre, voire mélodramatique. Le lecteur a pris le parti qui s'imposait, ce qui fait que mon écoute a été agréable.

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